MÉDICALE DES BASSES-PYRÉNÉES
C’est au nom de l’Association médicale des Basses-Pyrénées et de l’Association professionnelle des médecins de Bayonne, que je viens adresser un dernier adieu à notre regretté confrère le Docteur Delvaille et rendre un juste hommage à sa mémoire, après une carrière professionnelle si bien remplie.
Après les paroles émues et éloquentes de notre premier Magistrat, ui vous a si bien retracé la vie publique de nptre émjpent
concitoyen, je vais, à mon tour, essayer, non pas de vous apprendre, mais devous rappeler ce qu’il fut comme médecin dévoué, comme hygiéniste distingué et enfin comme philanthrope pratique.
Ses études médicales terminées avec honneur à Paris, où son intelligence et son activité s’étaient déjà fait connaître, il revint à Bayonne, sa ville natale, vers l’an 1862, époque à laquelle il passa sa thèse de doctorat sur la <( fièvre de lait )) étude clinique très consciencieuse et qui fut très appréciée. D’un caractère bon et serviable à l’excès, mais sans ostentation ; médecin érudit, actif et laborieux, il apportait dans toutes les questions qu’il étudiait et qu’il discutait, une intelligence vive et tenace, combattant pour ses idées avec obstination quand il les croyait justes, mais n’y apportant jamais de l’entêtement. Plus qu’indulgent pour ses adversaires, ses ennemis même, sévère â l’excès pour lui-même, il a toujours pardonné l’injure et son cœur ne connut jamais la haine. Esprit très cultivé, il a toujours vécu de la vie intellectuelle, même jusqu’à ses derniers jours, ne cessant de s’intéresser â toutes les questions qui l’avaient toujours passionné et dans lesquelles il s’était fait un nom justement apprécié.
Si bien doué au point de vue des qualités du cœur et de l’esprit, il n’aurait pas tardé à acquérir comme médecin une réputation méritée età attirer à lui une nombreuse clientèle, mais, heureusement favorisé par le sort qui lui permettait de ne pas tenir compte des ressources qu’attend tout médecin de l’exercice de sa profession, il put s’adonner tout entier aux questions d’hygiène et surtout d’hygiène scolaire.
Sans cesse en rapports continuels avec toutes les Sociétés d’hygiène de France et de l’étranger, il cherchait à vulgariser et à appliquer cesnotions fondamentales, soitaux habitations ouvrières, soit à l’Ecole. Ses nombreuses publications à ce sujet en font foi et le firent distinguer aux ministères de l’Instruction publique et de l’Intérieur, qui le déléguèrent officiellement en Espagne en 1892, en Hollande et en Belgique en 1895, pour y étudier l’hygiène et l’assistance publique et en particulier l’organisation et l’hygiène scolaire,
Ces rapports très documentés et rédigés avec Ja compétence reconnue à notre éminent confrère, eurent d’abord les honneurs d’une préface de deux de nos grands maîtres de la science médicale, les professeurs Brouardel et Grancher,et furent hautement appréciés par ces divers ministères. Des témoignages officiels très élogieux lui furent adressés avec promesse de récompense plus en rapport avec la valeur de ces documents, puisque déjà, à cette époque, il était officier de l’instruction publique.
Quelque temps après il publia, en collaboration avec notre confrère le docteur Breucq, un manuel complet et très pratique d’Hygiène scolaire « La Santé de l’Ecolier, )) dont la nécessité était
reconnue par tous les hygiénistes et par tous ceux qui s’occupaient
de questions relatives aux écoles. Le succès dépassa toutes les espérances : toutes les écoles s’empressèrent de le réclamer, même celles de l’Etranger ; il eut les honneurs de trois éditions françaises et une édition espagnole, et obtint des diplômes d’honneur et des médailles d’or aux Expositions d’Hygiène Scolaire de Londres, de Madrid, de Dijon, de Melbourne, etc., etc.
La Préface seule de ce Manuel vous donnera bien l’idée des aspirations généreuses et patriotiques qui ont dominé toute l’existence de notre confrère.
Nul plus que lui ne s’était rendu un compte plus exact de la nécessité de l’hygiène dans les écoles publiques, tout en faisant tous ses efforts pour vulgariser l’instruction et n’entendez-vous pas encore les échos tout récents de ses conférences instructives, scientifiques et morales sur des sujets qui touchaient aux idées qu’il a défendues toute sa vie? Les membres de l’Enseignement^ tout comme nous médecins, perdent en lui leur meilleur soutien et l’ami le plus convaincu.
Nombreux sont les titres honorifiques dus à son dévouement et à son activité sans bornes. Son intelligence, sa vaste érudition, son esprit conciliant et sa haute moralité le firent nommer président du Consistoire Israélite et dans ces nouvelles fonctions encore, comme dans toutes celles qu’il remplit, il ne laisse que d’unanimes jregrets. Ajoqtez à cela qu’il donnait encore tous ses soins sang
compter aux services publics de bienfaisance et de charité israélites et qu’il remplit pendant plus de trente ans les fonctions de médecin du chemin de fer du Midi, où, non content d’y exercer son ministère, il s’occupait encore spécialement de toutes les écoles qui avaient été fondées sur son initiative et sous le haut patronage de la Compagnie du Midi.
Mutualiste convaincu, défenseur des idées de prévoyance, il fut le premier qui, avec le docteur Batbedat, en 1863, jeta les bases de notre Association Médicale -des Basses Pyrénées et dont il fut le secrétaire général jusqu’à l’année dernière. C’est à cette époque qu’il avait demandé à être relevé de ses fonctions, que son état de santé ne lui permettait plus de remplir, et c’est devant cette triste réalité que nous dûmes nous incliner après lui avoir adressé à l’unanimité tous nos sentiments de reconnaissance pour le zèle et le dévouement dont il nous avait donné tant de preuves pendant de si longues années Nous nous souviendrons toujours, en effet, de la précision et de la netteté avec lesquelles, dans un exposé clair et succinct, il nous présentait chaque année la situation de notre Société et nous faisait connaître les projets élaborés et discutés dans les assemblées générales. Aussi, toutes ses qualités furent-elles appréciées comme elles le méritaient à Paris et il fut élu membre du Conseil général de l’Association des Médecins de France.
Toute sa vie il a toujours eu la continuelle préoccupation d’élever la dignité professionnelle et de défendre dans toutes les assemblées les intérêts de ses confrères, et par une mutualité bien comprise, de chercher à assurer aux médecins, moins bien favorisés parle sort ou par leurs familles, les ressources nécessaires.
On peut dire qu’il fut un modèle dans l’accomplissement de ses devoirs professionnels et de ses devoirs de fraternité et de solidarité sociale. Nul plus que lui n’eut l’amour de la science et de l’humanité et nous en voyons la preuve éclatante dans cette belle création, cette idée toute de bienfaisante bonté, qui vous révèle la belle âme de notre regretté confrère dans tout ce qu’elle a de bon et de charitable : « Les colonies sanitaires ». Poussant la modestie à l’ex;pès et ne voulant pas bénéficier seul de cette belle
— soldée, qui était bien sienne, il chercha à cacher, à diminuer ce généreux sentiment en faisant concourir à cette œuvre de régénération sociale sa ville natale et ses concitoyens, alors qu’il en couvrait réellement à lui seul la majeure dépense pécuniaire. Il y a 18 ans que ces colonies sanitaires furent créées : ce furent les premières en province, mais il eut la satisfaction bien méritée de les voir se vulgariser et adopter par un grand nombre de départements.
Cette œuvre toute humanitaire, dont nous, médecins, surtout, nous avons pu apprécier les résultats surprenants, restera comme le plus grand honneur à sa mémoire et s’imposera à l’estime et à la reconnaissance de ses concitoyens, sans distinction d’opinion politique ou religieuse. D’ailleurs la municipalité et tous ses collègues du Conseil municipal n’ont pas manqué de lui voter des félicitations et des remerciements unanimes dans une des dernières séances publiques.
C’est enfin l’année dernière seulement, presqu’au déclin d’une vie toute de travail et de dévouement à des œuvres sans nombre, de sollicitude sans égale pour l’instruction publique, l’hygiène et l’humanité, que le gouvernement avait récompensé notre estimé confrère en le nommant chevalier de la Légion d’honneur. Cette distinction, qu’avait précédée déjà depuis des années, la rosette d’officier de l’Instruction publique, était la juste consécration, mais un peu tardive, de toute sa vie publique et n’était que la récompense très méritée due à son dévouement professionnel.
Cette vie faite du sentiment du devoir et du dévouement à la régénération sociale et matérielle de ses concitoyens, restera un exemple pour les générations futures et tout ce qu’il a dépensé d’intelligence, d’activité, de persévérance et de science dans des travaux si arides et sans éclat, fera apprécier encore davantage tout ce qu’il y avait de noble, de bon et de charitable dans toutes ses actions.
Aussi, s’il peut y avoir une atténuation à la grande douleur de toute sa famille éplorée, elle la trouvera certainement dans l’unanimité de tous les regrets, non seulement du corps médical des
Basses-Pyrénées tout entier et de Bayonne en particulier qui perd un de ses plus éminents et de ses plus dévoués soutiens, mais aussi de tous ses concitoyens, qui sentant déjà le vide qu’il fera dans toutes les œuvres qu’il a créées et dont il avait le patronage, conserveront toujours à sa mémoire le plus sincère etle plus profond souvenir reconnaissant.
4° par M. CAZAC, proviseur du Lycée de Bayonne
Messieurs,
Le Lycée National de Bayonne vient, lui aussi, saluer cette tombe, et payer à celui dont elle va pour jamais renfermer la mortelle dépouille, un juste tribut de larmes !
Monsieur le Docteur Delvaille aima l’Enfance et la jeunesse ; il lui consacra le meilleur de son temps et de sa vie. Son cœur s’était ému, à la vue de ces pauvres êtres chétifs, que guette la mort à peine nés ; et, pour les conserver à leurs mères, pour les garder à la Patrie, il songea à leur faire respirer, ne fût-ce que pendant deux mois, l’air pur et fortifiant de la montagne et de la mer. Et un simple sourire, tout plein de larmes reconnaissantes, l’a, plus d’une fois, payé de ses soins et de ses peines !
Dirai-je, maintenant, ce qu’il fut pour nous, pour notre jeunesse universitaire, l’actif et dévoué secrétaire de notre Bureau d’Administration, depuis les origines mêmes du Lycée ? Ne fut il pas l’un de ses fondateurs, l’un de ces esprits généreux et larges à qui notre jeune Etablissement doit son existence et sa prospérité ?
Vital Biraben. notre ancêtre, qui mourut en 1876, sans pouvoir saluer l’achèvement de son œuvre -, Auguste Furtado, Théodore Plantié, Achille Marqfoy, Maxime Cavé-Esgaris, dix autres vétérans glorieux, énergiques défenseurs de notre cause et de nos idées... nous les vîmes un à un disparaître, avec cette angoisse qui étreint l’homme, quand il sent une part de lui-même, — et la meilleure, — descendre dans la tombe ! Et c’est, aujourd’hui, Camille Delvaille que nous pleurons !
L’an prochain, à l’occasion du vingt-cinquième anniversaire de notre naissance, en célébrant nos noces d’argent, nous eussions été si heureux d’honorer son infatigable vieillesse, de louer sa bonté prévoyante, de nous recommander encore à sa vigilance paternelle et toujours inquiète !
La mort ne l’a pas voulu ; et c’est sur son cercueil que le Proviseur du Lycée dépose respectueusement, en son propre nom et au nom de tous ses collaborateurs, l’hommage bien douloureux de son éternelle gratitude !...
5° pah M, Louis LEON, représentant le Consistoire
de Bordeaux
Messieurs,
Tous ceux qui, â Bayonne, ont été les amis du Dr Delvaille, ses confrères, ses collaborateurs et ses disciples ont dit si éloquemment tout ce qui devait être dit que je m’en voudrais de prolonger cette douloureuse cérémonie, si je n’avais à cœur de remplir un pieux devoir, en apportant à mes amis en deuil, à la communauté de Bayonne qui a perdu son chef et son guide, les condoléances attristées du Consistoire Israélite delà Gironde que je représente. Bayonne, Bordeaux, deux communautés sœurs, deux grandes familles qui depuis longtemps ont, entre elles, tant de liens que la plupart du temps, leurs joies, leurs douleurs et leurs deuils se confondent !
Delvaille était bayonnais mais il nous appartenait un peu. C’est à Bordeaux qu’il a été élevé, c’est dans notre vieux Lycée qu’il a passé son enfance et sa jeunesse. Il ne l’avait pas oublié, si bien que lorsque nous avons créé une Association d’anciens élèves il accourut au premier appel, tenant à être un des fondateurs de la première heure. Il était assidu à nos réunions annuelles, à nos banquets. Je le vois encore, l’an dernier, plein de vie et d’entrain, entouré de camarades qui applaudissaient à une de ces causeries pétillantes d’esprit et de bonne humeur dans lesquelles il excellait et qui aujourd’hui m’ont prié d’être l’interprète de leurs sentiments et de déposer sur sa tombe une couronne, témoignage de leurs regrets.
C’est qu’on l’aimait comme il méritait de l’être. Vous le savez, vous tous au milieu desquels s’est déroulée cette vie si simple, si honorable, vous qui avez vu â l’œuvre l’homme bon modeste et désintéressé soignant les pauvres, soulageant les humbles et les petits, se dévouant — avec quelle passion, on vous l’a dit — aux enfances souffreteuses et déshéritées, prodiguant partout les délicatesses de son âme.
Messieurs, au nom de tous ses amis de Bordeaux, j’adresse à la dépouille mortelle du Dr Delvaille un adieu suprême tout empreint de l’infinie tristesse et de la profonde émotion que je ressens devant le cercueil de ce* homme de bien.
6° par M. Camille RODRIGUES-ELY, membre du Consistoire Central des Israélites de France
Le Judaïsme français fait en ce jour une grande perte et le Consistoire Central des Israélites de France désire adresser un dernier adieu à l’homme qui pendant toute sa carrière a honoré la situation qu’il a occupée. Doué d’une haute valeur morale et intellectuelle, instinctivement poussé à chercher les solutions destinées à améliorer le sort de ceux qui souffrent, à toutes ces éminentes qualités de cœur et d’intelligence, il en ajoutait une qui rendait les premières encore plus appréciables, la modestie.
Tous ceux qui l’ont connu, qui l’ont approché,, ont pu constater cette douceur, cette bonté, surtout cette indulgence sans pareille qui lui faisait oublier les désillusions, hélas trop fréquentes que chacun rencontre dans la vie. Le Dr Delvaille a été l’homme juste par excellence, l’homme de bien dans la plus complète acception du mot, et sa disparition sera vivement sentie par les hommes de cœur qui cherchent à adoucir les misères d’autrui ; car il n’est pas d’œuvre de solidarité sociale à laquelle notre ami regretté ne se soit associé. Pleurons les natures d’élite qui nous sont enlevées, laissant un vide irréparable dans leur famille, et si j’ose le dire, dans l’humanité entière.
7° par M. E. MILLIAUD, Vice-Président de la Société
de la Jeunesse Israélite
Après les éloquents discours que vous venez d’entendre et qui ont retracé d’une façon si complète, et comme elle le méritait, la vie de l’ami que nous pleurons, excusez-moi de vous retenir encore quelques instants. Mais j’ai le douloureux devoir d’adresser au nom de la Société de la Jeunesse Israélite et des Arts et Métiers, un suprême adieu à son vénéré et regretté Président.
Il y a cinquante-trois ans, douze jeunes gens, des enfants presque, ils n’avaient que quinze à seize ans, mûs par un profond sentiment de solidarité, conçurent l’idée de fonder une œuvre destinée à donner des vêtements aux enfants pauvres qui fréquen-
talent l’école communale Israélite. Cette œuvre prit le nom de Société de la Jeunesse. Camille Delvaille était l’un de ces jeunes gens; il fut membre actif de la Société jusqu’au moment où le soin de ses études l’obligea à quitter Bayonne. Quoique éloigné il continua à en faire partie comme membre honoraire, mais dès qu’il revint à Bayonne, il reprit immédiatement sa place dans le rang des membres actifs.
La Société avait agrandi son but, elle ne se contentait plus d’habiller les enfants tant qu’ils allaient à l’école, mais à la fin de leurs études primaires elle les prenait encore plus directement sous sa protection et faisait d’eux des ouvriers, des artisans, des mécaniciens de la flotte, des instituteurs, voire même un rabbin ; enfin elle avait créé la branche d’apprentissage pour les jeunes filles. Elle s’appelait maintenant (( La Société Protectrice de la Jeunesse Israélite et des Arts et Métiers ». Camille Delvaille, viceprésident en 1882, devint président en 1883, à la mort du regretté Gersam Léon.
Depuis ce moment il devint l’âme de notre Société, et je crois ne pas être téméraire en affirmant que de toutes les œuvres auxquelles il a participé, c’est probablement celle qu’il aimait le plus et à laquelle il était le plus attaché.
Quel dévouement, quelle activité n’a-t-il pas déployés en toutes circonstances pour sa prospérité ! Quel zèle pour le placement des billets de nos loteries ! Nous n’entendons plus ces causeries si fines, en même temps que pleines de bons conseils, quelquefois accompagnées de remontrances qu’il adressait à nos apprentis, aux distributeurs de livrets. La mort inexorable est venue en'ever notre cher Président^ notre affection.
Son souvenir restera toujours présent au milieu de nous, et nous nous efforcerons de continuer son œuvre en marchant sur ses traces.
Adieu, cher Président, adieu !
Prière prononcée par M. le Rabbin BLOCH
O Eternel ! Tu es notre Dieu et le Dieu de nos pères. Tu combles, dans le monde futur de tes faveurs, les hommes qui se sont distingués sur cette terre par une conduite exemplaire ; leurs corps sont réduits en poussière, mais leurs âmes vivent de la vie des justes et des bienheureux.
Puissent-ils nous servir de modèles !
Puisse leur bon exemple stimuler notre zèle pour le bien !
Puissent leurs vertus renaître dans la personne de leurs descendants !
Si nous possédons le libre arbitre, qui est un don de Dieu, si nous sommes maîtres de nos pensées et de nos actions, le défunt nous dit : que nous n’avons pas 18 droit de semer le mauvais exemple autour de nous, de profaner l’innocence de nos enfants, de nos petits enfants et de les précipiter dans le malheur. O notre Père commun, fais en sorte que ceux-ci devienneut nos défenseurs, et non nos accusateurs ! Qu’ils bénissent notre mémoire, comme nous bénissons celle de nos pères !
Seigneur! Que ton saint nom soit béni!
Dans ce lieu de repos, l’image de la mort nous apparaît avec son cortège de douleurs et de tristesse. Nul ne saurait échapper à ses atteintes, nul ne saurait prolonger son existence sur cette terre, au delà du terme qui lui a été assigné par la Providence. Mais ce n’e^t pas la mort elle-même que nous redoutons, ce sont surtout les souffrances qui la précèdent ordinairemant. Elles sont rares les natures stoïques, qui comme le cher défunt, savent braver la douleur et regarder en face la mort. C’est vers Toi que nous tournons nos regards, ô Eternel 1 C’est en ta Toute Puissance, en ta Miséricorde que nous plaçons notre confiance.
C’est Toi qui soutiens les faibles, qui guéris les malades, qui nous enseignes que c’est dans te creuset de la douleur que s'épurent toutes les consciences.
Seigneur ! Que ton saint nom soit béni !
Lorsque nous quittons ce lieu de repos, qui nous montre dans sa triste réalité la fragilité de notre existence, nous paraissons graves et sérieux; le monde avec ses frivoles distractions semble avoir perdu tout charme pour nous. Mais peu à peu, nous négligeons les devoirs sacrés qui nous ont été prescrits, nous nous laissons entraîner au mal. Loin de ressembler au regretté défunt, nous gaspillons en pure perte les forces que la nature nous a départies ; et de l’intelligence qui est un reflet de la lumière divine, nous faisons souvent un mauvais us^ge. L’homme fort, l’homme intelligent, n’attend pas un avertissement du Ciel, pour bien remplir son devoir; il est prêt, à chaque instant, à rendre compte de ses actions devant le Juge Suprême. Le noble zèle qu’il a déployé pendant son existence sur cette terre, ses sentiments de haute bienveillance, de parfaite équité plaident en sa faveur. O Eternel ! montre-toi pour nous plein de bonté et de clémence. Accorde-nous la sagesse.
Seigneur ! Que ton saint nom soit béni!
Quelle que soit notre position sur cette terre, nous devons songer à l’avenir. Notre nature est perfectible et c’est à la recherche de la perfection que doivent tendre tous nos efforts. Notre immortalité sur cette terre, à laquelle est intimement liée notre immortalité dans le monde futur est à ce prix. Qui mieux que le docteur Delvaille a compris que nous ne travaillons pas seulement pour nous-mêmes, mais que nous travaillons encore pour la famille et la société, que des liens indieso-
lubies nous unissent à l'humanité et que nous sommes solidaires les uns des autres. Nous croyons fermement au jour du salut universel. Ce jour arrivera irrévocablement, lorsque la vertu aura triomphé sur cette terre, lorsque le vice et toutes les plaies humaines auront cessé d’exercer leurs ravages. O Eternel I Tu es saint, ton nom est saint Rapproche-nous de ta sainteté,
Seigneur ! Que ton saint nom soit béni !