CHAPITRE DOUZIÈME
Siège n'a dit cela d'un autre maître ; et la situation que cet acte pontifical a faite à saint Thomas, dans le monde scientifique, est absolument privilégiée : elle est jusqu'à présent unique, et très probablement elle le sera toujours.
Pour s'en rendre exactement compte, il faudrait lire et méditer tout entier l'admirable document émané de la haute et lumineuse raison de Léon XIII. Sa longueur nous empêche malheureusement d'en donner intégralement le texte, et nous devons nous contenter d'en faire une courte analyse.
I. Le Fils de Dieu est apparu sur la terre pour y répandre les splendeurs de l'éternelle Sagesse ; il a délivré les hommes par la vérité ; pour les conserver dans cette divine liberté, il a établi l'Église maîtresse suprême et universelle des peuples; et l'Eglise, l'Église Romaine surtout, n'a cessé de combattre l'erreur et d'étendre le domaine de la vérité.
II. Or, la philosophie, et en général la science humaine, étant les moyens principaux dont l'erreur peut s'emparer pour corrompre la foi chrétienne, les papes ont toujours eu à cœur le progrès et l'orthodoxie de toutes les sciences, mais spécialement ceux de la philosophie dont dépend en grande partie la rectitude
s. Thomas d'Aquin. 13
igO SAINT THOMAS DAQUIN.
des autres. Telle était la pensée de Léon XIII luimême lorsque, pour la première fois, î\ exerça son ministère de docteur universel par l'encyclique //^^^r/^- ^aâi/z; pensée si importante, surtout dans les conjonctures actuelles, qu'il croit devoir la développer aujourd'hui, en exposant les principes à suivre pour que les études philosophiques soient utiles à notre foi, et dignes de l'esprit humain lui-même.
m. C'est un fait incontestable, que les maux dont souffre maintenant la société sont les fruits naturels de la fausse philosophie enseignée dans une multitude d'écoles, et nécessairement passée de la théorie dans la pratique, des lèvres du maître dans les actes des disciples. Il est donc évident qu'une bonne et vraie philosophie produirait d'excellents résultats. Non sans doute qu'elle suffise à tout, ni qu'elle rende inutile l'intervention miséricordieuse de Dieu ; mais elle est le secours le plus considérable que la Providence ait ménagé à son Eglise dans l'ordre de la nature ; de sorte que, pour ramener les peuples à la foi et au salut, il faut demander à la science profane elle-même son précieux concours, à l'exemple des plus fameux d'entre les saints Pères.