‹ Le Docteur angélique, St. Thomas d'AquinChapitre 91 sur 153 · CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME

Toulouse a vu l'église où reposait ce Docteur incomparable, transformée en magasin ; Toulouse n'a plus cet autel admirable, ce mausolée splendide, où elle avait donné à l'Ange de la science sacrée l'hospitalité demandée pour lui par le Vicaire même de Jésus- Christ. Rome, Naples et Salerne, Aquin et Verceil, l'Italie entière, sont dans le deuil. Le couvent de la Minerve, occupé par l'étranger, verra-t-il les cardinaux de la Congrégation des Études ecclésiastiques se réunir dans ses murs pour entendre, comme chaque année autrefois, le panégyrique de l'Ange de l'Ecole ? Près de là, le Collège Romain, si pieusement attaché naguère à son enseignement, n'est plus qu'un lycée vulgaire et laïque où l'on pourra bien célébrer Pétrarque, mais où l'on n'applaudira point aux stances admirables par lesquelles Dante Alighieri a chanté Thomas d'Aquin et Bonaventure ('). L'Eglise d'Espagne, si habile à commenter la Somme Théologique, si ardente à l'étudier, ne la lit plus qu'à travers ses larmes. La Rome du Nord, où Albert-le-grand forma ce disciple qui devait le dépasser en science comme en vertu, Cologne la sainte, gémit de se voir divisée par le schisme du Cultit^rkampf /

I. On sait que trois fêtes centenaires se rencontrèrent en cette année 1874 : S. Thomas mourut le 7 mars 1274 ; S. Bonaventure, quelques mois après, le 14 juillet 1274; et Pétrarque, le 18 juillet 1374.

l88 SAINT THOMAS DAQUIN.

« Tant de douleurs ne nous feront cependant j^as oublier ce que la justice et l'espoir nous imposent ; garder le silence en cette fête séculaire, ce serait nous manquer à nous-mêmes, plus encore qu'à notre Docteur. »

Si nos espérances étaient grandes quand nous écrivions ces dernières lignes, nous n'eussions pourtant jamais osé croire que nous en verrions si tôt et si amplement la réalisation.

Et cependant, cinq années à peine s'étaient écoulées, qu'un pape de la lignée des Léon-le-grand, des Léon X et des Léon XII, — la postérité dira s'il ne leur fut pas supérieur à plusieurs égards, — un pape longuement préparé dans une studieuse retraite à gouverner l'Eglise en des temps exceptionnellement difficiles, un pape philosophe et théologien comme jamais peut-être Rome n'en posséda, — inaugurait son pontificat par la restauration des études thomistiques dans les universités, académies, séminaires et scolasticats, de l'univers catholique tout entier.

Son encyclique Aeterni Patris, du 4 août 1879, fut une éclatante proclamation de l'utilité, de la nécessité, d'une philosophie et d'une théologie conformes aux enseignements du Docteur Angélique. Jamais le Saint

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