‹ Le Docteur angélique, St. Thomas d'AquinChapitre 130 sur 153 · CHAPITRE SEIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEIZIÈME

gloire ; qu'il a par conséquent introduit, dans le monde visible et invisible, une beauté surnaturelle dont la beauté naturelle n'est qu'une ombre épaisse et obscure. Le Christ adorable, sa Mère mille fois bénie, ses élus au ciel, ses amis sur la terre, sont les dépositaires et les donataires de cet être sublime. Les actes des vertus chrétiennes, des vertus théologales surtout, en sont la constante manifestation ; les annales de l'Eglise en racontent perpétuellement l'histoire. L'art, chez les chrétiens, n'a donc pas seulement à reproduire une beauté inférieure qui est le reflet de l'être simplement naturel ; il a aussi, et principalement, à reproduire la beauté supérieure qui est l'auréole de l'être surnaturel, le rayonnement de la grâce des justes, le rejaillissement de la gloire des saints. Or, si l'architecture, avec des moyens d'expression moins éloquents, est arrivée à traduire en images fidèles et toutes chrétiennes ces divines réalités, comment la peinture et la sculpture, avec leurs éléments plus souples, leurs procédés plus délicats, leurs effets plus précis et plus intenses, ne sauraient-elles exprimer les idées et les sentiments de la vie chrétienne ? Et la figure humaine, loin d'être toujours la même, loin de ressembler aujourd'hui à ce qu'elle

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était autrefois en Egypte où à Rome, n'est-elle pas devenue matériellement et visiblement chrétienne ? Est-ce que le visage de nos moines, de nos ascètes, de nos vierges, est-ce que le regard et l'attitude de nos fidèles, est-ce que le front de nos petits enfants, ne sont point éclairés d'une lumière supérieure, transfigurés à la ressemblance du Seigneur Jésus et de ses saints ? Quel idéal et quels modèles pour le peintre et le sculpteur ! Les architectes ont bien pu les devancer dans la voie du progrès surnaturel; mais les retards seront bientôt rachetés. Déjà la saine et puissante inspiration des moines de Cluny a donné ses fleurs et porté ses fruits. J'ai vu, à la Sainte Chapelle et à Notre-Dame de Paris, dans les cathédrales de Reims et d'Amiens, des peintures et des sculptures vraiment artistiques et vraiment chrétiennes ; des têtes de Christ et de Vierge, des figures d'anges et d'apôtres, qui mériteraient à leurs auteurs le titre d'anges et d'apôtres des arts. Tout y est d'une perfection et d'une beauté accomplies : l'attitude à la fois naturelle et saintement austère des personnages, la pureté des physionomies et la régularité des traits, la suavité de l'expression et la flamme du regard, le rayonnement des vertus intérieures et des grâces

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