Pourquoi. Pour lesquelles. Usage alors fréquent
2. El que. Coordonné à pourquoi, comme s'il y avait : c'est une des raisons qui font que.
3. Historien, Voltaire ne sépare pas l'histoire de la « philosophie ». Selon lui, les philosophes seuls y sont propres : « 11 n'appartient qu'aux philosophes d'écrire l'histoire {Arlicles e.rlrails rie la Gazette littéraire, cdil. Beuchot, X-LI, 451). Voltaire se moque de Daniel, qui croyait (crire une œuvre historique en transcrivant i< des dates et des récits de bataille » {Dict. phil..
Histoire, XXX, 221). Si l'on veut, déclare-t-il, raconter le règne d'Alexandre, qu'on représente ce prince '< donnant des lois au milieu de fa guerre, formant des colonies, établissant le commerce ». [Conseils à un journaliste, XXXVII, 363.) Lui-même, l'histoire qu'il fHit. c'est celle de la civilisation. Sa princii)ale œuvre d'historien, l'Essai sur les mœurs, porte un titre assez significatif. Et quelles en sont les premières lignes? « Vous voudriez, dit-il-, que des philosophes eussent écrit l'histoire ancienne, parce que vous voulez la lire en philosophe. » (XV, 3.) Au lieu de raconter une fois de plus les pillages et
les massacres dont les historiens remplissaient jusqu'alors leurs Jivres, il a pour objet principal les arts, l'industrie, le commerce, la vie matérielle, intellectuelle et murale des nations. Dans le Siècle (le Louis XIV tel qu'il l'avait d'abord conçu, il devait s'attacher, non pas à la guerre et à la politique, par lesquelles « ce siècle n'a aucun avantage », mais aux progrès de l'esprit {Lettre ii d'Oliret, 24 avril 1735). « Ce n'est point simplement la vie de ce prince que j'écris, dit-il, c'est plutôt l'histoire de l'esprit humain dans le siècle le plus glorieux à l'esprit humain. » {Lettre à Dnbos, 30 octobre 1738.) " On n'a fait que l'histoire des rois, mais on n'a pi'int fait celle de la nation. Il semble que, pendant quatorze cents ans, il n'y ait eu dans les Gaules que des rois, des ministres et des généraux. Mais nos mœurs, nos lois, nos coutumes, notre esprit, ne sont-ils donc rien? » {Lettre à d'Argensoii, 26 janvier 1740.)»Pour Voltaire, là est justement l'essentiel, là, est la matière même de l'histoire. (G. Pellissier. Voltaire philosophe.)
4. Voltaire s'adresse à M.^^ du Châtelet, pour laquelle il écrivit VEssai sur les moeurs.
nations principales, appuyés des faits qu'il n'est pas permis d'ignorer. Le but de ce travail ti'est pas de savoir en quelle année un prince indigne d'être connu succéda à un prince barbare chez une nation grossière. Si l'on pouvait avoir le malheur de mettre dans sa tête la suite chronologique de toutes les dynasties, on ne saurait que des mots. Autant il faut connaître les grandes actions des souverains qui ont rendu leurs peuples meilleurs et plus heureux, autant on peut ignorer le vulgaire des rois, qui ne pourrait que charger la mémoire. A quoi vous serviraient les détails de tant de petits intérêts qui ne subsistent plus aujourd'hui, de tant de familles éteintes qui se sont disputé des provinces englouties ensuite dans de grands royaumes ? Presque chaque ville a aujourd'hui son histoire, vraie ou fausse, plus ample, plus détaillée que celle d'Alexandre. Les seules annales d'un ordre monastique contiennent plus de volumes que celles de l'empire romain.
Dans tous ces recueils immenses qu'on ne peut embrasser, il faut se borner et choisir. C'est un vaste magasin où vous prendrez ce qui est à votre usagé.
[Essai sur les mœurs, Avant-Propos.)