‹ Le docteur illuminé. RomanChapitre 51 sur 51 · Liber aphorismorum · texte numérisé non relu

Liber aphorismorum

C’est un mystère de savoir comment cette énu-

mération se concilie avec la phrase suivante :

Le

« Elementativa habet veras conditiones, ut una.

species non transinutet se in aliam speciem. Et in

isto passu cognocitur, quod alchimistæ habent occa-

sionem flendi. » (Ars magna. Pars 9. Sect. 8. De

Elementat, cap. 1). Et c’en est un autre que d’accor-

der cette déclaration de Lull avec un texte bien troublant, emprunté à l’ouvrage : « Révélations des mistères des teintures essentielles des sept métaux, et de leurs vertus médicinales, composé en allemand

D it nu

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par frère Basile Valentin, religieux de l’ordre de Saint-Benoit. Citons : « Vraie et naturelle calcination des métaux, et propre à la dissolution philosophique. Eaux avec lesquelles les Philosophes font leur dissolution... Second menstrual : Prenez la partie de l’eau que vous avez rectifiée sur le cinabre par cinq fois et, dans une livre de cette eau, il faut mettre trois onces de sublimé... Le sublimé étant fait, vous en prendrez comme il est marqué cydessus, trois onces que vous mettrez dans une livre de la dite Eau distillée sur le cinabre par trois fois, puis vous mettrez votre vaisseau au B. M. (bainmarie) pendant 4 jours et tout le sublimé se convertira en eau, alors vous distillerez par la cornue au feu de cendre, et vous aurez un menstrual parfait, bien que « Remond Lulle » louë fort le premier. Mais quand à moy j'ay trouvé une bien plus parfaite dissolution en celuy-cy (1). » Il est dit plus loin, au chapitre : Séparation du Pur et de l’Impur : « Faites un feu doux du commencement en augmentant peu à peu et sur la fin fort, et votre (produit) pasSera par le bec de la cornue avec le menstrual, ce qu'aucune eau du monde ne peut faire... ce que « Remond Lulle » certifie en la pratique de son Testament, quand il dit que, par le Dieu vivant, jamais les corps ne passeront par le bec de la cornue, sinon avec notre.…, etc. ». Ailleurs, Valentin analyse une certaine matière noire qui se forme au cours de la préparation de l’Elixir des Sages et il

(1) Nous possédons, dans notre bibliothèque alchimiste, une copie manuscrite française — et d'époque ancienne, — de cette « Révélation des teintures », traduction du Docteur Jean Israël, et d’une rareté extrême. Nous l'avons déjà mentionnée par ailleurs, dans cet ouvrage, à propos de la maladie du pape Clément V.

observe en passant : « C’est ce noir plus noir que le noir même du Bienheureux « Remond Lulle », et cette « tête de corbeau » dont parlent les Philosophes. » (Voir, plus loin, note relative à ce notr.)

Et puis, il existe un autre document bien connu : « Le Testament de Ramôén Lulil (1), très savant philosophe, contenant en trois livres toust l’art chymique. Le [*, la théorie du Testament, le I[°, la pratique, ét le IT[°, le Codicile, au moyen duquel on procède en cet art (2). » Des lullistes assurent que cette œuvre est faussement attribuée au Docteur Illuminé. Pourtant, dans son fameux traité de « l'Œuvre secret de la Philosophie d’Hermès », le savant d’Espagnet renvoie au « Testament » et surtout au Codicille de R. Lull « le maître par excellence où tout est enseigné de la manière la plus ingénue. » Lull aurait donc été un grand « Adepte » et n’aurions-nous plus qu’à attendre le moment où les bibliophiles de Palma, à qui nous devons les précieuses éditions des « obres originals del Illuminat Doctor Mestre », se déiermineront à publier les œuvres d’alchimie, après la Doctrina pueril, Contemplacié, Blanquerna, et Arbre de Sciencia. Ce faisant, ils n’entacheraient pas d’on ne sait quel satanisme la mémoire de Ramén qui, en prologue à son « Testament », écrivait tout d’abord : « Dieu tout puissant qui existez glorieusement, c'est pour l’amour de vous et en votre honneur que nous commençons le présent Art afin qu’il devienne manifeste aux enfants de vérité, et que ce traité soit pour eux le complément de cette tant excellente

(1) Collection D* Lucten-Graux, un vol. in-40, cople mauuscrite, de la fin du xvix siècle.

(2) Numéros 3, 6 et 7 de la Liste Pascual (?) ARE A es

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et noble partie de la Philosophie, qui leur sera déclarée et enseignée par nous (non tout à fait clairement, mais quelquefois un peu obscurément), dans notre traité abrégé de la Transmutation, non seulement parfaite, mais même plus que parfaite, à laquelle Transmutation les Sophistes ne peuvent

jamais parvenir et diffament sans raison cette Illus-

tre Science. C’est donc au nom de la Majesté et de la Puissance et de la Sagesse céleste que nous voulons, fils de Doctrine, vous manifester et vous éclairer le don qui nous a été fait, et nous vous en donnerons l'intelligence par un progrès nécessaire sans lequel on ne peut obtenir la pleine et entière connaissance de cette chose qui est une, et compositive de ces Etres qui sont la matière de la nature, Jesquels ont été trouvés par les dissolutions, et ne

peuvent être vus par les voies ordinaires. Et à cause

que la Doctrine dissolutive désire ardemment par-

venir à la fin de la consommation, vous, mon Dieu, qui êtes l’éternelle et la suprême Puissance, daignez

illuminer les chrétiens qui croient en vous afin qu’ils voient et connaissent la vérité de cet art exercé autrefois par les Anciens. » |

Le « Testament » est-il, à proprement dire, alchimique ? Tout le début de la théorie se maintient à un plan de hautes généralités qui laisse bien au-dessous de lui leS manipulations usuelles du Magistère. Puis, tout en paraissant redescendre vers le Laboratoire, le langage s’enveloppe de réticences

qui, parfois, donnent fort à penser. On lit, par

exemple : — « 28. I] faut savoir que cette terre que. nous habitons n’est pas un véritable élément, mais SRE est élémentée par le cinquième élément. »

ela, c’est de l’alchimie au premier chef, et de la plus subtile. Nous sommes tentés, mais nous nous

RD D Te OR tn ÇA

en retenons, — car nous ménageons. notre découverte pour un travail que nous ne voulons pas déflorer, — de penser que Ramén Lull, comme:

d’autres chercheurs d’autretois (Paracelse, Thomas Vaughan), a surpris, peut-être capté, manié, disciphné, certaine matière dont se préoccupent tels métapsychistes d’aujourd’hui, et qu'ils réussissent aisément à photographier. À maintes reprises, dans. le Testament, nous verrons l’auteur laisser échapper une part d’une vérité qu’il entend pourtant tenir étroitement secrète, mais à le lire entre les lignes, en sachant cg que nous savons, on a la forte impres.. sion qu’on devine l’énigme des énigmes et qu’on pénètre le sens occulte de l’abracadabra, pour y découvrir ni plus ni moins que l’ECTOPLASME.

N'insistons point sur cette parenthèse, et constatons seulement que, plus on avance dans la « partie pratique » de l’ouvrage, plus on y voit se préciser, sous les mots, l’enseignement du chercheur de P.P. (1). Et le but né tarde plus à être défini lorsque l’on en arrive au chapitre « De quelle chose la matière convenante et plus prochaine doit être extraite pour faire le Magistère ; et de la conversion d’un élément en un autre ». Dès lors, Lull s'exprime « très ouvertement » en alchimiste.

IT circule, en outre, divers manuscrits (2) où un auteur inconnu, sous le titre : Le Grand œuvre ou Principe de la Philosophie hermétique, se flatte. d’avoir rassemblé des éléments épars dans les écrits dé notre Ramôn. Or, le recueil expose les procédés de la chrysopée, enseigne la calcination des sept

(1) Pierre philosophale.

(2) Nous possédons l’une de ces copies, du début du xvin° siècle.

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aemeee meer à Se DE eme me

métaux. pour en extraire la quintessence, décrit la « Séparation des quatre éléments du chaos », aborde le magistère à l’or et à l’argent, indique-les régimes à: suivre pour arriver à l’élixir, à la « poudre de projection » et à la médecine universelle. Ce manuscrit se complète par seize canons pour enseigner l'application de l’or potable en panacée à toutes les maladies qui atteignent l’humanité. Un canon spécial est même consacré à la guérison des démoniaques au moyen de !” « élixir du philosophe » et du millepertuis appelé chasse-diable (1), dont les fumigations associées au principe hermétique éloignent les. mauvais esprits et rappellent les entités bénéfiques.

L'art transmutatoire est exposé là tout au long, à la suite d’une préface où l’auteur reconnaît avoir mis beaucoup de lui-même en une compilation dont le plan ne nous permet plus de discerner ce qui y appartient, en propre, à Lull. Ce que nous pouvons uniquement en retenir, c’est la fréquente citation du nom du Docteur Illuminé, c’est aussi l’appui pris par l'écrivain anonyme, et au moyen de citations, sur les travaux alchimiques de celui qu’il nomme « Raymond Lully ». Il est répété « .. comme dit Raymond Lully, en tous ses livres qu’il a faits. le bon docteur illuminé de Dieu, qui en a plus parlé que nul autre, et en a fait un livre dit : La. quintessence, bien que ne l’a jamais mise au clair » (2). On trouve, dans la préface adressée au

(1) On se souvient que Lull, à la Randa, recut la. révélation de sa mission en. consultant des signes gravés sur des feuilles de millepertuis.

() Autres références du même ouvrage, rappelant les recherches alchimistes de Lull : « ... Lully, en son alphebet divin, quand fl

roi de France : « Je sais et suis certain et m’en crois, que Votre Majesté non a le mauvais courage du roi Edouard d’Angleterre, quand Raymond Lully, duc de Mayorque, alors étant en Angleterre, lui fleurissait en cette science et autres dont il .a composé cent-vingt-quatre livres de toutes sciences et arts. Lully lui équipa huit cents nefs et le roi, fei-. gnant y aller (à Tunis, pour battre les Infidèles), fit le contraire, car il vint descendre en Guyenne et en Normandie... Comme le duc de Mayorque se complaignait du dit roi, Edouard lui dit que n’eut d'autre souci que de faire or et argent, et qu’une: autre fois, il irait (à Tunis). Mais le duc, connaissant maintenant sa malice, se déroba de lui. »

Notre récit a suivi à la lettre ce cäânevas transmis par la tradition depuis le xrri° siècle.

Le travail dont nous venons de parler et où Lull est si fréquemment cité n’est pas une exception. On se fatiguerait à relever dans la littérature alchimique les rappels constamment faits des écrits du Docteur, en cette matière. Et devant cette quantité d’allusions.. et de précisions, on ne parvient pas à comprendre comment et pourquoi les historiens de Lull, ont si souvent écarté, comme une

parle du mercure vulgaire... R. L. dit que jamais les corps ne passeront par l’alambic sinon avec notre argent vif qui est l'eau mercuriale... Ce mélange d'eau-de-vie et de tartre appelé nobile taritarum par R. L... Au livre de Quintessence, R. L. enseigne que, moyennant le vinaigre distillé avec son corps salcigineux, {1 se peut tirer une âme de l’or... je lai fait expérimenté et trouvé vrai... R. L., philosonhe qui plus a parlé, en la mêlant aux lives parlant d’alchimie, pour l'offusquer (dans le sens offuscare : empécher de voir et d'être vu). Somme toute : pour traiter d'alchimie à mots couverts, et spécialement dans son livre Lucis mercuriorum;... cette terre noire que Lully appelle nigrum nigrius nigro, etc... » |

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abomination, l’idée que l’auteur de Blanquerna se soit entouré, à l’occasion, de minières, d’alambics, de creusets, et de mortiers. On reste stupéfait d’entendre protester lorsqu'il est dit que sont authentiquement composés par Luil ces ouvrages dont des copies manuscrites sont entre nos mains, et ainsi intitulés : « Ce sont les secrets expériments de R.L. qui ne sont point compris en ses œuvres, trouvés, en l’île de Mayorque, par un de ses compagnons en l’année 1333. — C'est le treizième et fort grand Experiment des Minéraux, donné à KR. L. par Arnaud de Villeneuve, à Naples, et, depuis, recouvert par un de ses parents, en l’île de Mayorque. — De l'or potable. » |

Bref, nous avons relaté la captivité à la Tour de Londres en entourant notre récit d’une sorte de réserve, par pure condescendance pour des auteurs d’excellente intention, mais dont nous sommes bien obligé de dire, in fine, — et pour respecter aussi notre conscience, — qu'il nous est impossible de partager l'opinion trop prudente. Nous ne savons pas si le « tort » d’avoir pratiqué l’alchimie peut nuire à Ramén Luil dans le procès qui, un jour, . considérera s’il a des titres suffisants pous passer de l’état de béatitude à celui de la sainteté, mais nous savons fort bien que les instructeurs de cette cause sont parfaitement informés sur l’exacte part d'intérêt que prit le « Beato » au Grand œuvre.

Amicus Plato, sed magis amica veritas.

Luil fut alchimiste et si, dans trop de dictionnaires où il est parlé de sa vie et de ses œuvres, on commet la faute de reconnaître en lui un alchimiste presque exclusivement, par contre, ce n’est pas une moindre erreur que de s’obstiner, contre l’évi- dence, à nier que cet homme aux connaissances

universelles se soit, de façon d’ailleurs inévitable, senti attiré par la Pierre Philosophale, et ait dissimulé sous les branches maîtresses de son opulent Arbre de Science une branche encore, dont il ne comptait les fruits dangereux qu'avec circonspection, au souvenir de son ami Arnaud de Villeneuve, qui lui avait, dit-on, appris à les cultiver.

La question se pose de savoir si Ramén Lull fut véritablement le disciple assidu d’Arnaud de Villeneuve ou s’il ne le rencontra qu’en diverses rares circonstances de sa vie errante, quitte à s’être informé, par la lecture, des théories et méthodes opératoires du fameux savant dont le nom est si intimement mêlé à l’histoire du Grand Art. |

Sur ce problème, les opinions sont partagées. Tels auteurs tiennent pour la seconde hypothèse en s'appuyant sur le fait que l’existence vagabonde du Pélerin de la Croix lui interdisait une longue fréquentation de celui que, par aillèurs, on lui donna pour maître. Tels autres, tout en admettant que Lull ne pût vivre longtemps dans l’ambiance de l'hermétiste, inclinent à croire que, fortement préparé par ses études personnelles et par sa magnifique intuition, l’ancien Sénéchal-Majordome n'eut point besoin de vivre longtemps près d'Arnaud pour s’assimiler la substance essentielle de sa pensée et pour en dégager, à son profit, des vues qui devaient, sur certains terrains de recherches, le conduire vraisemblablèment plus loin que ne s’était avancé son « maître » dans la connaissance des mystères een de la nature.

Quelques éléments positifs permettent tout au moins d’affirmer que l’assertion est fondée relativement au fait que Arnaud de Villeneuve et Ramôn Lull se rencontrèrent, trävaillèrent côte à côte, et sans qu'il soit possible, — ni même nécessaire, — de certifier qu’ils collaborèrent en une longue intimité, il reste avéré qu’ils ne furent point étrangers l’un à l’autre et qu’ils profitèrent de toutes les occasions où leurs destinées se recoupaient à la surface du monde, pour se tenir mutuellement au courant de la nature de leurs travaux et des succès de leurs recherches. Plus philosophe qu’expérimentateur, plus chrétien que « magicien », Lull vivait davantage dans la haute spéculation de l’esprit que sous la fumée des laboratoires. Mais curieux de tout savoir, très convaincu que, signataire de l’ Arbre de Science, il se devait de ne répudier rien qui, de près ou de loin, touchait à la science même èt à son avancement, il ne pouvait écarter de lui la chance de fréquenter un investigateur si remarquable, en toutes les circonstances où le rapprochement était possible . entre eux. Aussi bien, tout résolu qu’il fût à situer à l’arrière plan de ses préoccupations les opérations de la cornue et du fourneau, devait-il s'intéresser, en esprit profondément encyclopédique, aux enquèêtes savantes de cet ancêtre des chimistes. Tout lui était bon à connaître, à seule fin qu’il le fît servir à la gloire de Dieu et s’il lui advint, dans ses écrits, de malmener les nécromanciens téméraires, qu’il devait présumer inspirés par Satan, il v apparaît, tout au contraire, qu’il ne nie pas l'utilité des efforts de ceux qui, inspirés dans Îa stricte mesure que le Tout-Puissant le permet, ont interrogé la matière pour y trouver la signature de l’Esprit divin. I1 y aurait peut-être là, si les partisans de la thèse « Luil

alchimiste » et leurs adversaires s’y mettaient d’accord, un moyen terme qui ferait cesser une longue et vaine querelle. On admettrait que le « Croisé attardé » n’attacha à l’alchimie et à ses œuvres qu'une valeur secondaire dans l’ensemble des connaissances indispensables à quiconque veut se tenir le plus près de Dieu, mais qu'il n’en fit pas, ainsi qu'il advint pour les Vaughan, les Paracelse, et leurs émules, la Science des Sciences.

Lull ne fut pas sans savoir, à n’écouter que la rumeur du temps, l’accusation portée contre Arnaud de Villeneuve, accusation grave à une époque où les bûchers s’allumaient d'eux-mêmes sous les pieds ligotés des suppôts du Malin. Ne disait-on pas que cet Arnaud s’était rendu coupable du crime le plus hideux, le plus répréhensible, celui d’avoir frayé avec les Puissances infernales, jusqu’à obtenir d'elles le moyen de créer, en une sacrilège imitation de Dieu, cette créature humaine, cette caricature d'homme, ce monstre que Gœthe, bien plus tard, devait faire danser au-dessus des chaudières du Docteur Faust, l’homonculus ? Un auteur, Mariana (1), fit à Arnaud ce procès infamant. D’autres n’y manquèrent point, pour leur part. Il résulterait de ces dénonciations diverses que le très réputé alchimiste « en était arrivé à un tel degré de folie qu’il se vantait d’avoir créé un homme par la chimie et lorsqu'il avait vu, dit-il, l'embryon se former dans le vaisseau chimique, avec tous ses membres et ses

(1) Mariana, Mistoria general de Espeña, Madrid, 1263 (lib. xiv, cap. 9) « Ay quiem diga, por lo menos el tostade lo testifica, que intento con simiente de hombre y etro simples que mezclo en cierto vaso, de formar un cuerpo humano, yque aunque no salio con ello, lo elero muy adelante. »

organes, il n'avait pas poussé plus loin l’expérience, de crainte que Dieu ne fût obligé de donner une âme raisonnable à cette créature (1).

Si l’imputation est exacte, Lull se fût, certes, trouvé parmi ceux qui blâmaient Arnaud de Villeneuve. On conçoit mal qu’il eût approuvé semblable et si monstrueuse entreprise. À moins:que l'on‘accepte qu’il y souscrivit en y voyant une réplique de ce qu'il avait pu vérifier lui-même, sous un autre et plus aimable aspect, par la « matérialisation » à ses côtés, de l’ange, qui, sur le sommet de Randa, était venu lui dicter ses premiers ouvrages. Mais c’est fà une hypothèse bien hasardeuse, qui impliquerait chez l’ermite de Palma une notion positive concernant la réalité d’un phénomène où l’on est aujour- d’hui inévitablement tenté de reconnaître, par assimilation avec des expériences modernes, tous les caractères de l’ectoplasmie observée par de nombreux métapsychistes. Nous persistons à penser que Lull ne s’expliqua pas l’ange apparu, pas plus que la vision du Christ dans la maison de son père, par des théories aussi formelles, aussi scientifiques. L'intervention d’en haut lui suffit à tout justifier et il ne chercha aucune théorie psychologique pour percer le mystère de la « voyance » et celui de la « 1natérialisation ». On est donc conduit à déduire qu’il ignora tout du grief fait à Arnaud d’avoir fabriqué un « petit homme ». S'il én avait été averti, il se serait bien gardé de revoir jamais un tel sorcier, — car il ne les aimait point — et ainsi en vient-on à cette déduction finale, que si Lull a conti. nué à s'intéresser aux travaux de Villeneuve, c'est

(1) Kircher. Mundus Subterrancus, 1 vol. in-f. Amst., 1664, T, 1, p. 277, at. : oo

que ce dernier les a maintenus dans la ligne d'une orthodoxie assez régulière et autorisée pour qu'on ne puisse l’assimiler à un familier du Diable : ce qui tendrait à infirmer complètement les propos de Mariana et des accusateurs de | alchimiste Arnaud.

Mais ce n’est là, somme toute, qu’un détail annexe. Nous l'avons noté et considéré quelque peu parce qu’il nous semblait opportun de ne point le passer sous silence. L’essentiel est pour nous, toutefois, d'essayer de fixer quelles furent exactement les relations de ces deux hommes. Et, comme contribution utile à l’histoire de leurs rapports, nous ne saurions mieux faire que de rouvrir un excellent ouvrage (1), publié par le Docteur Marc Haven, le distingué historiographe de Cagliostro, ouvrage paru en 1896, où nous lisons, touchant les pérégrinations d’Arnaud de Villeneuve, les détails suivants qui nous intéressent directement.

« Son voyage d’Espagne dura cinq ou six ans, de 1280 à 1286 environ. D’Espagne, il passa peutêtre par Montpellier, mais sans s’y arrêter. En Italie, il connut les sectes pythagoriciennes de Padoue et de Naples, les universités tout aristotéliciennes de {l'Italie du Nord. C’est pendant ce voyage qu'il suivit les cours des maîtres italiens “dont il cite les noms dans ses ouvrages. C’est aussi à Rome ’il rencontra celui qui devait être son disciple, Ramôn Lull, venu de Paris à Rome en 1286. Au dire de A. Germain, Ramén Lull aurait même déjà passé à Montpellier en 1276, c’est-à-dire à une époque où Arnaud y habitait, mais rien ne

{1} Marc Haven, La vie et les œuvres de maître Arnaud de yite. neuve. Paris, chez Chamuel, 1896. :

prouve qu’à cette époque, il ait connu Arnaud, plus célèbre alors comme médecin que comme chimiste. En Italie, au contraire, les études, les expériences publiques, les traités composés par Arnaud de Villeneuve eurent tous trait à l’alchimie et, dans toute la péninsule, il s’acquit une réputation spéciale et très grande de philosophe hermétique. La fameuse transmutation qu’il accomplit devant J. André à Rome fut faite en 1288 et sans doute Ramén Lull était présent, car, venu à Rome en 1286, il resta en Italie jusqu’en 1289, époque à laquelle Arnaud revint aussi, et cette même année, ils demeurèrent ensemble à Montpellier.

Du même ouvrage, nous détachons les indications bibliographiques qui suivent et que nous avions pu contrôler au cours de la classification des documents qui servirent à la confection de notre présent livre. |

Ramén Lull, dans ses Experimenta, rapporte que la xiItI* expérience lui a été enseignée par Arnaud et dans la xix°, il avoue aussi que l’enseignement d’Arnaud lui a été précieux pour la fixation des huiles, à laquelle il ne parvenait pas. Dans son Lapidaire, il déclare que, pour le convaincre, Arnaud exécuta devant lui la transmutation du plomb en or excellent, comme, dit-il, on put s’en convaincre au désert du Mont-Coret (Référence : R. Lulli, Libelli aliquot chemici. Basileæ, Typ..C. Waldkir chii, anno 1600. 1 vol. in-16, cf. p. 182 et 212).

. Ce dernier détail, plus que tous autres, prouverait que Lull se « mit à l’école » chez Arnaud de Villeneuve. La controverse ne porterait plus que sur une question de durée, acquis le fait qu’il y eut entre eux des relations de maître à élève.

À défaut de précisions sur ce point, ce qui res-

tant, somme toute, le plus important, ressort de ces données certaines, c’est d’une part que Ramén Lulil ne marqua point d’antipathie pour la personne de Arnaud de Villeneuve et le tint pour une grande lumière d’où il pouvait tirer de brillants reflets pour lui-même, et d’autre part, c’est la preuve que ce même Ramén Lull, au contraire de ce qu’on avança trop systématiquement dans toute une partie de la littérature lulliste, s’intéressait à l’alchimie et faisait une respectueuse discrimination entre elle et les basses pratiques de la sorcellerie puérile... et malhonnête. En ceci, il se trouvait, au reste, pleinement d’accord avec celui qui fut, dans une mesure indéterminée, son maître ès-sciences occultes, puisque, nous rappelle M. Marc Haven, Arnaud de Villeneuve protestait au nom de la science, de la religion <t de la société, contre les sorciers et les sorcelleries, les interrogateurs du démon, et les criminels qui se cachaient sous le masque de la sorcellerie pour commettre leurs méfaits.

Cette disposition d’esprit, si identique à celle que montra Ramén Lull toute sa vie, ne pouvait établir, entre ces deux chercheurs des vérités divines et humaines, que des liens de sympathie, voire d’amitié « confraternelle » plus nombreux et plus intimes.

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