‹ Le docteur Guépin, oculiste, philosophe, historienChapitre 11 sur 16 · Etudes d'oculistique, Germer-Baillière · texte numérisé non relu

Etudes d'oculistique, Germer-Baillière

trempées dans une solution astringente, etc. Le docteur Guépin redoute les mélanges réfrigérants lorsqu’il ne les surveille pas lui-même.

4° Agir indirectement dans le même but. Ventouses sèches ou scarifiées auxquelles l’auteur attache avec raison une grande importance, révulsifs intestinaux, révulsifs aux membres inférieurs, vésicatoires ammoniacaux. La saignée générale ne doit être que d’une application très restreinte pour l’organe oculaire.

5° Rendre les nerfs moins bons conducteurs de la douleur. Pommades antispasmodiques et narcotiques jointes ou non à l’onguent mercuriel double, agents mydriatiques.

6° Rendre le cerveau moins sensible aux impressions douloureuses. Potions calmantes.

7° Modifier avantageusement quand c’est possible, l’état des parties malades par un traitement local. Cautérisations de préférence avec le nitrate d’argent en crayon ou en pommade, peu de collyres, parfois le sulfate de cuivre, l’alun, le sulfate de zinc, l’oxyde rouge.

8° Recourir, quand la constitution l’exige, à un traitement général, antisyphilitique, tonique, etc.

Comme on le voit, la méthode abortive du docteur Guépin est un tableau synthétique et raisonné des indications à remplir dans les diverses ophthalmies et des principaux remèdes à employer. Cet exposé très bien fait serait toujours utile à consulter.

Des agents thérapeutiques dans les maladies des yeux , de la réforme thérapeutique en ophthalmologie (Ann. d’oculistique, t. XXXV).

Dans ce travail très important, l’auteur expose les principes généraux qui le guident dans Je traitement des maladies des yeux.

La thérapeutique des maladies des yeux ne consiste nullement, comme on affecte de le croire dans le monde, en une série de remèdes empiriquement appliqués aux diverses affections de l’œil : elle est soumise, au contraire, à toutes les règles

de la thérapeutique générale. L'œil est un organe dans lequel les diathèses syphilitique, scrofuleuse, dartreuse, anémique et rhumatismale semblent complaire à se manifester.

On trouve dans l’œil et dans ses annexes un derme, une muqueuse, une séreuse, des muscles, des nerfs, des vaisseaux, des glandes qui représentent des maladies communes aux mêmes tissus des autres organes.

La conclusion est simple, il faut étudier la thérapeutique oculaire comme branche de la thérapeutique générale et nullement d’une manière empirique.

Le docteur Guépin passe en revue successivement les émissions sanguines et les agents généraux : l’electricité, la lumière, la chaleur, l’air et l’eau, puis les substances médicamenteuses en suivant à peu près l’ordre de la chimie de Régnault.

Nous exposerons principalement ses idées sur le traitement des ophthalmies si nombreuses dues à la scrofule, à la syphilis et à tous les vices du sang qui produisent l’anémie.

« Le traitement usuel en France, c’est d’appliquer des sangsues aux tempes ou derrière les oreilles une première fois et souvent deux ou'trois fois ; d’employer l’onguent mercuriel en frictions, le calomel à l’intérieur, seul ou concurremment avec le soufre doré ou le kermès. On a recours enfin à des vésicatoires ou , mieux, à un séton , quand on a épuisé toute la thérapeutique en usage. Beaucoup autrefois employaient le séton dès le début, quelques-uns n’ont pas complètement abandonné cette pratique1. »

A cela, on ajoutait souvent la saignée générale répétée au «

besoin, la diète, le séjour dans un lieu clos, en somme tout ce que comprend le traitement dit antiphlogistique.

1. Ann. d’oculistique, t. XXXV, p. 164. Le docteur Guépin revient à chaque instant sur Je séton pour le proscrire dans les termes les plus vifs. Son aversion était pleinement justifiée d'ailleurs; mais nous le soupçonnons en outre de lui avoir gardé une petite rancune personnelle parce qu’il avait failli lui-même en être la victime. Il raconte le fait dans son mémoire : « A la suite de travaux excessifs qui m’avaient mis dans l’impossibilité de lire, MM. Roux, Breschet et Demours que je consultai furent unanimes pour me conseiller un séton à la nuque. Pins rationnel et plus logique, Orfila me fit partir pour mon pays natal, me recommandant le repos, la diète oculaire et les distractions, traitement qui me guérit radicalement. »

« Ainsi donc, en 4828, il était de précepte de recourir à des moyens dangereux qui produisent l’anémie et la chlorose lorsqu’on avait à combattre... quoi ?... des maladies qui, quatre fois sur cinq, se lient à un état général vicieux et appauvri, demi-chlorotique, demi-anémique h »

Le docteur Guépin rompt, sans hésiter, avec ces errements et prescrit :

A titre de dépuratifs, de petites doses d’iodure de potassium en un sirop tonique;

Des cautérisations locales et surtout (nous copions textuellement) :

« Promenade , exercice , air , soleil même (les yeux étant couverts (T un bandeau s’il est nécessaire).

« Nourriture animalisée . »

Cette méthode nous semble aujourd’hui toute simple et sans grand mérite. Nous n’affirmerions pas toutefois que quelques praticiens n’eussent encore à la méditer. Mais à l'époque où l’école de Broussais faisait loi, où Andral luimême ne la combattait que timidement par son éclectisme médical, où l’immense majorité des médecins ou spécialistes de France, d’Italie, d’Espagne, d’Amérique, acceptaient sans conteste la parole du maître, il fallait un rare courage et un jugement sûr de lui-même pour proclamer une réforme thérapeutique aussi radicale. Le docteur Guépin puisait cette sage audace dans une observation judicieuse et dans une indépendance de caractère accessible h la seule démonstration des faits. Il n’eut pas trop d’ailleurs de toute son énergie et de toute son autorité pour imposer ses convictions, mais peu à peu son influence s’affermit et, dans notre région de l’Ouest, nous lui sommes en grande partie redevables de nous être affranchis d’une doctrine si dangereuse par son absolutisme, et d’en être revenu à la thérapeutique du bon sens. Ce fut un grand service rendu à la science et aux malades.

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