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Le docteur Émile Dubois

La presse parisienne tout entière enregistrait ces jours derniers la mort d’un homme de talent et de cœur, que la ville de Sens a bien le droit de revendiquer au nombre de ses enfants. Quoiqu’il ne soit pas né dans nos murs , il était, en effet , des nôtres par ses liens de famille et jpar les années de son enfance et des premiers temps de sa jeunesse, qu’il a passées au milieu de nous.

Nous voulons parler du docteur Emile Dubois, tombé prématurément, le 7 février courant, victime de son dévouement professionnel, emporté en moins de quatre jours par une affection contagieuse contractée au lit d'un de ses malades.

Dubois (Emile-Amable) était né à Pont-sur-Yonne (Yonne) le 30 septembre 1820. C'est au collège de notre ville, où résidait sa famille, qu’il fit ses études classiques. Entraîné, par ses goûts vers la médecine, il alla, ses deux premiers diplômes conquis, puiser la science médicale à la Faculté de Paris.

Reçu interne des hôpitaux, en 1845, il en remplit successivement les fonctions à l’hôpital Beaujon, à la Maternité et à rHôtel-Dieu. C’est pendant son service dans ce dernier établissement, qu’il reçut une médaille et un diplôme d’honneur pour le zèle et le dévouement dont il fit preuve en donnant ses soins aux blessés des journées de juin 1848.

Il fut reçu docteur en décembre de cette même année. La distinction avec laquelle il termina ses études médicales pouvait lui faire espérer une position honorable à côté de ses anciens maîtres, s’il avait suivi la carrière du professorat. Mais les circonstances en décidèrent autrement, et il fut contraint de se livrer immédiatement à la pratique, dans laquelle, d’ailleurs, il devait exceller.

Il exerça d’abord à la campagne, aux environs de Paris : à Villemomble, à Montfermeil, à Rosny, de 1849 à 1862. Pendant ces quatorze années, il répandit au loin autour de lui les fruits précieux de son savoir profond et les trésors d’une bonté inaltérable, dont le souvenir est encore vivant aujourd’hui dans toutes ces contrées.

En 1862, Dubois vint se fixer définitivement à Paris. Il ne tarda pas à s’y faire une clientèle brillante, sans jamais, toutefois, négliger ceux de ses anciens clients, moins favorisés de la fortune, qui continuaient à avoir recours à ses lumières ; on peut même dire que ceux-ci étaient, de sa part, l’objet d’une sollicitude spéciale. Nul ne fut plus pénétré que lui du sentiment de ses devoirs professionnels, nul ne se donna davantage tout entier au soulagement de ses semblables.

C’est surtout comme accoucheur qu’il était connu et recherché ; mais il n’était étranger à aucune des branches de l’art médical, et c’est en soignant un homme atteint d’un érysipèle phlegmoneux qu’il contracta le mal fatal auquel il devait succomber, nous l’avons dit, d’une manière si inattendue et si prompte.

Dubois fut médecin de la Compagnie des Chemins de fer de l’Est et de la Société de secours mutuels de la Seine, et, pendant la guerre, il fut attaché à l’ambulance du deuxième arrondissement de Paris.

Sans prétendre rappeler ici tous les traits de désintéressement qui honorent sa vie, nous pouvons du moins mentionner les témoignages officiels qui en constatent quelques-uns. En 1849, il obtenait du département de Seine-et-Oise une médaille d’argent, pour les soins qu’il donna aux cholériques, et, en 1855 et 1856, il en recevait deux autres pour ses soins gratuits aux indigents, sans parler des nombreuses médailles (quinze ou vingt) que lui valurent, de la part du département de la Seine, ses vaccinations gratuites.

Universellement aimé et estimé de ses confrères. Dubois était, de longue date, membre de plusieurs sociétés médicales importantes, et c’est là surtout qu’on pouvait apprécier, outre son affabalité, l’élévation de son esprit et la variété de son savoir. Au nombre de ces sociétés, nous citerons : la Société anatomique ; la Société de médecine pratique, dont il fut président en 1870 et en 1871; la Société médicale du deuxième arrondissement de Paris, dont il était président lors de son décès ; la Société protectrice de l’Enfance; enfin, l’Association générale des médecins de la Seine, dont il fut membre pendant plus de vingt ans.

Malgré les occupations incessantes d’une carrière si bien remplie, le docteur Emile Dubois trouva le temps d’écrire, dans divers recueils et journaux médicaux, un certain nombre d’articles fort appréciés où il montre des qualités d'observateur et d’écrivain qui suffisent à donner l’idée de ce qu’il aurait pu être dans la science, si les exigences d’une pratique chaque jour plus envahissante ne l’avaient absorbé et épuisé avant le temps.

Le nombre immense de personnes qui ont assisté aux obsèques de notre digne compatriote, atteste les sympathies profondes dont il avait su s’entourer vivant, et les regrets universels qu’il laisse après sa mort.

C’est au cimetière de Villemomble (Seine] que, apres la cérémonie religieuse de l’église de la Madeleine, ont été déposés dans un caveau de famille, les restes mortels de Dubois. Sur sa tombe encore ouverte, Tun de ses plus anciens condisciples de Sens et de Paris, demeuré toute sa vie l’un de ses amis les plus dévoues, le docteur Campbell, dont on sait, du reste, la grande notoriété, a prononcé de touchantes paroles d’adieu, que nous sommes heureux de pouvoir reproduire ici et avec lesquelles nous ne saurions mieux clore cette trop courte notice :

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