CHAPITRE ONZIÈME
pauvre cellule, sa chaire de professeur, le crucifix qui un jour lui parla et loua sa doctrine, plusieurs cahiers écrits par lui, enfin son bras gauche. Anagni vénéra l'école où il enseignait la théologie, la salle souterraine qui l'abritait durant les orages, et où il peignit la croix célèbre placée depuis dans l'église conventuelle. La ceinture virginale qu'il avait reçue des anges, fut d'abord gardée à Verceil, et puis à Chieri. Montpellier, Capoue, Pise, Fossa-Nuova, d'autres cités encore, eurent part au trésor sacré de ses reliques, de ses autographes, ou des objets à son usage.
La mort ne détruisit point les liens d'estime profonde, et de tendre amitié, qui unissaient Thomas d'Aquin aux plus grands hommes de l'Eglise. Dès le 7 mars 1274, jour de la mort de l'admirable saint, frère Paul d'Aquila, dominicain, lecteur en théologie au couvent de Naples, eut une apparition qui lui apprenait le deuil immense de son ordre. Il vit le Docteur Angélique dans sa chaire de professeur, recevant la visite et les louanges de saint Paul et de plusieurs saints, qui l'emmenèrent avec eux jusqu'au ciel.
Le même jour, à Cologne, Albert-le-grand éclatait en larmes pendant le repas, et disait au prieur de la maison : « Voici de graves nouvelles ! Frère Thomas
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d'Aquin, mon fils en Jésus-Ciikist, et la lumière de l'Église, vient de mourir ; Dieu me l'a révélé. »
Peu de temps après, frère Albert de Brescia apercevait en esprit saint Augustin revêtu de ses ornements épiscopaux, et saint Thomas d'Aquin couronné d'un diadème d'or et de pierres précieuses, portant un collier d'or, un autre d'argent, et sur la poitrine une grande pierre précieuse qui éclairait l'Église entière ; son manteau était tissu de perles ; son scapulaire et sa tunique avaient la blancheur de la neige. Or, saint Augustin prit la parole et dit à Albert : «Je suis venu pour te révéler la science et la gloire de frère Thomas qui est avec moi. Car il est mon fils, ayant suivi en tout la doctrine des Apôtres et la mienne. Il a illuminé par sa science l'Église de Dieu, comme l'indiquent les pierres précieuses dont il est couvert, surtout celle qu'il porte sur la poitrine, et qui signifie sa droiture d'intention en toutes les œuvres qu'il a entreprises pour la défense de la foi. Ces diamants sont aussi le symbole des livres qu'il a composés. Il est mon égal dans la gloire, mais il me surpasse par l'auréole de la virginité. »
Un bénédictin renommé pour son savoir et sa sainteté, dom Grazia de Brescia, disait à un dominicain de