CHAPITRE SEIZIÈME
dans une ample mesure, à cette inépuisable fécondité des belles-lettres, il ne paraît pas en être de même pour l'architecture, dont les formes géométriques sont en réalité très peu nombreuses. On pourra passer du plein-cintre à l'ogive, et des frontons carrés aux frontons triangulaires ; on pourra, si l'on veut, modifier chacun de ces éléments, et même les combiner avec plus ou moins de bonheur; mais on n'inventera plus rien d'absolument neuf, rien qui soit aussi individuel et aussi distinct que l'art grec d'une part, que l'art ogival de l'autre. Et les siècles vraiment soucieux de rester dans l'état de sainte nouveauté où le Seigneur Jésus a voulu qu'ils demeurassent tous, les siècles vraiment désireux d'être chrétiens, ne souffriront point que leurs églises soient bâties à la grecque, avec des murs pleins, des piliers énormes, des voûtes abaissées, un appareil enfin tout terrestre. Ils voudront des temples aux murailles légères et largement évidées, aux colonnes sveltes et élancées, aux voûtes et aux combles hardis, à la physionomie et à l'aspect tout célestes. L'architecture antique conservera, à bon droit, son renom de simplicité et d'harmonieuses proportions ; l'architecture ogivale gardera son mérite et sa réputation d'art vraiment chrétien. Rome seule et l'Orient
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resteront légitimement fidèles à leur architecture, cimentée et encore tout imprégnée qu elle est du sang des martyrs.
Le roi dit : Cette théorie de la nouveauté surnaturelle me semble entièrement juste, si on l'applique aux œuvres de la règle et du compas. Mais l'est-elle autant, si on veut l'appliquer aux ouvrages du ciseau et du pinceau ? L'art qui, après tout, doit imiter la nature, se trouve en face de modèles bien plus déterminés, quand il s'agit de peindre et de sculpter, que quand il s'agit de bâtir. Peut-il même y avoir une peinture et une sculpture proprement chrétiennes ? La figure humaine,par exemple,n'est-elle pas toujours la même ? Et ne faut-il pas uniquement la dessiner et la peindre telle que les anciens l'ont vue, comprise, et si habilement imitée ?
Frère Thomas dit : La doctrine de la rénovation des choses par le Seigneur Jésus est universelle, seigneur roi, et applicable à la peinture et à la sculpture comme à tous les autres arts. Et pour bien entendre ceci, rappelons-nous que l'être et le beau sont identiques ; que Dieu ne s'est pas borné à produire l'être naturel, mais qu'il y a libéralement ajouté, dans l'ange et dans l'homme, l'être surnaturel de la grâce et de la