CE QUI EST UTILE OU NUISIBLE A LA SOCIÉTÉ, VOILA LA VERTU ET LE VICE
Pour qu'une société subsistât, il fallait des lois, comme il faut des règles à chaque jeu. La plupart de ces lois semblent arbitraires; elles dépendent des intérêts, des passions et des opinions de ceux qui les ont inventées, et de la nature du climat où les hommes se sont assemblés en société. Dans un pays chaud, où le vin rendrait furieux, on a jugé à propos de faire un crime d'en boire; en d'autres climats plus froids, il y a de l'honneur à s'enivrer. Chez les Romains, les pères
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eurent droit de vie et de morl sur leurs enfants; en Normandie, un père ne peut pas ùter seulement une obole de son bien ;ui lils le plus désobéissant. Le nom de roi est sacré chez beaucoup de nations et en abomination dans d'autres.
Mais tous ces peuples, qui se conduisent si difTéremment, se réunissent tous en ce point, ((u'ils appellent verlueux ce qui est conforme aux lois qu'ils ont établies, et criminel ce qui leur est contraire. Ainsi, un homme qui s'opposera en Hollande au pouvoir arbitraire sera un homme très vertueux ; et celui qui voudra établir en France un gouvernement républicain sera condamne au dernier supplice. Le même Juif qui à Metz serait envoyé aux galères s'il avait deux femmes, en aura quatre à Constantinople, et en sera plus estimé des musulmans.
La plupart des lois se contrarient si visiblement, qu'il importe assez peu par quelles lois un État se gouverne; mais, ce qui importe beaucoup, c'est que les lois," une fois établies, soient exécutées. Ainsi, il n'est d'aucune conséquence qu'il y ait telles ou telles règles pour les jeux de dés et de cartes; mais on ne pourra jouer un seul moment si l'on ne suit pas à la rigueur ces règles arbitraires ' dont on sera convenu.
La vertu et le vice, le bien et le mal moral, est donc en tout pays ce gui est utile ou nuisible à la société; et, dans tous les lieux et dans tous les temps, celui qui sacrihe le plus au public est celui qu'on appellera le plus vertueux. 11 paraît donc que les bonnes actions ne sont autre chose que les actions dont nous^ retirons de l'avantage, et les crimes les actions qui nous sont contraires. La vertu est l'habitude de faire de ces choses qui plaisent aux hommes, et le vice l'habitude de faire des choses qui leur déplaisent.
Quoique ce qu'on appelle vertu dans un climat soit précisément ce qu'on appelle vice dans un autre, et que la plupart des règles du bien et du mal difTèrent comme les langages et les habillements, cependant il me parait certain qu'il y a des lois naturelles dont les hommes sont obligés de convenir par tout l'univers, malgré qu'ils en aienf. Dieu n'a pas dit
1. Arbitraires. Ou iilutot qui sem- 2. .V»h.s. La société des hommes,
blent l'être. Cf. le début du morceau. 3. Malf/ré qu'ils en aient. Locution
â la vérité aux hommes : Voici des lois que je vous donne de ma bouche, par lesquelles je veux que vous vous gouverniez. Mais il a fait dans l'homme ce qu'il a fait dans beaucoup d'autres animaux : il a donné aux abeilles un instinct puissant par lequel elles travaillent et se nourrissent ensemble, et il a donné à l'homme certains sentiments dont il ne peut jamais se défaire, et qui sont les liens éternels et les premières lois de la société dans laquelle lia prévu que les hommes vivraient. La bienveillance pour notre espèce est née, par exemple, avec nous, et agit toujours en nous, à moins qu'elle ne soit combattue par l'amour-propre, qui doit toujours l'emporter sur elle'. Ainsi un homme est toujours porté à assister un autre homme quand il ne lui en coûte rien. Le sauvage le plus barbare, revenant du carnage et dégouttant du sang des ennemis qu'il a mangés, s'attendrira à la vue des souffrances de son camarade, et lui donnera tous les secours qui dépendront de lui.
[Trailé de Métaphysique.)
LES PKOnABILlTÉS EN MATIÈRE DE JUSTICE
J'ignore pourquoi l'auteur de l'article Probabilité, dans le grand Dictionnaire encyclopédique^, admet une demicertitude. Il me semble qu'il n'y a pas plus de demi-certitude que de demi-vérité. Une chose est vraie ou fausse, point de milieu. Vous êtes certain ou incertain. L'incertitude étant presque toujours le partage de l'homme, vous vous détermineriez très rarement, si vous attendiez une démonstration.
Cependant il faut prendre un parti, et il ne faut pas le prendre au hasard. Il est donc nécessaire à notre nature faible, aveugle, toujours sujette à l'erreur, d'étudier les probabilités avec autant de soin que nous apprenons l'arithmétique et la géométrie.
Cette étude des probabilités est la science des juges;
vieillie; proprement, quelque mauvais nécessaire à la conservation de l'iridigré qu'ils en aient. vidu.