NÉCROLOGIE
Hier, à trois heures, un long cortège dans lequel les damesétaient largement représentées, a suivi le convoi funèbre de M. le docteur Delvaille, président du Consistoire israélite, membre du Conseil municipal de Bayonne, membre du Conseil académique de Bordeaux, du Conseil d’administration du Lycée de Bayonne, chevalier de la Légion d’honneur. Un piquet du 49e d’infanterie a rendu les honneurs militaires à la dépouille mortelle de l’honorable défunt. Le char, dont les cordons étaient tenus par MM. de Ribeaux, ancien procureur de la République à Bayonne ; le docteur Tucoulat, président de l’Association médicale ; le docteur Ribeton, Louis Léon, représentant du Consistoire de Bordeaux ; Cazac, proviseur du Lycée de Bayonne, et Pouzac, maire de Bayonne, disparaissait sous les couronnes. Plus de 60 avaient été envoyées, et, dans ce nombre on remarquait celles du Conseil municipal de Bayonne, du Consistoire de Bayonne, de la Jeunesse israélite, du Lycée de Bayonne, des anciens camarades du Lycée de Bordeaux, de l’Association médicale des Basses Pyrénées, de l’Association philomathique, de la loge la Zélée, etc.
Le deuil était conduit par MM. Armand Gommés, Emile Léon, gendres du défunt ; Georges Delvaille, de Bordeaux ; Léon-Louis Nounez, Henry Léon, Jules Gommés et les petits enfants du défunt.
Dans le cortège, on remarquait les grands-rabbins de Toulouse et de Pau, le Conseil municipal de Bayonne, le Consistoire de Bayonne, une délégation d’élèves et de professeurs du Lycée de Bayonne, de l’administration du temple et de la bienfaisance israélite, des bureaux de la Mairie, des employés du chemin de fer du Midi, des sergents de ville, de la gendarmerie, des ouvriers tailleurs, etc.
Après les prières liturgiques qui ont été dites dans la chapelle mortuaire du cimetière israélite de Saint-Etienne, M. Lévy, grand-
rabbin de Bayonne, a le premier pris la parole pour rendre hommage à l’honorable défunt dont les qualités d’administrateur et la bienfaisance ont eu l’occasion de f-e signaler dans cette haute situation. M. Pouzac, maire de Bayonne, a rappelé que M. le docteur Delvaille fut un des premiers libéraux qui se rallièrent à la République et qu’il ne tarda pas à y devenir un citoyen actif, suivant l’expression caractéristique de l’époque révolutionnaire. Effectivement, à cette époque, il fut l’âme de toutes les campagnes de presse qui se produisirent et où il montra son esprit de combativité. Intelligence souple, s’assimilant facilement les sujets qu il traitait, il fut longtemps sur la brèche, ce qui ne l’empêcha pas de s’occuper de beaucoup d’autres sujets, secrétariat de l’Association médicale des Basses-Pyrénées, congrès médicaux, études sur l’hygiène des écoles et sur les questions d’enseignement. M. le Maire de Bayonne passe en revue toutes les questions que M. le docteur Delvaille aborda, insistant surtout sur deux institutions dont il fut le fondateur : l’Association philomathique et les colonies sanitaires de vacances qui apportèrent une grande amélioration dans l’état de santé des élèves souffreteux et maladifs des classes laborieuses. Cette œuvre de société lui survivra et restera acquise pour l’amélioration du sort des déshérités de la fortune. Elle lui valut le prix Sourigues et la croix de la Légion d’honneur pour l’obtention de laquelle il avait été signalé par l’accomplissement scrupuleux des missions qu’il fut appelé par le gouvernement à remplir à l’étranger.
M. le docteur Tucoulat, président de l’Aasociation médicale de Bayonne, retrace la carrière de M. le docteur Delvaille, ses mérites professionnels, les échanges de communications qu’il faisait avec les autres sociétés médicales, ses études incessantes pour l’amélioration de 1 hygiène dans les écoles, ses efforts pour développer les œuvres de mutualité et de prévoyance. Et là encore, M. le docteur Tucoulat rappelle que c’est grâce à son activité et à ses sacrifices que les colonies sanitaires de vacances s’implantèrent à Bayonne définitivement comme institution.
M. Gazac, proviseur du Lycée a parlé dans le même sens et a
rappelé la part qu’il prit dans la bonne administration du Lycée,
M. Louis Léon, représentant du Consistoire israélite de Bordeaux, est venu apporter l’adieu du souvenir ému de ses coreligionnaires de Bordeaux et des anciens élèves du Lycée de Bordeaux qui furent ses compagnons d’études.
Enfin, c’est M. Edmond Milliaud qui, au nom de la Société de la Jeunesse israélite, est venu évoquer le souvenir d’une action généreuse de M. le docteur Delvaille, qui, avant de partir faire ses études à Paris, eut l’idée avec quelques amis de son âge, de venir en aide à ses coreligionnaires nécessiteux ; cette association s’occupa d’abord de donner des vêtements aux élèves pauvres ; plus tard, elle élargit son but pour leur permettre de se créer des situations dans l’industrie, le commerce, l’enseignement et l’armée.
Et ce sont ces œuvres qui, à l’heure suprême, groupent tous les cœurs autour d’un cercueil, pour rendre hommage au bienfait et ne laisser place qu’aux regrets dont la famille de M. le docteur Delvaille vient de recevoir les multiples témoignages.
( Courrier de Bayonne).
C’est avec une profonde douleur que nous avons appris la mort deM. le Dr Camille Delvaille, conseiller municipal, chevalier de la Légion d’honneur.
La place dont nous disposons ne nous permet pas de nous étendre sur les hautes qualités d’administrateur du défunt ni sur les nombreuses créations ou fondations auxquelles il a collaboré avec éclat.
Son existence a été toute de labeur et de sacrifices à la chose publique.
L’homme privé ne s’était pas moins imposé à l’estime de tous. Pour nous qui l’avons connu, nous ne saurions assez dire quel cœur noble et généreux, quel esprit droit et juste vient de disparaître.
Le temps fera son œuvre et c’est lui qui §e chargera mieux que
personne de faire connaître sous son vrai jour la vie de ce philanthrope que Bayonne a perdu aujourd’hui.
Dans cette douloureuse circonstance, nous adressons à sa famille l’hommage de nos sincères sentiments de condoléance.
Nous recevons la communication suivante que nous insérons avec plaisir :
« Nous apprenons avec peine la nouvelle du décès du docteur Delvaille, de Bayonne.
)) Toutes les œuvres de philanthropie, de solidarité, d’assistance l’ont toujours compté parmi ses premiers et ses plus zélés ouvriers. Et je voudrais précisément mettre en lumière cette qualité qui le personnifiait, je veux dire la bonté. Et cette bonté qui éclairait cette physionomie si expressive, d’un reflet sympathique dedouceur avenante, se traduisait au dehors sous des formes et par des actes multiples.
» Ici, il apportait les secours matériels nécessaires et vous savez avec quelle discrétion ; il faisait le bien pour le bien lui-même. Il savait la façon de se rendre utile, non par l’aumône ou la charité seules, mais tout en donnant, il faisait par ses conseils, du développement moral.
)) Là, c’était par l’action intellectuelle qu’il exerçait sa bonté. Et ses conférences et ses causeries humoristiques qui restent dans tous les souvenirs, portaient de préférence sur des sujets qui, tout en élevant le côté intellectuel de l’homme, devaient par des sanctions pratiques augmenter le patrimoine matériel des malheureux.
)) Il était de la bonne école des républicains et des démocrates parce qu’il possédait la condition indispensable, le désintéressement. Et, comme tous les hommes qui ont beaucoup médité et observé, il était animé des plus vifs sentiments de tolérance, cette tolérance qui est absolument nécessaire au perfectionnement moral de l’humanité.
Il était de ces hommes dont parlait hier encore M. Delpech .j
(( supérieur à la société ambiante, ils souffrent des lenteurs de la foule, trop lente à les suivre dans leur ascension vers les hauts sommets. )) Mais ces sentiments étaient modérés chez lui par son indulgence.
)) Pourquoi faut-il que la mort aveugle fauche, au moment où ils sont encore si utiles, à l’automne de la vie, à l’époque d’une moisson bien gagnée, des hommes d’élite, comme celui que nous pleurons ?
)) Par toutes ses qualités, par sa vie qui est un modèle de probité, de droiture, d’intégrité et surtout de bonté, il a eu le rare mérite de posséder toujours la considération et l’estime de tous. Il a passé en faisant le bien.
» Docteur Lobit )).
La dépouille mortelle du regretté Dr Delvaille est allée rejoindre sa dernière demeure accompagnée d’un cortège imposant. Cette manifestation de tant de sympathies a montré combien il était aimé et quelle admiration ses concitoyens réservent à sa mémoire vénérée.
Diverses délégations et presque tous les corps constitués suivaient le convoi funèbre ; un monceau de couronnes, fort belles, garnissaient des voitures à la suite du cortège.
Au cimetière, plusieurs discours ont été prononcés par MM. les grands rabbins de Bayonne et Pau, Pouzac, maire ; Dr Tucoulat, au nom de l'Association médicale des Basses-Pyrénées ; Cazac, proviseur du lycée ; Barnequiès, médecin en chef des chemins de fer du Midi; Louis Léon, représentantdu Consistoire de Bordeaux; Edmond Milliaud, vice-président de la Société de la jeunesse israélite et des arts et métiers.
Tous ont apporté au Dr Delvaille leurs paroles émues ainsi que les éloges mérités par sa vie d’abnégation ; quelle que soit l’œuvre où son esprit a pénétré, quelque soit le sujet où ses facultés se sont exercées, c’était l’homme de direction éclairée, de labeur inlassable, de bonté inépuisable. Aussi M. Pouzac a-t-il pu dire :
« Ce qu’a fait le Dr Delvaille comme conseiller municipal, adjoint au maire, membre de la Caisse des Ecoles, administrateur
du Lycée, délégué cantonal, rappeler ce qu’il a produit de rapports, d’articles spéciaux, parfois les plus disparates, dans un style toujours facile avec un talent d’assimilation que rien ne mettait en défaut, ce serait refaire pour ainsi dire l’histoire du mouvement intellectuel des annales municipales, des événements multiples et des questions les plus importantes qui ont pendant ces quarante années marqué l’existence même de la cité bayonnaise. »
La vie du Dr Delvaille est admirable parce qu’elle a été vécue surtout pour les autres. Et, avec sa disparition, nous voyons s’effacer une large partie de la vie bayonnaise, à laquelle son nom restera à jamais attaché.
A tous les remerciements, à tous les éloges qui lundi ont été exprimés sur son cercueil, qu’il nous soit permis d’ajouter le modeste témoignage de notre affection et l’assurance de notre plus pieux souvenir pour sa noble mémoire.
(. France ).
Avec le docteur Delvaille, disparaît un républicain de la veille éprouvé par trente ans de lutte, une intelligence souple et variée, une activité qui ne connaissait ni l’obstacle, ni la fatigue.
Entré au Conseil municipal en avril 1870, le docteur Delvaille devait poursuivre jusqu’à la mort, avec une simple interruption de deux ans, sa carrière de conseiller. Précieux à ses collègues par le concours qu’il était toujours prêt à leur fournir, par l’abondance de ses renseignements sur la presque totalité des questions soumises à leur étude, par les extraordinaires qualités de travailleur et de chercheur qui le désignaient particulièrement pour les enquêtes des commissions, sa collaboration était, au surplus, de celles qui, par leur bonne grâce, se laissent le plus volontiers mettre à contribution.
On peut dire que la plupart des grands domaines de la connaissance, et spécialement de la connaissance scientifique, avaient vu s’exercer sa curiosité. Sans limiter, il allait de préférence aux problèmes de l’enseignement et de l’hygiène. 11 leur a consacré un grand pombre d'ouvrages et d’opuscujes que l’on consulte avec
agrément et profit, et notamment, avec la collaboration du docteur Breucq, le Guide hygiénique de V Instituteur , adopté aujourd’hui par toutes les écoles de France.
Ses mérites étaient suffisamment appréciés en haut lieu pour qu’à diverses reprises le gouvernement lui eut confié des missions à l’étranger; et après lui avoir valu la rosette d’officier de l’Instruction publique, ils lui valaient enfin, l’année dernière, le ruban de la Légion d’honneur.
Philanthrope éclairé, le docteur Delvaille avait créé à Bayonne, et il continuait à soutenir à peu près seul de ses fonds, l’Association Philomathique ; de même ces admirables colonies de vacances qui ont déjà donné de si beaux et de si encourageants résultats. En unissant notre profonde tristesse à la douleur de ceux qui le pleurent, nous ne pouvons qu’exprimer l’espoir de voir lui survivre ces deux œuvres qui, en perpétuant son bienfait, perpétueront sa mémoire.
( Petite Gironde )
M. le docteur Delvaille vient de mourir dans sa propriété de Huire, succombant aux atteintes d’une maladie implacable, dont les rapides progrès ne laissaient plus, depuis un mois, aucune espérance à ses amis.
M. Delvaille était âgé de soixante-neuf ans.
Il laissera à Bayonne d’unanimes regrets et le souvenir impérissable d’un homme de bien, dans l’acception du mot, d’un homme intègre, honnête, bon et loyal.
Nommé conseiller municipal aux élections d’avril 1870, second adjoint au maire de l’année 1882 à l’année 1884, plusieurs fois rapporteur du budget, M. Delvaille a rendu jusqu’à ce jour, dans notre assemblée communale, des services que l’on ne peut oublier.
En récompense de sa laborieuse carrière et d’une philanthropie sans bornes qu’il avait poussée jusqu’au suprême degré, M. le docteur Delvaille reçut, au mois de mai dernier, la croix de la Légion d’honneur.
Nous nous inclinons respectueusement devant la dépouille mortelle de ce vaillant républicain et adressons à sa famille l’expression de nos plus vives et cordiales condoléances.
f Dépêche)
Lundi ont eu lieu les funérailles grandioses du regretté Docteur Delvaille, chevalier de la Légion d’honneur. Cet homme faisait le bien et l’une de ses œuvres les plus chères était les colonies de vacances qui chaque été à Saint-Jean-de-Luz recevaient ses pupilles et rendaient la santé à un grand nombre d’enfants. C’était son œuvre de prédilection, et c’était charmant spectacle que de voir les minois de ces enfants respirant la santé, rendus à leurs parents à la fin de chaque période. C’était la Société Philomathique où livres et Journaux se trouvaient à la disposition du public. C’étaient toutes les œuvres philanthropiques où son nom, son temps et sa bourse se voyaient ou se devinaient !
Il y avait foule, tous avaient voulu rendre ce dernier hommage au défunt. Aussi la route était-elle couverte d’une immense théorie d’hommes et de femmes. Les voitures suivaient.
Au cimetière a eu lieu un service funèbre, puis des discours ont été prononcés par MM. les grands rabbins de Bayonne et de Pau, par M. Pouzac, maire, Dr Tucoulat, M. Cazac, proviseur du lycée de Bayonne, Dr Barnegueis, Louis Léon et Edmond Millaud.
La mort du Dr Delvaille laisse un vide qui sera difficile à combler.
A la maison mortuaire les honneurs militaires étaient rendus par un détachement du 49e de ligne et le son du tambour voilé de crêpe, ajoutait encore à la tristesse de tous. Nous adressons à la courageuse veuve, qui a voulu suivre jusqu’à la fin le noble compagnon de sa vie, aux enfants du Dr Delvaille, tous nos compliments de condoléances.
( B iarritz- Thermal).
Nous avons été péniblement affectés, comme d’ailleurs toute la population, par la nouvelle de la mort, samedi dernier, du docteur Camille Delvaille.
Camille Delvaille fut uns des personnalités qui ont fait le plus d’honneur à leur ville. Esprit d’une culture exceptionnelle et d’une haute intelligence, cœur droit et bienfaisant, médecin dont le dévouement n’avait d’égal que la science, il a occupé, durant sa carrière; line large place»
Et pour ceux qui l’ont connu et apprécié, il apparaissait que, quelle que fut l’importance de la situation qu’il avait acquise, cette situation n’était encore pas à la hauteur de son mérite.
11 fut un républicain de la première heure ; il l’était déjà bien avant que ses concitoyens, en 1870, ne l’eussent envoyé au Conseil municipal, où il remplit pendant quelque temps les fonctions d’adjoint.
Il fut en outre secrétaire^général de l’Association médicale des Basses-Pyrénées, chargé par le gouvernement de missions à l’étranger, membre très actif du Conseil académique de Bordeaux, président du Consistoire Israélite de Bayonne , fondateur et président de l’association philomathique.
Mais l’œuvre qui honore le plus sa carrière, est la fondation des Colonies de vacances à la mer et à la campagne, en faveur des enfants pauvres et chétiD. Cette œuvre à laquelle il s’était donné avec une bienfaisance éclairés et tenace, lui survivra, espérons-le.
Les obsèques qui ont eu lieu lundi dernier, ont été imposantes et ont montré en quelle estime le défunt était tenu par la population. Riches et pauvres, coreligionnaires et adversaires s’y trouvaient réunis par un même sentiment de respect ou de gratitude.
( Gazette de Biarritz),
Au moment où paraissait le dernier numéro de La Frontière , le docteur Delvaille expirait dans sa propriété de Nuire , au pied des verdoyants coteaux de l’Adour où sa santé ébranlée l’avait retenu depuis quelques mois.
Camille Delvaille fut une des personnalités qui ont fait le plus d’honneur à leur ville. Esprit d’une culture exceptionnelle et d’une haute intelligence, cœur droit et bienfaisant, médecin dont le dévouement n’avait d’égal que la science, il a occupé, durant sa carrière une large place.
Et, pour ceux qui l’ont connu et apprécié, il apparaissait que, quelle que fut l’importance de la situation qu’il avait acquise, cette situation n’était encore pas à la hauteur de son mérite.
11 fut un républicain de la première heure; il Tétait déjà bien avant que ses concitoyens, en 1870, ne l’eussent envoyé au Conseil municipal, où il remplit pendant quelque temps les fonctions d’adjoint.
11 le fut encore simplement, courageusement, aux heures difficiles où tant d’autres entraînés dans l’orbite du brouillon ambitieux dont la défection livra l’arrondissement aux réactionnaires, ne comprirent ni leur devoir, ni l’intérêt de la cité.
11 eut surtout le grand mérite d’être un républicain agissant. Dans ce milieu bayonnais où triomphaient tant d’inerties, il sut longtemps grouper et galvaniser les éléments plutôt timides d’un parti qui tint en respect la réaction cléricale si puissante dans l’arrondissement.
11 fut l’âme de la presse républicaine, du seul journal qui, pendant de longues années, soutenu par son dévouement, lutta victorieusement contre les organes de l’opposition bonapartiste et royaliste.
Mais son activité ne se borna pas à la politique.
Il fut en outre secrétaire-général de l’Association médicale des Basses-Pyrénées, chargé par le gouvernement de missions à l’étranger, membre très actif du Conseil académique de Bordeaux, président du Consistoire israélite de Bayonne , fondateur et président de l’Association philomathique.
Mais l’œuvre qui honore le plus sa carrière, est la fondation des Colonies de vacances à la mer et à la campagne en faveur des enfants pauvres et chétifs. Cette œuvre à laquelle il s’était donné avec une bienfaisance éclairée et tenace, lui survivra, espérons-le.
Les obsèques qui ont eu lieu lundi dernier ont été imposantes et ont montré en quelle estime le défunt était tenu par toute la population. Riches et pauvres, coreligionnaires et adversaires s’v trouvaient réunis par un même sentiment de respect ou de gratitude.
La mort de Delvaille a mis en deuil le parti républicain de Bayonne.
Beaucoup trop de pressentiments faisaient certes prévoir que les jours de notre vieil et cher ami étaient comptés, mais nous espérions quand même en une prolongation de cette existence qui nous était précieuse ; nous aurions voulu lui donner toutes les consolations, toutes les satisfactions qui lui étaient dues pour lui montrer qu’il n’avait pas combattu cinquante années de sa vie en vain, et que les jeunes générations s’élançaient dans le chemin qu’il avait ouvert. Mais les forces physiques se sont usées et arrêtées avant que fussent seulement atteintes les forces morales. Delvaille est mort sans avoir connu la victoire qu’il poursuivait depuis son ardente jeunesse Mais, parce qu’il avait combattu pour la vérité, sa confiance est restée sereine et inébranlable. Maintenant qu’il est mort, les nouvelles générations ne tarderont pas à rendre justice à sa mémoire.
11 a été 1 homme de son époque. Nul mieux que lui ne s’occupait de ce qui était utile à notre ville. Au Conseil municipal, ses rapports font autorité ; on les consultera toujours pour déterminer nos travaux et notre histoire. Celui qui est consacré à l’étude de l’assistance publique à Camp-de-Prats est une œuvre empoignante et admirable.
Quand on voudra faire du bien, à Bayonne, on s’inspirera toujours de ce qu’a fait Delvaille.
La mort du Docteur Delvaille, si attendue qu’elle fut pour ses proches et amis, me frappe douloureusement. Ce n’est pas à moi, mal informé des choses bayonnaises, de résumer cette vie d’un citoyen libéral — au plein sens de ces deux mots — d’un démocrate, qui de tout ’ernps s’est appliqué à servir la cause de l'éducation populaire.
Mais je tiens à dire que j’avais pour Delvaille une profonde estime. Elle remonte loin ! Elle remonte à ces temps, déjà presque oubliés, où sous la dictature de l’homme de Décembre, il fallait un grand courage pour oser se déc'arer un serviteur de la liberté. Ce fut en ces dernières années de l’Empire que je vis mon père entrer en rapport avec ce fervent apôtre de l’instruction laïque et que j’appris à tenir Delvaille pour un républicain.
Depuis, les républicains sont devenus légion, à mesure que tout danger cessait de menacer ceux qui se donnaient ce titre. Mais si nous en avons vu de plus (( avancés » comme l’on dit, de plus hardiment lancés à la conquête du progrès, il ne s’en est pas rencontré de plus sincèrement, de plus entièrement dévoués à la démocratie que ne le fut Delvaille. Personne n’a cru, d’une foi plus noble, à la vertu de l’esprit, je veux dire du savoir, de la culture, ou comme disaient si bien nos aïeux, des lumières. Et le meilleur de son effort fut toujours pour les écoles, dans lesquelles il voyait avec raison, l’espérance et la raison d’être de la République.
Et ce n’est pas à moi de décider si ce vrai démocrate fut ou non payé de la reconnaissance qu’il méritait. Mais de telles vies ne sont pleinement comprises, leur valeur n’est entièrement sentie, qu’une fois éteintes.
La vie de Delvaille a honoré et son nom, et sa communauté et la ville de Bayonne : on ne le sentira que trop bien, au vide qu’il va laisser. J. E. P.
(La Frontière).
C’est une notabilité du Judaïsme méridional qui disparaît avec le Dr Camille Delvaille dont nous avons annoncé la mort dans notre dernier numéro. Sa carrière publique partagée entre ses devoirs envers la cité, l’humanité et le culte israélite, fut des mieux remplies. Toutes les belles causes intéressant le progrès et la civilisation, trouvaient en lui un champion enthousiaste.
Praticien distingué, il s’adonna, à peine reçu médecin, aux questions d’hygiène, et surtout d’hygiène scolaire. Les rapports qu’il publia sur les missions officielles dont il fut chargé en Espagne en 1892 et en Hollande et en Belgique en 1895 montrent qu’il possédait à fond ces intéressantes questions et qu’il savait les rendre intéressantes. On lui doit, en collaboration avec le Dr Breucq, un excellent manuel de V Hygiène scolaire. La croix de la Légion d’honneur récompensa le dévouement qu’il apporta dans l’étude des réformes à opérer dans l’hygiéne scolaire. Les questions de solidarité avaient également beaucoup d’attrait pour lui, et dès 1863, il jeta les~fondements de l’Association médicale des Basses- Pyrénées,
Son dévouement à la chose publique, l’intelligence déliée avec laquelle il savait traiter tout ce qui concernait l’édiiité publique lui valurent la confiance de ses concitoyens qui, à différentes reprises, et dès 1870, l’appelèrent à siéger au Conseil municipal où sa compétence, son intelligence des affaires, l’aménité de son caractère lui concilièrent, avec l’estime de ses collègues, la considération générale. 11 remplit, pendant quelques années, avec succès, les fonctions d’adjoint au Maire.
Mais il était surtout un israélite fier de son origine, jaloux du bon renom de sa race, pénétré des sublimes enseignements de sa religion, et éprouvant au plus haut degré le sentiment de la solidarité juive. 11 cherchait à faire respecter son culte par la parole comme par la plume, à s’initier à la connaissance du judaïsme et à la propager.
Comme israélite, il témoigna son intérêt pour le judaïsme, en fondant, à peine âgé de 17 ans, avec quelques-uns de ses amis, la Société de la jeunesse israélite et des arts et métiers , qui, depuis 53 ans, n’a pas cessé de faire pénétrer le goût du travail manuel dans les milieux pauvres de la communauté et a contribué à leur relèvement moral et social. 11 en fut successivement vice président et président, et on lui doit le degré de prospérité atteint par cette vaillante association.
Ses coreligionnaires, témoins de sa généreuse activité, l’élurent bientôt au Consistoire des Basses-Pyrénées où il se distingua par son dévouement et conquit une des premières places, et à la mort du regretté Virgile Léon, il fut appelé à lui succéder après l’avoir secondé avec zèle et intelligence dans l’administration supérieure du culte. Et ainsi, jusqu’au dernier jour, il se consacra aux intérêts d’une religion pour laquelle il professait un profond attachement et dont il admirait la valeur.
Ses obsèques ont attesté la place éminente qu’il occupait au sein de cette ville de Bayonne où nos coreligionnaires ont su, depuis des siècles, s’attirer l’estime de leurs concitoyens. Plus de mille personnes y assistaient. Toutes les autorités civiles et militaires, le général de division, le maire et ses adjoints, le président du tribunal, des délégations des communes voisines ont suivi ses funérailles qui ont revêtu un caractère imposant.
Le Docteur Delvaille se trouvait, par l’un de ses gendres, le sympathique M. Emile Léon, ancien élève de l’Ecole Centrale, apparenté à la famille du directeur des Archives qui prennent part au deuil des siens.
(Archives israèlites , 14 janvier 1Q04).
La circonscription consistoriale de Bayonne, et, nous pouvons le dire, le judaïsme français tout entier, ont appris avec une douloureuse émotion la mort de M. le docteur Camille Delvaille, qui. depuis un grand nombre d’années, présidait avec tant de dignité le Consistoire israëlite de Bayonne. Mais ce ne sont pas seulement nos coreligionnaires que cette perte aura douloureusement affectés, elle est sensible à tous les concitoyens du regretté docteur qui savent quelle place importante il avait prise comme conseiller municipal dans l’histoire de la ville de Bayonne durant ces quarante dernières années, quelle compétence il apportait dans la discussion des affaires locales; avec quel inlassable dévouement il se consacrait aux malades, aux œuvres de mutualité et d’assistance, dont plusieurs étaient sa création propre et qu’il alimentait de ses deniers.
Le docteur Delvaille, était en effet une de ces intelligences d’élite et de ces natures profondément bonnes, qui éprouvent comme un besoin impérieux de répandre partout leur activité bienfaisante. Dès 1862, il s’était fixé comme médecin à Bayonne, sa ville natale, dont il était devenu l’un des conseillers indispensables, et il a attaché son nom à de nombreuses institutions d’utilité générale, de philanthropie et de moralisation. Son activité, sa sollicitude infatigables, se sont en effet étendues sur tous les domaines où il y avait du bien à faire, des progrès à réaliser.
Comme médecin, il s’occupa particuliérement des questions d’hygiène ouvrière et scolaire. En rapports continuels avec toutes les Sociétés d’hygiène de France et de l’Etranger, il fut délégué à différentes reprises par le gouvernement pour étudier en Espagne, en Hollande et en Belgique les questions d’hygiène et d’assistance publique, en particulier en ce qui concerne l’enfance des écoles. Il publia à ce sujet un ouvrage fort remarqué, la Santé de l’Ecolier , qui eut les honneurs de trois éditions françaises et d’une traduction espagnole, et qui lui valurent différentes distinctions aux Expositions. L’an dernier, la croix de la Légion d’honneur était enfin venue s’ajouter aux nombreux témoignages qu’il avait reçus de la reconnaissance du gouvernement de la République. Une des plus belles créations, auxquelles il ait attaché son nom, fut celle des colonies sanitaires des vacances pour les enrants pauvres de Bayonne et dont il assumait presque seul la dépense.
Dés 1870, ses concitoyens l’avaient appelé à faire partie du Conseil municipal, et depuis 1888, il appartint sans interruption à cette assemblée. Parlant du rôle qu’il avait joué, M. le Maire de Bayonne a dit sur sa tombe, que rappeler son activité, ce serait refaire l’histoire des annales municipales, des événements multiples, des questions les plus importantes qui ont marqué pendant ces quarantes années, l’existence même de la cité.
Comme l’a dit aussi le premier magistrat de Bayonne, le Docteur Dhvaille a su prouver qu’on pouvait être un ferme républicain, sans être pour cela anti-religieux. Il fut en effet tout de dévouement à la cause de ses frères d’origine. Ce fut lui qui créa il y a cinquante-trois ans, la Société de la jeunesse israélite et des arts et métiers de Bayonne, qui devait faciliter aux jeunes gens pauvres l’accès des carrières et des métiers, et qui a rendu de si appréciables services. Au sein du Consistoire, il s’occupait avec une sollicitude toute particulière de toutes les questions qui peuvent assurer la vitalité du judaïsme et rehausser la dignité du culte : il était l’àme, l’inspirateur et le protecteur de toutes les œuvres de la Communauté de Bayonne.
Les obsèques de cet homme de bien ont été l’objet d’une imposante manifestation. Toutes les classes, toutes les conditions, toutes les opinions y étaient représentées. Différents discours ont été prononcés, notamment par M. le grand-rabbin Emile Lévy qui, en une fort belle allocution funèbre, a rappelé les services éminents rendus par le Docteur Delvaille a son culte comme aussi à toutes les œuvres pour lesquelles on demandait son appui et que, sans distinction de confession, il entourait d’une égale sollicitude. M. le Maire de Bayonne a rendu hommage à l’homme public ; le proviseur du lycée a exprimé les regrets de l’Université, car le Docteur Delvaille faisait partie du Conseil d’administration du lycée et du Conseil académique de Bordeaux ; le Président de l'Association médicale des Basses-Pyrénées a fait ressotir les qualités du praticien qui se doublait d’un philanthrope ; le vice-président du Consistoire et le président de la Société israélite oit également adressé un adieu ému à la mémoire de l’homme vénéré ravi à tant d’œuvres, à tant de malheureux, à qui il prêtait son appui.
M. Camille Rodrigues, représentant du Consistoire central pour la circonscription de Bayonne, devait, au nom de cette assemblée, adresser également un dernier hommage à la mémoire du Docteur Delvaille. Au dernier moment, M. Rodrigues a été empêché par une indisposition de se rendre à Bayonne. Il a adressé au Consistoire de cette ville l’allocution qu’il se proposait de prononcer et qui a été lue à l’office du samedi matin par M. le grand-rabbin de Bayonne. Nous en détachons le passage suivant :
(( M. le Docteur Delvaille était cloué d’une haute valeur morale et intellectuelle, et se sentait instinctivement poussé à chercher les solutions destinées à améliorer le sort de ceux qui souffrent ; à toutes ces éminentes qualités du cœur et de l’intelligence, il en ajoutait une qui rendait les premières encore plus appréciables : « la modestie. ))
)) Tous ceux qui l’ont connu, qui l’ont approché, ont pu constater cette douceur, cette bonté, surtout cette indulgence sans pareille qui lui faisait oublier les désillusions, hélas ! trop fréquentes que chacun compte dans lavie. Le Docteur Delvaille a été l’homme juste par excellence, l’homme de bien dans la plus complète acception du mot, et sa disparition sera vivement sentie par les hommes de cœur qui cherchent à adoucir les misères d’autrui, car il n’est pas d’œuvre de solidarité sociale à laquelle notre ami regretté ne se soit associé. »
A tous ces témoignages de regrets, à ces hommages si mérités, qu’il nous soit permis de joindre les nôtres. Le Docteur Delvaille était, en effet, depuis de longues années, le correspondant bayonnais de l 'Univers Israélite. Il tenait à nous renseigner sur toutes les manifestations de la vie religieuse de sa circonscription consistoriale, et il était heureux de pouvoir nous signaler tout ce qui contribuait à rehausser l’éclat du culte et la prospérité des œuvres sociales et humanitaires de la Communauté à laquelle il se consacrait avec un dévouement infatigable. Nous nous joignons donc à tous ceux qui le pleurent, et nous adressons à sa veuve, à ses enfants et petits-enfants, au Consistoire et à la Communauté de Bayonne, l’expression de notre douloureuse sympathie et de nos sincères regrets: S. H. (Univers Israélite).
Le docteur Camille Delvaille, issu d’une vieille famille de Saint- Esprit, alors que son âge, son énergie et son intelligence faisaient présager encore une longue carrière, est mort miné par une cruelle maladie contre laquelle il luttait depuis longtemps, â l’âge de soixante-neuf ans, â Bayonne, dans sa propriété de Huire, qu’il habitait l’été avec sa nombreuse famille.
Par son activité infatigable, par son assimilation à toutes choses, il était devenu l’une des physionomies les plus notables de Bayonne, sa ville natale où, depuis qu’il y était revenu, après ses études médicales à Paris, il s’était posé avec sa profession, s’occupant en dehors, de science, d’administration et de charité. Pour résumer sa vie de travail et de dévouement, il suffit de citer les fonctions qu’il a remplies, les choses qu’il a fondées et les titres qu’il a obtenus. 11 fut ;
Conseiller municipal depuis 1870, sans interruption jusqu’à ce jour, ayant été investi pendant quelque temps des fonctions d’adjoint au maire de Bayonne ;
Président du Consistoire israélite de la circonscription de Bayonne ;
Secrétaire général de l’Association médicale des Basses- Py rénées ;
Membre de la Caisse des Ecoles ;
Délégué Cantonal de l’Instruction publique ;
Membre du Conseil Académique de Bordeaux ;
Administrateur du Lycée de Bayonne ;
Président de la Société pour la protection de la Jeunesse Israélite ;
Fondateur et Président de la Société Philomathique ;
Chargé par le gouvernement de missions en Espagne et en Belgique pour étudier dans ces deux pays le développement de l’Instruction ;
Fondateur des Colonies sanitaires de vacances, une de ses œuvres à laquelle il donna tout son amour, tout son cœur et pour laquelle il reçut de la ville de Bayonne le prix Sourigues ;
Membre du Comité administratif de Biarritz- Association.
Il coopéra à l’organisation, à Biarritz, en 1886, du premier Congrès International d’Hydrologie et de Climatologie et à son Exposition thermale et d’hygiène qu’il dirigea. 11 fut dernièrement membre du Comité qui, en 190}, organisa le Congrès de Thalassothérapie, institué pour mettre en relie! les avantages de Biarritz et de ses eaux salées. Enfin, il vint faire à Biarritz un certain nombre de conférences où il se fit remarquer par son intelligence d’élite et son esprit judicieux.
La rosette d’Officier de l’Instruction publique lui avait été depuis longtemps octroyée. La croix de Chevalier de la Légion d’honneur vint un jour consacrer, par une nouvelle distinction justement acquise, les services de sa vie si bien remplie, si bien utilisée.
Biarritz- Association devait à son collègue l’hommage de son pieux souvenir, et à sa famille l’expression douloureuse de ses condoléances. ( Biarritz- Association.)
Au commencement du mois de janvier, nous avons eu le regret de perdre un ami de notre Association.
M. le docteur Delvaille, membre honoraire de notre Société, depuis sa fondation, succombait après une courte maladie.
Notre œuvre l’intéressait beaucoup et son appui nous était acquis.
En 1899, lorsque le troisième prix Sourigues lui fut accordé, pour le récompenser de son dévouement aux œuvres philanthropiques, il comprit notre Société dans la liste des Œuvres B ayonnaiscs à encourager et nous adressa une partie du prix qui lui avait été décerné.
L’Association fut très sensible à ce témoignage de sympathie, rendu par un homme dont la compétence était indiscutée dans les questions d’enseignement et de mutualité.
Une délégation de notre Société en assistant aux obsèques du docteur Delvaille avait cru payer un juste tribut à son bienfaiteur.
Nous conservons le souvenir du bien qui nous a été fait et prions sa famille d’agréer l’expression de nos sympathiques condoléances.
( Bulletin de l' Association des Employés de Commerce ,
février 1904.)
Allocution prononcée a l’Association Générale des Médecins de France, par M. le Professeur BfiOUARDEL,
son Président
Messieurs,
j’apprends, en rentrant en séance, la mort cle notre excellent confrère et ami le Docteur Delvaille, de Bayonne. k
Pour nous tous c’est une perte eruelle. Le caractère aimable de notre collègue lui avait rapidement conquis les sympathies des membres du Conseil. Son esprit cultivé, alerte, son excellent jugement nous permettaient décompter sur son concours dans les discussions de nos assemblées.
Pour votre Président c’est une perte plus cruelle encore, c’est la rupture d’une amitié de cinquante années qu’aucun nuage n’avait jamais traversée,
Nous nous étions connus lorsque nous suivions ensemble les cours de Isidore Goffroy Saint-Hilaire à la Sorbonne. Le Professeur avait bien vite distingué parmi ses élèves celui qui par son esprit vif, pénétrant et fort, sa culture littéraire antérieure était le plus apte à reproduire et à vulgariser son enseignement.
Delvaille publia deux livres sur l’usage alimentaire de la viande du cheval. Il suivit son maître et l'aida de sa plume lorsque celui-ci fonda la Société et le jardin d’acclimatation.
Malgré ses succès de presse, Delvaille voulut retourner dans son pays à Bayonne. Il fut bientôt au premier rang de ses confrères, et leur estime, leur affection, le désignèrent pour administrer leur Société locale.
Delvaille ne s’était pas laissé absorber par les occupations de chaque jour. Il se tenait au courant de la science, de ses applications a l’hygiène. Il y a une dizaine d’années il accomplit en Espagne une mission que lui avait confiée le Ministre de l’Intérieur ; il nous fit connaître les institutions hygiéniques de ce Royaume, qui étaient à peu près ignorées en France. Ce qui l’a guidé au cours de eette mission, c’est le vif désir de voir en notre pays appliquer, pour le bien des déshérités, les règles promulguées un peu partout, même chez nous, mais mises trop souvent à exécution avec une mollesse qui les rend inéfficaces.
Je prie Monsieur le Secrétaire Général, d’exprimer à Madame Delvaille, les regrets de tous ses collègues, et particulièrement ceux du Président de l’Association.
Allocution de M CATHALA, Vice-Président de la Société des Sciences et des Arts de Bayonne prononcée a la séance du 9 février 1904
Depuis votre dernière séance, la Société a fait une perte sensible : le docteur Delvaille s’est éteint le 2 janvier, après une vie dans laquelle les lettres, les sciences et les arts occupèrent une part importante. L’homme et le citoyen, le philanthrope et l’administrateur ont été rappelés sur sa tombe par des voix autorisées : je dois me borner à résumer la part qu’il a prise aux travaux de notre Société.
Il en fut un des fondateurs : il assiste à la première réunion du 8 novembre 1873, propose et fait décider qu’un compte rendu de chaque séance sera rédigé par le Bureau et publié. L’année suivante, il demande qu’il soit fait un compte rendu des ouvrages reçus, et que la présentation des candidats soit laitepar deux membres ; çes deux propositions sont adoptées,
Son assiduité aux séances, sa collaboration aux travaux de la Société l’indiquaient pour la Présidence: il y fut élu le 10 mars 1880 et conserva ses fonctions jusqu’au 21 mars 1883.
Pendant trente ans il ne cessa de vous apporter une large contribution. Dans sa communication du 4 février 1902 qui fut la dernière et dont le titre était : L’Hygiène à l’Ecole d’après la Bible et le Talmud, se trouvent ces deux aphorismes :
(( Le propre des réunions comme la nôtre, c’est d’être une mutualité )) intellectuelle dans laquelle chacun apporte ce qu’il sait et de laquelle il » retire ce que lui apprennent ses collègues. »
(( Il est souvent agréable et toujours utile de dissiper les erreurs. ))
Comme le docteur Delvaille savait beaucoup, il était naturel qu'il apportât beaucoup.
Au début de la Société, s’oecupant du titre a lui donner, il a un jour exprimé la crainte que le mot scientifique n’effrayât quelques personnes. On dut sans doute le rassurer: car on trouve de lui, dans votre Bulletin, une note sur le papyrus médical d’Ebers, une note sur l’emploi du protoxyde d’azote comme anesthesique, une communication sur plusieurs expériences d’hypnotisme et de suggestion dont il a été témoin à Paris, le récit d’une visite à M. Pasteur et l’exposé de son traitement de la rage.
Enfin, en dernier lieu, un rapport sur une épidémie de méningite cérébrospinale de 1897 que le docteur Delvaille rapproche de constatations faites en 1837 : par la précision des observations, la sûreté de la documentation, ce rapport peut être cité comme un exemple de la méthode à employer dans les recherches scientifiques.
Le docteur s’y montre ce qu’il fut surtout, par goût et par la nature de son esprit, un hygiéniste convaincu. Et, comme il était un homme d’œuvres, il s’éprend du milieu où l’hygiéniste peut suivre les progrès de son action ; l’école et les écoliers.
Comme il est curieux à lire son rapport de 1874 sur l’école fondée à Morcenx par la Compagnie des chemins de fer du Midi ! L’installation matérielle, les programmes y sont l’objet d’un examen critique ; la santé morale et la santé physique des enfants sont étudiées avec précision, mais sans sécheresse, dans cette monographie. Le tout semé de réflexions comme celle-ci :
(( Il n’est pas exact que les livres dits malsains soient d’une lecture )) agréable et qu’ils aient beaucoup de lecteurs. J’en ai fait l’expérience: y) la plupart des ouvrages à doctrines violentes sont si ennuyeux, écrits
)) dans un style si nuageux, si barbare à force de prétention, qu’à la troi- » sième page on les rejette parce qu’on ne les comprend pas ou qu’ils )) ennuient. ))
Le docteur Delvaille est toujours prêt, quand il s’agit d’école et d’écoliers : prêt à en parler, et prêt à partir pour se renseigner minutieusement et sur place sur les progrès réalisés: à peine de retour, il raconte ce qu’il a vu ; et votre Société a eu à plusieurs reprises la bonne fortune de recueillir les impressions de cet érudit voyageur: c’est ainsi qu’il vous a entretenu successivement des écoles professionnelles et d apprentissage, de l’organisation de l’école d’apprentissage et ménagère des filles de Rouen, de l’exposition scolaire du concours régional de Tarbes, comme d’une exposition d’hygiène urbaine visitée à Paris et de l’installation du laboratoire de chimie municipale.
Ces communications étaient dictées par le désir d’être utile à ses concitoyens ; il semait des idées et ne désespérait pas de les voir germer dans l’avenir. Un jour, le 24 octobre 1888, il vous raconta modestement, non pas les efforts des autres, mais les résultats de son effort à lui ; il venait de créer une colonie sanitaire de vacances. (( Prendre les plus » anémiés des enfants pauvres, entre 10 et 12 ans, et leur procurer pendant (( les vacances un bon mois de repos, d’exercices réguliers, de nourriture )) saine et fortifiante. )) ainsi définissait-il son œuvre.
Vous savez qu’elle a prospéré ; il raconta lui-mème ses progrès le 6 août 1895 sous le titre : Expérience de 8 années de colonies sanitaires de vacances. « La santé, y disait-il, la diminution de la mortalité doivent )) préoccuper tous ceux qui, dans la Société, ont, à un titre quelconque, )) une part d’influence. ))
Et il prêchait d’exemple.
Telles sont brièvement résumées les diverses formes de la collaboration du Dr Delvaille aux travaux de notre Société ; il apportait dans ses communications une inlassable conviction au service d’une érudition toujours en progrès ; s’il eut. parcouru les vitrines de cette salle de bibliothèque, il n’y aurait rencontré que des amis et des connaissances' : le livre, en effet, fut son compagnon fidèle jusque dans les derniers jours de sa vie.
Aussi écrivait-il sans effort, dans un style limpide, sans familiarité comme sans affectation, trouvant naturellement le mot propre, ennemi de l’emphase et de la métaphore : il ne donnait â ses idées aucun vêtement recherché, il les habillait simplement, parce qu’il connaissait leur beauté morale,
A la fin de sa dernière communication du 4 février 1902, il écrivait : « Je vous parlerai plus tard de l’hygiène et de l'assistance. ))
Le Dr Delvaille ne voyait jamais sa tâche achevée. C’est l’illusion commune aux hommes d’œuvres : ils se donnent tout entiers, sans trêve» sans repos, et, quand ils disparaissent, leur couvre demeure.
Extrait du Rapport du Docteur Georges LASSERRE, Secrétaire général de la Société Médicale des Basses-Pyrénées, a la séance du 10 Mars 1904
Mes chers confrères, la mort du docteur Delvaille a été pour notre Société un deuil qu’elle a tout particulièrement ressenti, et ce n’est que justice. Personne, en effet, ne s’était plus entièrement donné à notre Société et n’y a tenu une aussi grande place. Nous trouvons Delvaille parmi nos fondateurs en 1863, et c’est en grande partie à son zèlede propagandiste que notre Société dut de naître florissante. Aussi, dès ce moment, fut-il appelé à oc;uper les fonctions de Secrétaire général qu’il a conservées jusqu’à l'année dernière, la constance des votes qui le maintenaient à ce poste étant un témoignage éclatant des services qu’il y rendait.
G est donc pendant quarante ans que Delvaille, sans jamais se lasser, s’est occupé de l’administration de la Société Médicale. Songez à ce que représente de démarches, de peines prises, de travail ingrat, une telle continuité dans l’effort et soyons reconnaissants à la mémoire de notre regretté confrère de tout ce qu’il a fait pour nous.
Delvaille était, d’ailleurs, là, bien à sa place. Passionné pour les questions de mutualité et d’association qu’il connaissait à fond, il apportait dans toutes les discussions qu’il aimait à diriger, l’appoint de son expérience, et vous gardez tous le souvenir des rapports si précis qu’il nous présentait chaque année et que je ne chercherai certainement pas à vous faire oublier.
Ses qualités devaient d’ailleurs se faire jour sur un théâtre plus vaste, et ce fut un grand honneur pour notre Société que de voir notre confrère appelé à siéger au Conseil général de l’Association des Médecins de France où il sut toujours se faire écouter et
apprécier et ou sa mort a laissé des regrets dont M. Lereboullet nous a apporté l’expression dans une lettre qui vous sera lue. .
Messieurs, Delvaille aimait notre Société; il l’aimait comme on aime quelqu’un à qui on a fait beaucoup de bien, et ce fut pour lui un grand chagrin de devoir abandonner ses fonctions l’année dernière. 11 le fit parce que déjà ses forces trahissaient son énergie; et il le fit très simplement, nous promettant de nous continuer le concours de son expérience et de son dévouement. — Tous deux nous avaient été précieux, et bien souvent nous regretterons de ne pouvoir y recourir.
Nous avons eu, après la mort de Delvaille, la preuve touchante de tout l’intérêt qu’il portait à notre Société. Notre confrère n’avait pas pris de dispositions testamentaires; mais, vivant au milieu des siens dans l’intimité la plus complète de cœur et d’esprit, il savait les intéresser à ses œuvres. 11 était sûr qu’après lui leur sollicitude continuerait à s’étendre sur elles ; et il a voulu leur laisser la douce consolation d’agir pour lui comme il aurait sgi lui-même, prolongeant, en quelque sorte, ainsi, sa présence parmi eux, et nous voyons combien sa famille le savait attaché à notre Société, par l’importance du legs qu’elle nous fait eu son nom.
En transmettant vos remerciements émus à Madame Delvaille et à ses enfants, vous voudrez certainement que nous leur disions que nous garderons de notre ancien Secrétaire général un souvenir impérissable et que la reconnaissance de la Société Médicale des Basses-Pyrénées est acquise à sa mémoire pour tous les services éminents qu’il lui a rendus!