CONCLUSION
En jetant un regard en arrière sur l’ensemble des travaux du docteur Guépin que nous venons de parcourir trop rapidement, nous sommes frappé d’abord de leur étendue et de leur variété. Ce puissant esprit s’assimilait avec facilité les sujets les plus divers.
Il se fait historien et trouve, sans efforts, le charme du conteur avec l'impartialité du juge.
Il devient philosophe et nous séduit par ses larges conceptions, ses idées élevées et ses généreuses aspirations.
Pour les besoins de sa cause, le philosophe se transforme tour à tour en naturaliste,- en géologue, en astronome, en physiologiste, etc., et dans toutes ces régions qu’il explore, il laisse des traces durables de son passage.
Mais nous l’avons apprécié surtout dans sa science de prédilection, . dans cette spécialité délicate à laquelle il consacra la plus grande partie de sa vie. L’oculiste de Nantes mérita, à tous égards, son immense réputation.
S’il n’eut pas la bonne fortune de rencontrer une grande découverte, de mettre au jour une nouveauté chirurgicale retentissante, son œuvre n’en fut pas moins féconde, ni moins remarquable.
Au milieu d’une science encore jeune, hésitante dans sa marche, cherchant elle-même sa voie, choisir la meilleure direction avec un tact et une expérience tels que la plupart des méthodes qu’il adopta sont restées dans la chirurgie actuelle ;
Déblayer le terrain trop encombré de matériaux inutiles par des travaux de saine critique;
Apporter, sur plusieurs points, des préceptes nouveaux qui constituent un progrès sérieux et sont encore acceptés de nos jours par les ophtalmologistes ;
Enfin, dans sa nombreuse clinique, rendre à des milliers de malades l’organe précieux de la vue par son talent de clinicien et son habileté opératoire ;
Tel fut le rôle du docteur Guépin.
Nous n’avons plus à insister sur ces titres scientifiques. I/estime et la sympathie du monde savant, la reconnaissance et la vénération des malades les ont, depuis longtemps, consacrés.
Mais nous tenons à rappeler en terminant que le docteur Guépin ne fut pas seulement une intelligence d’élite.
Sévère pour lui-même autant que bienveillant pour les autres ; bon jusqu’au dévouement pour les malheureux auxquels il appliquait sa devise : aux plus déshérités le plus d’amour; d’une honorabilité absolue dans la vie privée ; d’une loyauté et d’un désintéressement à l’abri de tout soupçon dans le cours d’une longue vie publique ; d’une fermeté inébranlable dans sa foi politique qu’il défendit au péril de sa liberté et de sa vie, cet homme fut vraiment grand, grand par l’intelligence mais, plus encore peut-être, par le caractère.