‹ Le Docteur angélique, St. Thomas d'AquinChapitre 8 sur 153 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

de nombreuses génuflexions, et même de prier entièrement prosternée à terre, de telle sorte que ses mains et ses genoux en étaient blessés.

Avant la naissance de Thomas d'Aquin,Théodora, qui en est avertie par un saint ermite de Rocca-Secca, surnommé le bon, ne s'estime point digne d'enfanter un si grand Docteur; et ce n'est qu'avec un profond sentiment de religion, qu'elle accepte de la divine Providence le rôle et l'honneur de préparer cet enfant à ses hautes destinées.

Quand elle l'aura mis au monde, elle le considérera comme son principal trésor ; elle le préférera à tous les autres. Redoutant pour lui le contact dangereux du siècle, elle se privera bientôt de sa présence pour le remettre tout innocent aux mains des bénédictins du Mont-Cassin. Elle écoutera avec une joie indicible ce qu'on lui rapportera de son fils. Elle conservera avec amour les moindres souvenirs de cette admirable enfance, et plus tard elle les racontera fidèlement à sa petite-fille, Catherine de Marsico, comtesse de Marra, qui en rappellera les principaux points dans le procès-de canonisation du Docteur Angélique. C'est ainsi que la mère deviendra le premier historien du fils.

Elle ne fut pas obstinément opposée à sa vocation

dominicaine, bien qu'elle en souffrît cruellement d'abord. Elle n'était point assez mondaine pour vouloir étouffer définitivement en lui l'inspiration de la grâce. Au-dessus de l'affection humaine et des élans de la nature, il y avait dans le cœur de Théodora, dit un contemporain, un amour surnaturel et chrétien de son fils, avec un courage qui venait de Dieu et qui l'empêchait de céder, comme une femme ordinaire, au trouble des passions maternelles. — Il semble qu'elle ne survécut pas beaucoup au comte Landolfe, son mari.

Saint Thomas fut le dernier de leurs six enfants. Des trois sœurs qu'il avait, l'une mourut dans un âge fort tendre encore ; les deux autres, Marozia et Théodora, furent converties par lui à l'amour de Dieu, tandis qu'elles s'efforçaient de le gagner au monde. Ce fut la première victoire de son apostolat, et non la moins brillante ; car Marozia, renonçant à tous les biens terrestres, se consacra entièrement au Seigneur dans l'abbaye de Sainte-Marie de Capoue, sous la règle de saint Benoît. Elle y montra même tant de ferveur, tant d'intelligence des choses spirituelles, qu'elle y fut élue pour abbesse, l'an 1255.

La plus jeune, nommçe Théodora comme sa mère,

Page 1