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LE DOCTEUR GUÉPIN HISTORIEN

Le docteur Guépin était profondément attaché à sa ville d’adoption. Il faisait siens, pour ainsi dire, les intérêts de cette grande cité. Poussé par cette sorte d’amour filial, malgré ses occupations variées et ses travaux spéciaux, il entreprit de retracer l’histoire de Nantes dans deux ouvrages successifs : Essais historiques sur les progrès de la ville de Nantes. 1832, et Histoire de Nantes , 18391.

Ces deux ouvrages n’en font, en réalité, qu’un seul. U histoire de Nantes complète les premiers essais historiques. De nombreuses gravures de Hawcke enrichissent ce volume et reproduisent les principaux monuments historiques de la ville et des environs.

L’auteur prend la ville de Nantes à son origine la plus lointaine. Il la décrit sous la domination romaine et, plus tard, au moment de l’invasion de Conan Meriadec. Après l’invasion des Bretons, le comté de Nantes est l’un des premiers dans lesquels s’organise le système féodal2.

Nous assistons successivement aux étapes principales de l’histoire de la ville et du comté nantais qui jouèrent un rôle important dans les événements de la Bretagne et même de la France.

Aux ixe et xe siècles Nantes subit, comme toute la région

1. Le docteur Guépin a publié plusieurs autres volumes d’histoire moins importants : entre autres la Statistique des canaux de Bretagne et Nantes au xixe siècle.

2. On y retrouve, comme partout, la division des habitants en plusieurs classes ; Les fermiers ou colons s’ppelaient ici, coliberts. A propos des coliberts, l’auteur signale une singulière coutume qui n’était guère connue que

de l’Ouest, les ravages des hordes normandes qui s’en emparèrent à plusieurs reprises. Alain Barbe-Torte les en chassa définitivement en 939.

En 1161, la Bretagne et le comté de Nantes tombèrent aux mains de Henri II, roi d’Angleterre.

Au xne siècle, l’auteur s’arrête devant la grande figure d’Abeilard qui appartient à l’histoire de Nantes par son séjour à Clisson, sur les bords pittoresques de la Sèvre-Nantaise. Il donne une analyse intéressante des travaux et controverses philosophiques d’Abeilard. >

Après les démêlés de Pierre de Dreux et des évêques de Nantes, Rennes, Saint-Malo, etc., au xme siècle, nous arrivons aux querelles fameuses de Charles de Blois et de Jean de Montfort avec tous ses épisodes guerriers dignes des temps héroïques; ]a défense intrépide d’Hennebont par Jeanne de Flandre, le combat chevaleresque des Trente dans la lande de Mi-Yoie, les exploits de Duguesclin et d’Olivier de Clisson. Nantes prit une part active à tous ces événements. Vers la fin de cette guerre, l’alliance du duc de Bretagne avec le roi d’Angleterre provoqua la révolte des seigneurs bretons à la tête desquels Duguesclin prit d’assaut la ville de Nantes.

Anne de Bretagne, par son mariage avec Charles VIII, réunit à la France la Bretagne tout entière et par conséquent, le comté Nantais.

Au xvi° siècle, le protestantisme fait son entrée dans la ville avec La Renaudie. Ici, comme dans le reste de la France, toute cette période est remplie par les tristes guerres des ligueurs et des huguenots.

Le 13 avril 1598, Henri IV visite Nantes et déclare cette ville capitale de la Bretagne. Dans ce même voyage, le 30 avril, il signe le célèbre édit de Nantes.

chez les Bretoüs d’Angleterre ou d’Armorique. Le droit du dernier né était substitué au droit d'aînesse. De là le dicton qui persiste encore de nos jours dans le Morbihan, où l’on désigne sous le nom de minouresse toute jeune bile riche.

. A partir de cette époque jusqu’à la Révolution, le rôle de Nantes dans Fhistoire de France devient plus effacé. Cette période ne manque cependant pas d’intérêt, comme nous le verrons bientôt.

Le docteur Guépin raconte, avec l’impartialité et la hauteur de vues qui le caractérisent dans tous ses ouvrages, les épisodes de la Révolution et les guerres vendéennes dont Nantes fut le théâtre. Plein d’enthousiasme devant l’ardeur et l’énergie des jeunes gens de Nantes et de Rennes qui, les premiers, déploient le drapeau des idées nouvelles, il flétrit avec indignation les atrocités commises par Carrier et ses complices. Son admiration pour la vaillance de toute la population nantaise, soldats, femmes et vieillards, repoussant l’assaut de Charette ne l’empêche pas de trouver de nobles paroles pour rendre justice au courage des Vendéens.

Toute cette histoire des temps troublés écrite par un homme aussi bien placé pour recueillir non seulement les documents officiels ou autres, mais encore les traditions et les récits de nombreux témoins, présente un haut intérêt.

Le docteur Guépin arrive à la révolution de 1830. Après une échauffourée au théâtre, un soulèvement éclate à Nantes les 29 et 30 juillet. Ici se place une épisode digne d’être rappelé. Unefoule en armes très surexcitée se porte chez le maire, M. Levesque, entouré des notables du commerce. La situation devenait critique ; une lutte sanglante allait s’engager, si l’un des agitateurs ne s’était interposé résolument. L’historien ne désigne cet homme que par quelqu'un ou l’un d’eux . Il s’appelait Guépin. Jeune, de convictions ardentes, il venait d’acclamer la cause de la liberté, et, dans la lutte, il est partout au premier rang, prodiguant sa personne, s’exposant avec intrépidité aux dangers du moment et aux représailles de l’avenir. Mais lorsque le sang des autres va couler, ce Spartiate qui risquait sa vie sans même y prendre garde, s’émeut tout à coup. Dans une improvisation à la fois énergique et sage, il impose le calme à la foule et sauve ses con-

citoyens. C’est là un beau trait qui peint mieux que toute description le caractère du docteur Guépin.

Le développement de la cité nantaise, son histoire municipale sont largement traités dans les ouvrages que nous analysons.

Les statistiques de l’état du commerce, sont dressées de siècle en siècle avec commentaires.

Nous trouvons un exposé complet des œuvres d’art, monuments, sculptures, peintures, vitraux, etc. , aux différentes époques.

Les hommes remarquables de Nantes, écrivains, jurisconsultes, poètes, sont signalés avec une notice sur leurs œuvres.

Un grand nombre de détails intéressants sur les mœurs, les coutumes, les événements locaux, les mesures d’ordre public, etc., mériteraient d’être relevés l.

Au moyen âge, Nantes fut ravagée pour un grand nombre d’épidémies de peste 2.

La famine désola la ville pendant les années 1525, 1527, 1529. Dans cette dernière année surtout, la misère fut extrême et l’historien en trace un tableau effrayant.

En 1459, François II, duc de Bretagne, créa l’université de Nantes. « Sur le conseil du pape, il consacra cinq mille saluts

1. En 1695, les premières lanternes furent placées dans les rues de Nantes, au nombre de 150, éclairées avec des chandelles, et allumées seulement pendant trois mois d’hiver.

En 1771, les premiers fiacres apparaissent.

En 1786, le service de voitures publiques est organisé entre Nantes et Angers au moyen de deux berlines à six places.

En 1656, des comédiens obtinrent la permission de jouer à Nantes « à charge de se comporter honnêtement et modestement , sans faire actions ne dire paroles sales et dissolues ».

En 1786 ^ « des clubs ou cercles furent institués dans notre ville. C’étaient alors des réunions bien innocentes, contre lesquelles cependant lès femmes se liguèrent et publièrent des écrits qui ne nous sont pas parvenus. »

En 1787, les jeunes gens de Nantes firent une rosière, fille d’un jardinier, etc.

2. En 1501 (4,000 décès sur 40,000 habitants) 1522, 1523, 1532, 1583, 1586. 1596, 1597, 1602, 1603, 1612, 1624, 1625, 1631, 1632, 1633, 1637, 1662.

Au moment où les questions d’hygiène sont d’actualité à propos de l’épidemie de choléra, nous croyons intéressant de citer les mesures prises à cette époque contre l’épidémie de peste :

« L’année suivante (1583) la ville étant désolée par la pestera communauté des bourgeois prescrivit à tous les gens sans aveu de sortir de Nantes dans les vingt-quatre heures, sous peine du fouet. Elle chassa aussi les pauvres de

d’or, sur six mille dont il était dépositaire, à l’établissement, à Nantes, d'une université qui se composa dans le principe, d’un docteur en théologie, de quarante et un canonistes, de vingt-sept légistes, quatre médecins ou chirugiens et quatre maîtres ès-arts h »

Les faits intéressants abondent dans Y Histoire de Nantes. Nous regrettons d’être obligé de nous borner à ce court aperçu.

Le style du docteur Guépin présente dans ses travaux historiques les mêmes qualités et les mêmes défauts que dans ses ouvrages de philosophie et d’oculistique. Absorbé par une

la campagne dont la misère et la malpropreté contribuaient à entretenir la contagion. Le règlement du bureau de police prescrivait aux habitants de tenir les rues propres vis-à-vis leurs maisons, punissant d’une amende d’un écu, payable immédiatement au profit du sanitat, tous ceux qui laisseraient, devant leur domicile, des eaux croupies ou des immondices. Les propriétaires furent avertis de faire réparer leurs latrines, s’ils en avaient, d’en faire construire, s’ils n’en avaient pas; de faire nettoyer et dessécher les caves et autres lieux malpropres; de purifier leurs maisons avec de l’encens, (ce qui neutralisait l’odeur des germes putrides sans les détruire) ; d’allumer trois fois la semaine, dan3 les carrefours, des feux publics pour lesquels chacun fournirait son fagot de bois sec. Les gouverneurs des pauvres eurent mission de faire désinfecter les maisons des pestiférés par des hommes accoutrés de bougran croisé de deux croix blanches, l'une devant, l'autre derrière, et portant chacun une verge blanche. Cette opération devait avoir lieu la nuit et il était défendu à ceux qui en étaient chargés de conserver avec les autres; un médecin et un chirurgien furent nommés pour visiter et secourir les malades. Les pauvres, attaqués de la maladie épidémique, furent déposés au sanitat et l’on décida que tous les malades qui voudraient se faire traiter à domicile seraient renfermés sous clef. Dès que la maladie se déclarait quelque part, on devait en prévenir le dizainier du quartier qui faisait son rapport au commissaire; il était défendu aux convalescents de se présenter en public, sous peine de cent écus d'amende ou du fouet. Les médecins et chirurgiens, les domestiques du sanitat devaient porter gaules blanckes et petites sonnettes au bout d’icelles ; et, de loin, semondrer toutes personnes de se retirer sous peine de pugnition corporelle.

1. En 1551, toute l’université reçut François Ier, roi de France, dans un costume d’apparat qui fut inauguré à cette occasion.

En 1567, l’évêque Philippe du Bec décide que l’université marchera dans les cérémonies après le clergé; c'est-à-dire qu’elle aura le pas sur la justice et la noblesse. A cette époque, jusqu’en 1881, l’université avait l’inspection des livres de théologie. Les évêques n’apposaient leur approbation que sur les almanachs.

En 1581, l’université consentit pour la première fois à ce qu’un homme marié occupât les fonctions de recteur.

En 1724, les étudiants s’étaient emparés des cours Saint-Pierre et Saint- Andrée : tantôt ils y frappaient les promeneurs avec leurs portefeuilles ; tantôt ils s’y battaient avec les laquais et les gens de livrée de la noblesse. Le juge prévôt leur défendit de marcher plus de deux ou trois ensemble. Cependant, dans la même année, Michel Le Cochais, comédien du roi, étant venu à Nantes, le juge prévôt lui imposa de donner aux écoliers du droit, plus sages que les

clientèle considérable et des occupations de toute sorte, l’auteur doit écrire vite sous le premier jet de sa pensée. Le style y perd en correction, — l’auteur en prévient le premier ses lecteurs avec sa franchise, nous dirions même avec sa naïveté ordinaire, — mais il y gagne en mouvement et en chaleur et la lecture en est toujours attachante.

Les appréciations budgétaires et commerciales sont claires et précises.

Les descriptions des œuvres d’art révèlent chez l’auteur un sentiment artistique profond.

Les récits des grands faits historiques et les drames de l’histoire sont entraînants.

Tout l’ouvrage est conçu avec cet esprit large, cette haute impartialité que nous avons déjà constatée. Nous ne pouvons mieux terminer d’ailleurs cette notice qu’en reproduisant le passage suivant de l’auteur : « Je prise fort peu l’opinion des gens qui me reprocheraient d’avoir rendu justice au moyen âge et aux partisans de l’aristocratie, ou d’avoir accordé de grands éloges à la conduite de quelques Jacobins de notre ville. Je puis dire avec Montaigne : Lecteurs : voici un livre de bonne foi ; et cela me suffit. »

autres paraît-il, douze billets du parterre chaque jour de représentation .

Le 1er octobre 1735, une déclaration du roi fit transférer à Rennes l’Ecole de droit.

En 1762, la ville fit construire sur les plans de Ceineray, l’Ecole de chirurgie, rue Saint-Léonard, où se trouve aujourd’hui le Muséum.

L’université n’avait point encore de local pour l’École de droit. En 1666, elle obtint de la ville un local temporaire chez les Carmes.

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