CHAPITRE PREMIER
empereurs. Il devait être incomparablement plus, en s'attachant à n'être rien.
Il ne put cependant renoncer à tout. La patience et la ténacité germaniques, la facilité de l'esprit latin, l'ardeur chevaleresque des français du nord, — ces trois caractères de sa famille, — se réunirent pour former en lui une nature capable des plus grandes grâces ; de même qu'un peu plus tard, par une remarquable analogie, son éducation devait se composer de trois périodes : l'une, latine, au Mont-Cassin et à Naples ; l'autre, allemande, à l'école dominicaine de Cologne ; la dernière, française, à l'université de Paris.
Le comte Landolfe,son père, vivait militairement au château-fort de Rocca-Secca, Roche- A ride y^.\Ji-dç,ssus de la petite ville d'Aquin et de sa riante campagne. Cette montagne, ou plutôt ce rocher taillé à pic, ce véritable nid d'aigle, qui fait face au Mont-Saint-Jean, fief des comtes d'Aquin, et à l'abbaye du Mont-Cassin, convenait bien à la naissance du plus sublime et du plus poétique de tous les Docteurs chrétiens.
Grand homme de guerre, à la façon de ses contemporains, Landolfe paraît avoir confié à la comtesse Théodora, sa femme, le soin exclusif d'élever cet
enfant qu'il ne destinait point au métier des armes comme ses aînés, mais qu'il aurait vu volontiers moine bénédictin ou homme d'église. Il ne paraît pas non plus avoir pris l'initiative des assauts terribles que la chair et le sang livrèrent à la vocation religieuse de son jeune fils ; il les toléra sans doute, il s'y associa même à son tour, mais au fond il les trouvait indignes d'un cœur de chevalier et de père.
Il ne vit pas les désastres de sa maison, au temps des vengeances de Frédéric II contre le Saint Siège et ses défenseurs. Il ne vit point non plus les triomphes scientifiques de son bien-aimé fils Thomas, étant mort avant que sa gloire n'éclatât au grand jour. Pouvait-il penser que ce pieux transfuge du monde honorerait mille fois plus sa famille,- par ses livres et ses vertus, qu'elle ne s'était honorée elle-même déjà par plusieurs siècles de batailles et de victoires ?
Au témoignage des écrivains du temps, Théodora Caracciolo, comtesse d'Aquin, était d'une admirable pureté de vie. Elle donnait à ses enfants l'exemple de la sainteté ; ses œuvres édifiantes et son heureuse mort ont été louées avec celles de son cher fils. On vantait surtout son esprit de dévotion et de mortification ; elle avait coutume de faire chaque jour