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LA CHEVALERIE

L'extinction de la maison de Bourgogne, le gouvernement de Louis XI, et surtout la nouvelle manière de faire la guerre*, introduite dans toute l'Europe, contribuèrent à abolir peu à peu ce qu'on appelait la chevalerie, espèce de dignité et de confraternité dont il ne resta plus qu'une faible image.

Cette chevalerie était un établissement guerrier qui s'était fait de lui-même parmi les seigneurs, comme les confréries s'étaient établies parmi les bourgeois. L'anarchie et le brigandage qui désolaient l'Europe dans les temps de la décadence de la maison de Charlemagne donnèrent naissance à cette institution. Ducs, comtes, vicomtes, vidâmes ^ châte-

1. Depuis l'invention de l'artillerie. rels d'un évèque ou d'un abbé, qui d"oi'-

2. Vidâmes. Représentants tempo- dinaire leur donnaient un fief.

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lains, étant dovenus souverains dans leurs terres, tous se tirent la guerre; el au lieu de ces i^randcs armées de Charles Martel, de Pépin et de Charleinagne, presque toute D'iurope fut parlaj:;ée eu petites troup(>s de sept à huit cents hommes, quelipiefois do beaucoup inoin^. Deux ou trois l)Ourgades composaient un petit h^at coml)atlant sans cesse contre son voiï^in. Plus de communications entre les provinces, plus de grands chemins, plus de sûreté pour les marchands, dont pourtant on ne pouvait se passer ; chaque possesseur d'un donjon les rançonnait sur la route ; beaucoup de châteaux, sur les bords des rivières et aux passages des montagnes, ne furent que de vraies cavernes de voleurs ; on enlevait les femmes ainsi qu'on pillait les marchands.

Plusieurs seigneurs s'associèrent insensiblementpour protéger la sûreté publique et pour défendre les dames : ils en firent vœu ; et cette institution vertueuse devint un devoir plus étroit en devenant un acte de religion. On s'associa ainsi dans presque toutes les provinces : chaque seigneur de grand fîef tint à honneur d'être chevalier et d'entrer dans l'ordre.

On établit, vers le xT siècle, des cérémonies religieuses et profanes qui semblaient donner un nouveau caractère au récipiendaire. 11 jeûnait, se confessait, communiait, passait une nuit tout armé. Le lendemain il entrait dans l'église avec son épée pendue au cou ; le prêtre le bénissait ; ensuite il allait se mettre à genoux devant le seigneur ou la dame qui devait l'armer chevalier. Les plus qualifiés qui assistaient à la cérémonie lui chaussaient des éperons, le revêtaient dune cuirasse, de brassards, de cuissards, de gantelets et d'une cotte de mailles appelée haubert. Le parrain qui l'installait lui donnait trois coups de plat d'épée sur le cou, au nom de Dieu, de saint Michel et de saint Georges. Depuis ce moment, toutes les fois qu'il entendait la messe, il tirait son épée à l'évangile', et la tenait haute.

Cette installation était suivie de grandes fêtes, et souvent de tournois ; mais c'était le peuple qui les payait. Les seigneurs des grands fiefs imposaient une taxe sur leurs sujets

1. A l'èrangile. C'est le momenl où messe, commence la lecture d'un pasle prêtre, dans la première partie de la sage de l'évangile.

pour le jour où ils armaient leurs enfants chevaliers : c'était d'ordinaire à l'âge de vingt et un ans que les jeunes gens recevaient ce titre. Ils étaient auparavant bacheliers, ce qui voulait dire bas chevaliers*, ou varlets^ et écuyers ; et les seigneurs qai étaient en confraternité se donnaient mutuellement leurs enfants les uns aux autres pour être élevés , loin de la maison paternelle, sous le nom de varlets, dans l'apprentissage de la chevalerie.

Le temps des croisades fut celui de la plus grande vogue des chevaliers. Les seigneurs de fiefs, qui amenaient leurs vassaux sous leur bannière, furent appelés chevaliers bannerets; non que ce titre seul de chevalier leur donnât le droit de paraître en campagne avec des bannières : la puissance seule, et non la cérémonie de l'accolade ^ pouvait les mettre en état d'avoir des troupes sous leurs enseignes ; ils étaient bannerets en vertu de leurs fiefs, et non de la chevalerie. Jamais ce titre* ne fut qu'une distinction introduite par l'usage et un honneur de convention, non une dignité^ réelle dans l'Etat : il n'influa en rien dans la forme des gouvernements. Les grands privilèges de cette institution consistaient dans les jeux sanglants des tournois : il n'était pas permis ordinairement à un bachelier, à un écuyer, àQ jousler^ contre un chevalier.

Les rois voulurent être eux-mêmes armés chevaliers, mais ils n'en étaient ni plus rois ni plus puissants ; ils voulaient seulement encourager la chevalerie et la valeur par leur exemple. On portait un grand respect dans la société à ceux qui étaient chevaliers; c'est à quoi tout se réduisait.

Ensuite, quand le roi Edouard III eut institué l'ordre de la Jarretière, Philippe le Bon, duc de Bourgogne, l'ordre de la Toison d'or, Louis XI, l'ordre de Saint-Michel, d'abord aussi brillant que les deux autres, et aujourd'hui si ridicu-

1. Etymologie fausse. Brtf/ii'/iVr vient 3. Lu cérè.noiiie de l'accolade. On. vadu bas latin haccalarem, désignant à l'o- cevait l'accolade en étant armé chevarigine un personnage de rang inférieur. lier.

2. Varlets. Y'ûi de gentilhomme au 4. O /(Vre. Le titre de chevalier, service d'un seigneur, comme l'expii- 5. .Non une dignilé. Comme s'iX y iWàW, que la suite. Valet, dont l'étymologie est plus haut ce litre fut toujours, etc.

la même, avait aussi, à l'origine, la 6. Jouster. Combattre à cheval en

même signification. manière de jeu.

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