‹ Le docteur Guépin, oculiste, philosophe, historienChapitre 7 sur 16 · Voir, pour complément, à l’Index bibliographique · texte numérisé non relu

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tique et riante et la froide précision scientifique. Au milieu de la description aride d’un procédé opératoire, d’une méthode de traitement, etc., nous sommes tout à coup surpris par une digression charmante, une envolée poétique, une boutade humoristique avec une pointe de gaieté ou une note attendrie suivant la disposition du moment.

Une telle activité intellectuelle et physique devait user la constitution la plus puissante. Après une courte maladie, le docteur Guépin mourut d’une hémorrhagie cérébrale, le 21 mai 1873, à l’âge de 68 ans.

Sa mort eut un immense retentissement, non seulement à Nantes mais dans toute la région de l’Ouest et parmi ses nombreux amis de France et de l’étranger.

De la ville et des départements voisins, des milliers de personnes accoururent pour le contempler une dernière fois. Ce qui se passa alors à Nantes, a laissé un profond souvenir à toutes les personnes qui en furent témoins.

Toutes les classes de la société, sans distinction de fortune ou d’opinion, se pressaient autour du lit funèbre. Tous éprouvaient ce saisissement, cet étonnement douloureux qui s’empare de la foule au moment où disparaissent certains hommes, bien rares à la vérité, qui, par leur nom sans cesse répété, par la sympathie qui les entoure, par la grande part qu’ils prennent à la vie commune sont intimement liés à chacun de leurs concitoyens. Il semble, en les perdant, que nous perdons quelque chose de notre être, qu’une partie de nousmêmes meure avec eux.

Ici, cette émotion était poignante. On serrait la main du cadavre, on lui parlait, on l’embrassait, beaucoup pleuraient. C’était une touchante scène familiale où toute une population exprimait les sentiments de reconnaissance, d’affection, de regret, avec l’éloquence spontanée du cœur.

Une foule considérable accompagna le docteur Guépin à sa dernière demeure. Des fenêtres on jetait des fleurs sur le cercueil. Les magasins étaient fermés, en signe de deuil public.

Des discours furent prononcés sur la tombe par MM. Waldeck-Rousseau père, maire de Nantes; Laisant, conseiller général; Legendre, au nom des ouvriers.

Nous citerons un passage du discours de M. Waldeck-Rousscau : « Cette foule immense qui fait escorte au cercueil dit plus haut qu’aucune parole humaine ne le pourrait faire quelle place honorée tenait dans cette cité, de quels affectueux respects était entouré l’homme de bien dont la mémoire est l’objet d'un hommage public. Ce deuil est la dernière et touchante manifestation de la popularité sans égale qui entourait le nom et la personne du docteur Guépin. »

Non, et M. Waldeck-Rousseau se trompait en cela : ce deuil n’était pas la dernière manifestation de la popularité du docteur Guépin.

Sa tombe ne fut pas oubliée. Chaque famille, à certains jours, va visiter ses morts et leur porter le témoignage d’une affection qui ne s’éteint pas. Sa grande famille, à lui, composée non seulement de ses proches,, mais de tous ceux qu’il avait obligés, consolés, guéris, n’a pas manqué à ses devoirs et, cette année même, douze ans après la mort du vénéré docteur, Mme veuve Guépin trouvait encore sur la tombe de celui qu’elle allait pleurer des couronnes et des fleurs récemment déposées par des mains inconnues.

Non, cette grande personnalité, qui fut si longtemps l’âme de la cité nantaise, n’est pas morte tout entière. Le peuple de Nantes regrette toujours cette physionomie rayonnante de bonté et d’énergie qu’il connaissait si bien et, lorsqu’il verra la statue du docteur Guépin s’élever au milieu de lui, il saluera avec joie le retour d’un ami.

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