‹ Le Docteur Gustave Bouchereau ... 1835-1900Chapitre 11 sur 11 · HOMMAGE AU DOCTEUR BOUCHEREAU · texte numérisé non relu

HOMMAGE AU DOCTEUR BOUCHEREAU

H y eut, Messieurs, dans cet éloignement volontaire des affaires publiques, plus de grandeur que ne le pourraient croire ceux qui n’ont pas été ses confidents.

Pour moi, c est de sa bouche, dans l’une de ces causeries familières et discrètes aussi, auxquelles il se laissait aller seulement avec quelques intimes que j’ai appris ce qu’il avait eu à montrer d’énergie, ce qu’il avait eu à lutter pour résister à des entraînements au bout desquels il prévovait les excès, les violences, la défaite du droit. Il était trop honnête, trop épris de l’idée de justice pour ne pas s’arrêter sur une pente qui lui paraissait fatale. Il parlait de ces choses d’un passé déjà lointain sans amertume, sans haine, il n’avait, dans son cœur, si généreux et si bon, qu’une indulgente pitié pour ceux dont il avait vu depuis les défaillances, et dont il avait connu l’ingratitude.

Sa bonté naturelle n’en fut pas amoindrie : c’était comme un besoin pour lui d’aider, de protéger, de soutenir les faibles, les déshérités de la fortune, et il apportait dans ses œuvres de .bienfaisance la discrétion qui en double le prix. Jusqu à sa dernière heure, il se montra préoccupé de l’Association des médecins aliénistes dont il était le secrétaire général. Le sort des veuves, des enfants de médecins d’asiles d aliénés, lui inspirait une sollicitude toujours eu éveil. Ceux de nous qui ont été ses collaborateurs savent tout le zèle, tout le dévouement qu’il apportait dans ses fonctions.

Voilà comment toutes les sympathies allaient vers cet homme, voilà pourquoi sa disparition va laisser parmi nous un vide immense. Payons-lui, Messieurs, de tout notre cœur, le juste tribut de nos profonds, de nos sincères regrets, gardons pieusement sa mémoire. Au suprême adieu que nous adressons au collègue, à l’ami, nous joignons nos respectueuses condoléances pour sa famille cruellement éprouvée.

DISCOURS FAIT A MOMRICHARD

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M. V. DAYMARD

ImïÉMELR en chef UE LA COMPAGNIE GÉNÉRALE TrANSATLANT KJLE. LN AMI d’eNKANCE DE M. BOLCIIEREAü

Messieurs,

Avant que ne se ferme cette tombe, je viens au nom de ses amis d’enfance, au nom de ses compatriotes, adresser un suprême adieu à Gustave Bouchereau.

Des voix éloquentes et autorisées ont hier, devant une foule émue, retracé la belle, utile et féconde carrière du médecin. Je ne veux rappeler ici et seulement en quelques mots ce que fut l’homme privé.

Ce n’est pas exagérer que de dire qu’il fut le type de l'homme de bien ; Fils, frère, époux, il fut tendre et dévoué pour les siens ; il leur prodigua des trésors d’affection et les entoura des soins les plus touchants.

A tous ses mérites, Bouchereau joignait une modestie sincère et une bonté qui restera légendaire.

La bonté du cœur !... Ce fut parmi tant de qualités, le trait dominant de son caractère.

La noble profession qu’il avait embrassée par une vocation bien déterminée et dans laquelle l’avaient précédé plusieurs générations d’ancêtres, lui fournissait déjà, — alors surtout qu’elle s’appliquait à des malades atteints dans leurs facultés mentales, — des occasions sans cesse renaissantes de dévouement et de générosités ; mais en dehors de ceux qu’il soignait, combien d’infortunés et particulièrement de compatriotes, d’amis, de parents déshérités du sort ou tombés dans le malheur, n’a t-il pas secourus, encouragés, relevés moralement et matériellement de ses conseils et de sa bourse !!

Cachant ses bonnes œuvres, il ne voulait en être ni remer*

OBSEQUES

cié ni loué ; — accessible à tous, il était volontiers l’ami des plus humbles et ne mesurait pas tes hommes à leur fortune ou à leur position, mais à leurs qualités et à leur honorabilité.

L’honneur, le devoir, la justice, voilà les règles qui dirigeaient sa vie, et pourtant chez lui nulle affection de rigorisme, car austère et rigide pour lui-mème, il savait pour les autres, allier une indulgence compatissante à la franchise parfois un peu rude de ses conseils.

Il aimait profonde'ment son pays natal ; c’était pour lui un grand bonheur d’y revenir, d’aller passer quelques jours et même quelques heures dans sa propriété d’Angé où tous ses serviteurs et ses vignerons étaient ses amis.

Les enfants de Montrichard étaient sûrs de trouver auprès de lui un accueil cordial et bienveillant, et il étendait volontiers à tout notre département cet esprit d’affection et de solidarité. Il fut l’un des fondateurs et il était resté vice-président honoraire de la Société amicale du Loir-et-Cher.

Tous les sentiments élevés se tiennent, et au culte de la famille et de son pays natal, Bouchereau ne pouvait manquer de joindre l’amour de la grande Patrie, de la France.

Il fut un patriote ardent et dévoué autant que modeste et peu bruyant.

Pendant la guerre de 1870, il organisa avec le docteur Magnan les ambulances de Sainte-Anne et il fut blessé sur le champ de bataille de Châtillon ; une halle allemande lui traversa la jambe. En témoignage de son dévouement, le gouvernement de la Défense nationale le nomma chevalier de la Légion d’honneur.

Je n’ai pas besoin de dire à ceux qui le connaissent que jamais il ne parlait de ce fait si glorieux pour lui et qu’il cherchait plutôt à détourner la conversation si on voulait y faire allusion.

Peu prodigue de ses paroles, il s’animait pourtant lorsqu’il était question de l’avenir et de la grandeur de la France.

Il n’a jamais désespéré qu’un jour viendrait, et d’autant plus vite que nous saurions rester plus unis, qui apporterait à la Patrie les suprêmes réparations aux désastres de l’année terrible.

Tel est l’homme, tel est l’ami, tel est le bon citoyen que nous perdons.

DU DOCTEUR ROUCll EREAU.

Plein de vigueur, il y a quelques mois encore, il a été subitement terrassé par la maladie. Ni les soins assidus, ni l’intelligence et la science de ses collègues et amis (en têle desquels il faut citer M. le docteur Magnan qui pendant 40 ans fut comme le frère d’armes de Bouchereau dans la médecine aliéniste et dans l’organisation de Sainte-Anne), ni le tendre dévouement d’une épouse oubliant elle-même l’état précaire de sa santé pour veiller jour et nuit au chevet du malade, rien n’a pu triompher de l’attaque dont il avait été frappé il y a moins de deux mois !

Puissent nos regrets et nos sympathies respectueuses apporter quelque adoucissement à la peine de sa veuve si éprouvée, à l’affliction de sa sœur retenue au loin par la maladie, à la douleur de toute sa famille.

Adieu, cher Bouchereau, adieu, fidèle ami, ton souvenir vivra toujours dans nos cœurs !

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