‹ Le docteur illuminé. RomanChapitre 50 sur 51 · DIVERSES PARTICULARITÉS DE LA VIE DE RAMON LULL · texte numérisé non relu

DIVERSES PARTICULARITÉS DE LA VIE DE RAMON LULL

En élaborant cette « Vie d’Illuminé », nous avons été frappé par le parallélisme qui s’y établit entre diverses particularités de caractère « miraculeux » et {es phénomènes dont la définition, les manifestations et l’étude emplissent aujourd’hui de nombreux ouvrages, où le fait supranormal est considéré, soit du point de vue métapsychique, soit selon la doctrine spirite.

Plus nous avancions dans la préparation de notre œuvre, plus ces similitudes s’imposaient à notre pensée. À dater du moment qui correspond au huitième épisode de ce livre (rédaction du chapitre 34 du Libre de Contemplacié en Deu), nous avions été mis en éveil par tels indices qui se confirmaient, s’amplifiaient, de fiche en fiche, jusqu à totaliser un ensemble probant d’où il ressortait, — en une constatation que nous croyons absolument nouvelle, — que Ramén Lull était de la race des grands médiums. Comme tant d’autres saints réputés par de nombreux prodiges, et dont les existences, reconstituées par un psychiâtre ins-

truit à l’école de Charles Richet, pourraient être réunies en un bien beau Traité d’hagiographie métapsychique, le Sénéchal du roi Jayme 1° possédait, et à notre sens, d’une façon indubitable, certains de ces dons, encore déplorablement niés par la science classique, mais qu’étudièrent, en marge des Sorbonnes, d'’illustres savants, tous dignes de foi. |

La médiumnité lullienne nous devint, à la fin, si évidente que, méditant une refonte complète de notre premier plan, nous envisageâmes, plutôt que de composer les pages que l’on vient de lire, l’hypothèse d’un travail critique sur l’extraordinaire personnalité du « Docteur », vue du laboratoire d’où l’on s'efforce, actuellement, d'éclairer les plus ténébreux mystères de la Psyche.

Après mûre délibération, nous crûmes pourtant nous retenir sur ce penchant qui, durant quelques semaines, avait eu pour nous un attrait irrésistible. Nous réfléchîmes que nous courions le risque de disperser, en des spéculations où le public ne nous Suivrait pas sans malaise, l’admirable substance d’une des plus belles biographies qui se puissent imaginer. Nous nous décidâmes donc à ne pas déflorer, par des commentaires trop intimement dépendants d’une science encore dans la pénombre, un récit où nous gardions témérairement l’espoir d'introduire tant de lumière séraphique, tant de célestes parfums, autour d’un personnage dont |’ « odeur de sainteté » reste telle qu’un jour prochain l’Eglise l’élèvera au rang de Saint-Benoît de Sublac et de Saint-François d’Assise.

Notre réserve, que, tout bien pesé, nous ne regrettons pas, ne saurait toutefois nous interdire, — maintenant que notre livre est terminé sous

por

qe

COMMENTAIRES MÉTAPSYCHIQUES 373

l'aspect que nous lui prévoyions au premier jour, —de revenir, en quelques pages et pour un exposé sommaire, vers Ramôn Lull médium, avec l’intention de fournir, d’une assertion qui peut être jugée hardie, des preuves nécessaires et suffisantes. Nous ne nous dissimulons pas qu’ainsi faisant, il pourra nous advenir de surprendre, et même d’affliger une partie de nos lecteurs, qui auraient préféré voir conserver, à l’Illuminé de Palma et

de Tunis, intactes et purement mystiques, la cou-

ronne de l’apôtre et le nimbe du martyr. Près de ceux-là, qui, pour des raisons toutes poétiques à moins que religieuses, prendraient un peu ombrage de notre commentaire « métapsychique » sur un sujet qui, sans doute, ignorant deses facultés, obéit uniquement à sa foi, nous nous excusons, en les assurant qu’à vrai dire, nous n’innovons pas en cet exercice délicat de rechercher, sous l’auréole d’un saint, l'explication strictement humaine, psychophysiologique, de son édifiante carrière et des « miracles » dont elle s’illustra. Si, comme nous l’avons regretté tout à l’heure, la Vie des Saints en tant que médiums n’est pas encore écrite, il ne manque point, à ce titre même, d’études particulières sur divers béatifiés ou sanctifiés, en tête desquels il convient de situer d'importants travaux sur Thérèse d’Avila. Le Christ lui-même n’a pas échappé à la considération de plusieurs auteurs qui, en France ou à l’étranger, ont appliqué, à son sublime « cas », les méthodes de la critique et de l’analyse métapsychiques. Et il est notoire que de très nombreux spirites décernent l’épithète de médium au crucifié du Golgotha tout aussi bien qu’à la prisonnière de Rouen, Jeanne d'Arc, brûlée comme hérétique et relapse, sainte depuis peu d’années,

I. — L’une des caractéristiques de la dictée médiumnique, obtenue par le moyen de l'écriture, soit de la main même du « sensitif », soit par l’auxiliaire de la planchette dite oui-ja, est, très fréquemment, une forme typique de syhtaxé où |’ « Esprit » ne redoute pas, et au contraire, affecte comme à plaisir la répétition des termes et des tours de phrases, procédé qui donne à l’expréssion de la « pensée inspirée et transmise » un aspect signalétique, que l’on peut dire quelque peu puéril parfois, en tout cas foncièrement différent des constructions normales du langage, dans son expression coutumière. Cette observation est vérifiable, non seulement dans les messages que l’on considère comme émanant d’ « Esprits » intellectuellement pauvres et constitutionnellement incapables de s’élever à l’éloquence ét au respect des grammaires, mais encore dans telles communications que l’on dit provenir d’ & Esprits » éminents, fréquemment affublés de noms illustres dans les histoires de tous les temps. Il y a là une idiosyncrasie, une disposition particulière, propre à beaucoup de ces « communicateurs », quelle que puisse être leur nature, désincarnés au dire des spirites, forces biopsychiques et subconscientes agissant dans l’organisme du médium, déclarent les rmétapsychistes prudents. La règle n’est d’ailleurs pas générale, mais, lorsque l’on rapproche et serre de près une importante série de « communications » de toutes provenances, on s'aperçoit que cette règle est d’une application assez fréquente.

Cette constatation faite, il est, pour le moins,

COMMENTAIRES MÉTAPSYCHIQUES 375

curieux de la voir renforcée, par des signes inattendus, que l’on peut aisément apercevoir si l’on prend la peine de lire avec quelque attention l'un des premiers ouvrages de Ramôn Lull, ce Libre de Contemplacié qu’il commença, aux premiers temps de ses repentirs, vers 1270, alors qu’il n'avait encore qu’à peine 38 ans. Il serait du plus haut intérêt de rechercher, dans ses écrits antérieurs, si les mêmes signes sont visibles, car on peut présumer qu'au cas de médiumnité « inspirante », l'auteur, si pieux et si ardent, à l’époque, pour la cause de Dieu, avait déjà laissé percer, et de longtemps, la même « façon d’ordonner ses pensées » dans Îles poèmes d’amour qu’il adressait aux belles. Il est possible, aussi, que l'explosion médiumnique ne se soit produite qu'après le commencement de l’illumination, à la faveur de sentiments entièrement nouveaux dans cette âme ravagée, sans compter l’observation d’une sévère chasteté qui devait, en rachetant bien des erreurs de la chair, servir à souhait la naissance et l’épanouissement du « don psychique ». (Ce fait est vérifiable chez nombre de médiums, mais on cite des médiums débauchés, très éloignés de tout esprit de sainteté, et de qui il est impossible de dire que leur faculté naquit, ou fut entretenue, du fait de la continence, de l’honnêteté, et, généralement soit dit, d’une pratique attentive des vertus.) |

Quoi que l’on puisse induire de ces hypothèses, il semble peu niable que le « système de répétition et d’accentuation » si communément employé dans les écrits médiumniques, et généralement dans beaucoup d’écrits inspirés, — voir les Prophètes et la Bible ! — intervient consciemment ou non dès les pages de début du Livre des Contemplations et ne

cesse de se manifester pendant les 366 chapitres de cette œuvre monumentale. La forme-type peut être définie par cet Fi prélevé au chapitre 3, paragraphe 22 : « Bien grande merveille est que les gens parfois se ee dans le bien, et parfois se réjouissent dans le mal, car, s’ils se réjouissent dans le mal, qui fait l’occasion qu'ils doivent être réjouis dans le mal ? » Toute personne, même médiocrement experte en matière de & messages »,

reconnaîtra là une structure et un « balancement »,

un rythme usuel chez bien des médiums (1).

A nous proposer de signaler au passage tout ce qui peut nous laisser deviner une médiumnité en action, chez Lull, nous ne pouvions négliger cette première donnée qui, déjà, porte à réfléchir dans un sens-favorable à notre suggestion, sans que toutefois nous puissions encore assurer qu “elle la confirme.

Mais que pense-t-on de cette partie du chapitre 34, Sur les « métaux », dont on retrouvera .une version française dans le cours de notre ouvrage :

(1) Ce n'est pas la première fois que nous avons l’occasion de signaler cette étrange façon qu'’adoptent les « Esprits » — ou le subconscient des médiums, — pour construire leurs phrases, dans les messages qu’ils produisent. Déjà, dans Réincarné (pages 174 et suivantes), nous écrivions : « Les Esprits ont bien raison de mépriser nos grammaires, nos syntaxes, nos règles. Ils usent de la répétition, parlent en versets et donnent, à bon nombre d'expressions, des sens qui ne nous sont pas coutumiers. » (Propos attribué au baron Renevel, l’un des principaux personnages du livre.) Et, un peu plus loin, en reproduisant le « message de Paul Leclayre au sujet du mariage de François et d’Elvire », nous faisons remarquer l’anormale répétition et les ingénieuses déformations du mot vagabond, en vagabondage, avagabonderie, vagabondement, etc. En note nous donnions des traductions approximatives de ces néologismes « astraux » et ajoutions : « En acceptant ces traductions et amplifications du mot vagabond, dans ces sens très élargis, le lecteur comprendra mieux pourquoi l'Esprit l'emploi avec fréquencs. » nn E |

COMMENTAIRES MÉTAPSYCHIQUES 3771

. & Beneyt siats vos, Sènyer Deus, qui avets volgut que los uns sien de natura ques pusquen fondre e estendre, e los altres de natura que no fonen ni sestenen... Com vos ajats creats los metals per servir als homens, 1 ome qui es ric e avar, e molt deu esser reprès, per so Car posa tota sa entencio e sa amor en les riquèes, e no guarda la entencio per que vos avets fet 1 ome senyor de les riquées : car vos no avets dades les riquèes als homens per tal que l’ome sia ric; enans les los avets donades per tal que Î ome vos servesca ab elles. »

N'est-ce pas tout à fait la coupe d” un « message de l’au-delà » ?

Cette seconde supposition, nous en convenons, ne suffirait pas à appuyer la thèse de Lull illuminé, dans le sens de médium enregistreur d’inspirations inconscientes, de quelque source qu’elles puissent surgir.

Néanmoins, on va voir qu’elle constitue un excellent point de départ pour d’autres observations de même ordre, et de beaucoup plus persuasives.

* kx

IT. — En juillet 1274, Lull, retiré sur le sommet de Puig de Randa, a une vision. Un berger lui apparaît qui, bientôt, prend l’aspect du Christ et lui remet une croix dont la forme fond entre les mains du solitaire, sitôt qu’il l’a reçue (1). Le « visiteur » prend la parole, et au phénomène visuel se

(1) Les Franciscains, résidant aujourd’hui au monastère de 1a Randa, relatent qu'une tradition accepte l'hypothèse d’une croix réelle et non d’un fantôme de croix. Le bois, disent-ils avec une conviction bien touchante, en aurait été réparti entre un très grand nombre d'églises, pour y être joint au trésor des reliques.

greffe un phénomène auditif, sous deux aspects qui ne diffèrent en rien de l’hallucination telle que la considèrent les aliénistes, ou de la voyance et de Îa clairaudiance telle que l’envisagent, à des points de vue différents, les métapsychistes et les spirites. Pour expliquer les faits, diverses solutions s’offrent: 1° l'invention pure et simple d’un fait, consigné aux écrits lulliens, et repris par la légende. — On a peine à croire que, pour servir sa cause, Luil ait « singé » les grands visionnaires, sans avoir vu. Donc il est vraisemblable qu'il a vu et entendu; 2° la théorie miraculeuse, à la façon que la conçoit l'Eglise. Présence réelle du Christ, remise d’une croix de matière durable, en somme, le miracle que Dieu veut et qui n’appelle aucun examen de la critique humaine. — A cette version, bien des contemporains de jugement infiniment respectable peuvent encore se rallier, mais ils ne sauraient demañder à la science d’y souscrire les yeux fermés ; 3° la théorie métapsychiste ou spirite : a) le phénomène de matérialisation d’une image, probablement d’origine ectoplasmique, le phénomène d’audition analogue à celui qui est constamment observé chez les médiums auditifs, avec extension aux témoins de la séance (Voix: Osborne Léonard, Slate, etc.) ; b) mêmes phénomènes avec l’adjonction des « Esprits » désincarnés, comme l’affirme le spiritisme sous toutes ses formes. — A notre sens, c’est de ce troisième côté qu’il faut chercher les moyens d’analyse des phénomènes Lull, ainsi que de toute la phénoménologie sacrée et profane, libre à chacun de se ranger parmi les métapsychistes ou parmi les spirites, avec ou sans l'intervention d’une Intelligence invisible, d’un Esprit. Nous tenons corrime pêu niable que l’ermite des Baléares ait été médium,

COMMENTAIRES MÉTAPSYCHIQUES 379

sitôt qu’on nous apprend l’émerveillante vision de 1274 et le dialogue qui s’en suivit. Ce n’était pas, à vrai dire, la première fois que Messer Ramôn accueillait le Christ en son logis. On n’a pas oublié qu’au moment de sa plus violente crise de sexualité, aux heures où il composait ses derniers poèmes amoureux pour la belle Ambrosia de Castello, le Crucifié s'était présenté à sa vue, à cinq reprises en peu de jours. La médiumnité s’affirmait-elle en ces circonstances avec assez de netteté pour que Île voyant en restât si fortement bouleversé ? Il est possible. Notons que, simultanément, des faits d’audition se produisaient, tout comme plus tard, à la Randa. Prudemment et sagement, nous n’avons pas voulu faire figurer ces manifestations de 1261-1262, dans notre commentaire, avant d’en avoir trouvé une réplique, qui nous semble confirmative, dans les événements survenus au crépuscule du 15 juillet 1274. Ces derniers, par leur précision, font cesser nos premières réserves et, mis en présence d’un très beau cas double, de vision et d’audition, obtenu dans des conditions psychologiquement — et phy. SOU Les — excellentes pour la production du phénomène, nous devons moins douter du premier cas, que nous pouvions jusqu'alors imputer, à l’illusion, née de l’exaspération des passions où vivait le trop hardi conquérant des cœurs.

Nous voici donc prévenus que Ramén Luil, selon les plus fortes vraisemblances, et même presque indiscutablement, est un « sujet ». Rien de ce qui, dans sa vie, se produira désormais de « surnaturel » ne peut échapper à notre examen, en tant que « supranormal » : que nous soyons métapsychiste ou spirite, il nous appartient et relève de notre observation.

Depuis notre premier constat (répétition verbale caractéristique du message médiumniquement obte-} nu), nous avons fait un pas appréciable. Nous sommes avertis, prêts à déceler le phénomène psy- |; chique sous le « miracle » éventuel. Nous n’y manquerons pas. |

III. — Après avoir vu et entendu le Christ, Ramén Lull voit et entend l’ange. Ce second visiteur vient s’asseoir dans la chambre, près de la table de travail. Les pensées naïssent dans le cerveau de l’auteur qui compose son Art Major. Elles ont une vigueur particulière, rare et étonnante, si l’on considère la rapidité avec laquelle fut élaboré cet ouvrage, — s’entend pour la partie qui fut traitée à Puig de Randa. Nous n’aurions pas à retenir la présomption de !” « ange collaborateur » si Lull ne laissait apparaître, en certains de ses écrits, l’aveu que, non seulement, comme tous les chrétiens, il croit à cet ange (l’ange gardien), mais que, plus favorisé parmi tous, il a eu l’occasion de voir le conseiller invisible, à ses côtés. Nous ne prétendons pas avancer que les écrits de la Randa

sont, en tout, et mot sur mot, des dictées médium-

niques, mais nous inclinons à penser que l’ermite travaillait avec la confiance d’être constamment aidé, précisément parce que la présence de l’ange n’était pas pour lui une hypothèse, mais une certitude, une réalité et non une fiction (Idéoplastie ? Matérialisation d’ « Esprit » ?). | | | Que dit-il, en effet, dans son ouvrage Doctrina |

COMMENTAIRES MÉTAPSYCHIQUES 381

pueril qui, à en juger par Ja table chronologique \ des œuvres de Ramén Lull, aurait été, avec le Libre ) de Cavalleria, le Libre de Clericia, et Art de Confess16, composé avant le Libre de Contemplacié? (1). Ti y parle de l'ange, chapitre 98 (De Angels). Ses déclarations sont orthodoxes de point en point, mais on va voir qu’il y ajoute des considérations personnelles qui démasquent le « voyant » instruit de plus d’un secret, et qui, pour parler, ne se contente pas des croyances communes sur les visions, fantômes, etc. : « Mon fils, chacun a un ange qui lui conseille . de faire de bonnes œuvres, et qui l’aide contre le : démon. Chacun a un démon qui lui conseille de faire le mal, et aussi mon fils, tout homme est tenu : d’obëir à son ange, de lui faire chaque jour quelque : honneur, et chaque année une fois lui faire fête. » . (Verset 3.) « Tout ce que fait l’homme, le bon ange Je voit, ‘ partout où l’homme va. Et, mon fils, l’homme fait ‘ grand déshonneur à l’ange s’il ne lui obéit pas, s’il : obéit aux démons qui lui sont contraires. C’est une | grande vilenie que de faire, devant l’ange, péché : de luxure et autres. » (Verset 4.)

| « Mon fils, les bons anges portent en paradis les âmes des hommes qui meurent en sainteté et . bonnes œuvres, et les anges prient Dieu et servent

ST

j j: (1) Tels auteurs considèrent, il est vrai, que l'ouvrage Doctrina É Miramar qui est de 1276 (voir plus loin) et en même temps que les sContemplaciôns, peut-être entre 1273 et 1275. La mention de l’anpa- .rition « réelle » des « anges », dans Doctrina pueril serait donc, auquel cas, comme la consignation d’un fait tout récemment constaté par l’auteur, alors que, depuis peu de temps (1" vision du .Christ), il était favorisé du don de voyance. je 3

. pueril put être écrit un peu avant la fondation du monastère de

Dieu, et chaque ange prie Dieu pour chaque.

homme que Dieu lui a remis en garde. » (Verset 5.)

« Quand tu es étendu dans ton lit et que la cloche sonne pour que tu ailles prier Dieu, alors, le bon ange te conseille de te lever et d’aller faire. grâces au Dieu qui t’a créé et t’a donné le matelas et le lit où tu as dormi la nuit. Et le malin esprit te conseille de dormjr, pour que tu ne rendes pas grâces à Dieu. » (Verset 7.) |

« Bien des fois, mon fils, il se produit que les anges prennent, DANS L'AIR, la forme d’un homme ou d’une autre chose, et ainsi de même font les démons. Et sais-tu pourquoi ? Pour qu'ils puissent conduire les hommes à obéir à leurs volontés. Si les. anges se transfiguraient en formes qui ne sont pas convenables, comment pourraient-1ils les conduire. à de bonnés œuvres ? Et que les hommes sont coupables quand ils sont désobéissants (envers les bons anges) ! » (Verset 9.)

IV. — Nous signalons, au cours de notre xil* épisode, que, selon certains auteurs, Rainôén Lull, au monastère de Miramar, aurait enseigné à l’un de ses jeunes disciples, sans doute prédisposé, les moyens d’atteindre à l’état d’extase. Nous ne voulons qu’avec une extrême réserve soupçonner, dans cette particularité, qui fut assez typique pour retenir l’attention de quelques historiens, une sorte d'entraînement vers l’état de transe, tel que le définissent et l’observent les métapsychiques dans leurs laboratoires, les spirites dans leurs séances. Rien

COMMENTAIRES MÉTAPSYCHIQUES 383

là d’extravagant, en principe, si l’on veut bien se souvenir que plusieurs saints réputés, — et Thérèse d’Avila peut-être plus que tous autres, — ont euxmêmes déterminé, en termes qui ne laissent aucun doute sur la nature entransée du phénomène, ce qu'était leur « évasion vers en-haut » dans les instants où, quasi-sortis d'eux-mêmes, ils allaient au devant de Dieu.

Ïl y a des présomptions d’autant plus solides pour étayer notre hypothèse, touchant l” « élève médium » formé par Lull, que ce dernier écrit, dans son Libre de Blanquerna, des pages bien explicites sur la qualité de son propre état contemplatif, en certaines cir- . constances. À l'entendre, il est hors de conteste qu’à Miramar, il eût des visions de bons. et de mauvais « Esprits ». N'oublions pas que son héros Blanquerna, c'est lui-même. Le livre, — qui est admirable, — fut composé à Montpellier en 1284 et Lull, à la faveur des charmants dessins d’une intrigue véritablement romanesque, saisit l’occasion d’une description de monastère, pour évoquer et retracer au long ses heureux souvenirs de 1276, alors que le pape Jean XXI (16 novembre) venait à peine d’approuver, par bulle de Viterbe, la fondation du collège de langues orientales. (Bulle : Laudanda tuorum progenitorum vestigia). Que trouvoris-nous, en effet, au chapitre 59 : En qual manera fo Blanquerna sacristà (paragraphes 3, 4 et 5) ? « Un soir, après complies, Blanquerna en oraison et dévotion, pleurait abondamment, et pensait que ses anges pourraient venir à la messe, honorer le saint sacrifice de Jésus-Christ. Puis, il s’en fut dormir, et il rêva ce qu’il avait médité éveillé. Car, par l’influence de la grande cogitation qu’il en avait fait, on lui fit voir en rêve qu'il chantait la messe et que les saints

Michel et Gabriel la servaient. Deux ou trois fois (1) il s'’éveilla pendant la nuit, mais en se rendormant, il retournait à cette même vision. Quand, à la minuit, il se leva, entendant sonner la cloche, il fut à l’église et dit matines avec les moines. Puis après Ja prière, il se souvint de ce qu’il avait rêvé. Ensuite, il se revêtit pour chanter la messe. Sitôt qu’il fût devant l’autel, une vision lui fit reconnaître à chaque angle un ange ayant des ailes, l’un tenant en main une croix et l’autre un livre. Blanquerna fut très émerveillé de cette vision. Il pensa bien qu’il avait vu un mirage, et voulut sortir de ce doute. Pour cela, il interrogea ses vertus conseillères : Justice lui rappela son indignité de voir les anges ; Prudence lui fit entendre que le fait de trop penser et aussi la faiblesse d’une cervelle déprimée par Î’abstinence, les veilles, le jeûne, pouvaient avoir des fantaisies et autres vanités à la ressemblance de ce qui est vrai. Vaillance renforça son courage contre l’«« imaginative » qui, parfois, imagine de façon désordonnée, ce désordre ayant pour effet que la vue corporelle prend quelques vaines apparences pour images de vérité. Par toutes ces vertus, Blanquerna fut ‘aidé et il sortit du doute où il était entré et, ensuite, il se reprit à chanter la messe très dévotement, comme il en avait coutume. »

… « Une nuit, Blanquerna était tout seul dans l'église et pensait aux démons comme aux horribles figures qu’ils ont l'habitude de prendre lorsqu'ils veulent donner de l’épouvante aux hommes. Ainsi songeant, il sentit son courage pénétré par une

(1) Répétition classique de certains rêves prémonitoires. — Yotr,

de même, Songe prémonitoire, Blanquernc, chap. 66. Sancta Maria

o7a pro nobts.

COMMENTAIRES MÉTAPSYCHIQUES 385

grande peur et terreur, à se voir seul en ce lieu et eut l’idée d’aller se coucher au dortoir... Mais 1i réfléchit que Vaillance et Prudence pouvaient Île protéger aussi bien dans l’église comme au dortoir. Ainsi, luttant contre la peur et la tentation, il se souvint de la grande puissance de Dieu. »

* LE

V. — Au monastère de Miramar, Ramén Lull produit plusieurs ouvrages, avec une facilité d’invention qui déconcerte. Parmi ces travaux figurent Le Livre du Saint Esprit et Le Livre du Gentil et des trois Sages (Libre del Gentil e los tres Sauvis), l’un et l’autre conçus sur le plan de la controverse. Nous avons pris soin de lire ces pages généralement dialoguées et, en toute impartialité, nous devons dire qu'ici et là, les entretiens des savants latin et grec avec le Sarrasin, et ceux de l'entité « Intelligence » avec l’Israélite, le Chrétien et le Maure, nous ont semblé d’une formation intellectuelle visiblement apparentée avec telles conversations de caractère médiumnique dont on trouve de si remarquables exemples dans la littérature spirite depuis trois quarts de siècle. Nous ne voulons en aucune façon l’affirmer, mais nous tendons à croire que Ramôn Lull, à Miramar, put composer sous quelque influence étrangère (subconscient= métapsychique ; Esprit désincarné = spiritisme). Ce ne serait Ià qu’une nouvelle expression ‘de cette faculté médiumnique dont nous avons proposé l’hypothèse, en considérant les œuvres élaborées sur le haut plateau de la Randa. — On remarquera (voir notre présent ouvrage : « Douzième épisode », le rappel très .

caractéristique, et singulièrement développé, de l’interprétation du sens occulte enfermé dans les signes, indéchiffrables au commun des mortels, qui décorent l’envers des feuilles (Livre du Gentil et des trois. Sages).

VI. — Nous dirons maintenant pourquoi nous estimons trouver les preuves de la médiumnité, chez Luli, en ce fait que, lapidé et abandonné sous les pierres, il dénonça sa présence de loin, à ses sauveurs chrétiens, par une colonne lumineuse.

« L’on a veu reluire les saincts personnages d’une lumière pendant qu’ils viuoient (vivaient). Ceste lumière n’estoit qu’un signe de leur sainc-. teté, et de la vertu diune (divine) qui les accompa-. gnoit et ne en leurs actions. La Vierge saincte Agnes, Martyre de lesus-Christ, condamnee pour: peine d’estre menee à un cordeau, pour ne vouloir renoncer sa foy chrestienne, fut enuironnee d’une: lumière, ce dit S. Ambroise, afin d’empescher: que le fils du preuost ne la violast. Le religieux Éuthymus estoit illustré d’une grande lumière en forme de colonne, lors qu’il celebroit le seruice divin. Le semblable se dit de S. Martin, qui benissant l’autel, sembla aux assistans, se dit Venantius Fortunatus, que de sa teste sortoit un grand globe. de feu. Les quarante Martyrs desquels parle S. Basile, furent veus par le soldat qui les gardoit, tous reluisans en clarté... Les corps des quarante Martyrs, jettez en l’eau par les Payens furent après la consommation du Martyre veus sur les eaux comme estoiles luysantes, et par ce signal furent

COMMENTAIRES MÉTAPSYCHIQUES 387

recueillis des chrestiens et enterrez. La face de sainct Martin après son deceds, dit Sulpice Seuere, seroïit deuenuë fort claire et luisante. Et puis estant saincte Romule trespassee, son corps devint si lumineux . qu’il esblouïssoit les yeux des regardans. Le corps de Vernere, martyrisé par les Iuifs, et jetté en une caverne, fut descouvert par une lumière, qui apparut au lieu où il auait esté mis... Des chasses et reliques des Saincts, dit sainct Grégoire de Tours, des lumières et globes de feu seroient quelquesfois sortis. Et l’Abbé Bracchion priant en l’Eglise de saint Martin de Tours auroit veu sortir du feu de la châsse de S. Martin, qui montoit jusques au haut de la voute du Temple. Ce feu semble un si grand mystère au successeur de S. Martin, qui est S. Grégoire, qu’il ne le peut comprendre... Nicephore Calixte asseure qu’on descouvrit l’image de nostre Dame cachee sous un cipres au moyen de la clarté qui procedoit de l’image. Le semblable aduint n’y a pas long temps en l’une des isles de Canarie. Car on trouua en une grotte l’Image de la Vierge Marie, par le moyen d’une lumière non accoustumée qui sortoit de la grotte. La vraye croix faite apporter par saincte Radegonde de la ville de Hierusalem, jetta de nuict, à une vigile de Pasques, telle lueur que l’Eglise du Monastère de Poic- ‘ tiers, où Saincte Radegonde estoit recluse, en fut

tout illustree. Du chef d’'Ascamus fils d’Enée sort une flamme qui semble, dit Virgile, brûler son chef et son front, combien qu’elle ne fist que les lescher seulement, sans qu’Ascanius en fust offensé, Et Servius Tullius fils de l’esclaue Ocrisia est embrase du feu qui luy court, dit Tite Live, par les temples (tempes), et par la teste,.sans mal lui faire... Aussi Lucius Martius haranguant à ses soldats en Hespa-

gne, après la mort des deux Scipions, fut veu estinceler en feux qui sortirent de sa teste et encouragea, par ce signe, des soldats desconfortez de la mort de leurs capitaines. Et a Saluidiène encores enfant la teste sembla arde... D'un Balamir, de la suitte d’Attile Roy des Hugres, furent veuës sortir du corps comme des bluettes de feu. » (Discours et Histoires des Spectres, visions et apparitions des Esprits, Anges, Demons et Ames, se monstrans visibles aux hommes, par Pierre Le Loyer, MDCV.)

De cette longue mais utile citation, on peut déduire que les phénomènes de luminosité supranormales étonnèrent tous les âges du monde. Si l’on concède même une très large part d'imagination aux narrateurs, si l’on écarte ce que la lécende transmise peut avoir amplifié et parfois même inventé, il n’en subsiste pas moins un ensemble de témoignages d’où la science a le droit de tirer une moyenne. Et cette moyenne, fût-elle extrêmement prudente, aboutit à donner l’assurance que les irradiations humaines sont un fait scientifique. Au reste, ce n’est plus là une vérité contestée et il y a déjà quelque temps, à ne retenir qu’un exemple, que la « gloire », le « nimbe » des saints personnages et du Christ ont été expliqués par la théorie de l’aura et sa vérification rigoureusement expérimentale.

De Lulil gisant sous les projectiles, se dégageait un fuseau fluidique d’une amplitude assez grande pour simuler, à distance, la « colonne » dont s'émerveillèrent ceux qui ramassèrent le mourant, et, après eux, les générations d’historiens religieux. Les raisons physiologiques, et certainement psychophysiologiques de cette projection, ne se laisseront peut-être pas définir, avant longtemps, par les métapsychistes qui, dans leurs laboratoires, étudient

COMMENTAIRES MÉTAPSYCHIQUES 389

les phénomènes lumineux de la médiumnité, sous tous leurs aspects, et jusqu ’au fantôme. Toutefois, ce que l’on sait déjà, c'est que l’état médiumnique favorise, dans une importante mesure, l’extériorisation de cette faculté radiante qui, selon toute vraisemblance, réside en chaque individu, à des degrés plus ou moins exaltés ou atténués.

On peut en outre, pour expliquer la colonne lumineuse dressée au-dessus de Lull bientôt prêt à rendre l'âme, faire appel à la théorie du lent dégagement du corps astral, qui, avancée en doctrine par les spirites, a pu être contrôlée expérimentalement en maintes expériences où intervenait la photographie. Admise cette seconde hypothèse, il conviendrait de la faire rentrer dans le cadre des manifestations qui précèdent, accompagnent ou suivent la mort, et il n’en résulterait pas, nécessairement, que Lull fut médium. |

VII. — Les Gênois, naviguant au Nord, dans les parages même des Baléares, délibèrent et ne savent encore s’ils vont restituer aux Palmasans le cadavre du martyr ou faire voile, avec cette relique, dans la direction de leur patrie.

C’est alors que, sur le pont et la mer, se répand une odeur suave, un parfum que rien n’explique. Le fait est-il exact ? Nous l'avons mentionné, pour en avoir trouvé trace, mais sans qu’un témoignage absolument positif nous autorise à garantir son authenticité. Nous devions faire cette déclaration au moment où, doutant du phénomène de l’ « odeur de sainteté » survenu entre Bougie et Porto-Pi, nous

allons produire un document indubitable d’où il appert que le médium Ramén Lull, bien des siècles avant le fameux médium Stainton Moses, avait la faculté de provoquer, de façon passagère ou durable, des effluves (émissions fluidiques, vibrations, exsudats ?) affectant le sens olfactif.

P. F. Bonaventura Armengual, dans son ouvrage : Vitæ, Doctrinæ, et martyrii Raymundi Lulli Doctoris illuminati Archielogium (1643) signale plusieurs cas d’odeur supranormale, dans la vie et après la mort du Docteur. Nous y ferons un choix. C’est d’abord au moment de la première apparition du Christ.

« Circa hoc tempus in morbum incidit Lullius, cumq; nec cibum, nec potum, nec somnum capere posset, in lectulo ponitur, alicujus, quietis, et commoditalis capiendæ causa, sed variis morbi generibus non multo post tempore angitur : unde eum consolaturus in die conversionis S. Pauli apparuit Christus Crucifixus tanto cum fulgore, tanto cum odore et suavitate, ut nec odoratissima quæque lhura, nec ulla gratia floris, lætitia frondis, unguenta odorem in longiqua juculantia; a quacunq : arbore, flore, animali, SUDARA, aut artifice temperata manu comparare possent. » De ce texte, il ressort que Lull, malade, ne pouvant ni manger ni boire, non plus que dormir, étant au lit, vit, le jour de la conversion de Saint-Paul, apparaître le Christ éblouissant, et accompagné d’une odeur telle que nulle fleur, nul feuillage, onguent, voire même nul animal, nulle sueur, n’auraient pu en produire de comparable. :

Le plus curieux est que, dans la suite des temps, à certaines époques et heures, le lit où avait gémi Ramén exhalait encore cette odeur, ainsi qu’en

COMMENTAIRES MÉTAPSYCHIQUES 391

témoignent divers procès-verbaux soussignés de notaires et de jurats. Nous parlerons de celui qui fut dressé en 1609 en présence de Petrus Ribot, notaire public à Mayorque, et qui comnience par cette phrase : « Cunctis pateat evidenter, et sic notum quod anno 1609, die 25 Octobr. Petrus Ribot notarius publicus, et Civis Majoric. etc sciens, et attendens, ut a majoribus acceptum est antiquissima traditione, tam verbo, quam scriptis fide dignis geminatissime confirmata, quod in quodam cubiculo domus Andreæ (Caselles, dum in ea vivebat, et morabatur præfatus clarissimus Raymundus Lullus circa annum 1265, quadam nocte prostato in lecto, lachrymis, atq; suspiriis, mæmore animi parumper exhausto; meditanti calamitatem suam, et longum a salute digressum, præteritæq; vitæ damna consideranti suspirando, plangendo, et lachrymando Christus Crucifixus apparuit (1). » Il est ajouté que, depuis lors, au voisinage du lit, et à dates régulières, se manifeste encore l’odeur « miraculeuse », vers la cinquième heure de 1a nuit, « divine saveur, très suave, composite, faite d’arôme d'Orient, de baume, de rose, de violette, odeur que l’on peut, pour sa qualité, dire surnaturelle et qui est perçue par toutes les personnes enfermées dans le petit espace (de la chambre), si bien que les déclarations anciennes se confirment par la concordance des observations actuelles, Dieu l'ayant ainsi voulu ».

Ces: « observations » s’apparentent avec des constats analogues faits de tout temps, et en tous pays. L’ « odeur de sainteté » est un phénomène

1) Rappel de la tradition verbale et écrite suivant laquelle Luil, malade et déplorant ses fautes passées, vit apparaître le Christ d4uprès de son lit, le jour du 25 janvier.

supranormal, mais nullement. surnaturel et que réclame la métapsychique. |

Robert-Louis Stevenson, dans sa courte et pourtant inoubliable nouvelle « Will o° the Mill» — qui figure au volume The Merry Men — relate comment Will perçut la senteur de l’héliotrope, !a fleur favorite de sa femme Marjory, bien que, depuis la mort de celle-ci, aucun pied d’héliotrope n’ait été conservé dans le jardin (1). On sait, car toutes les publications spirites ont rappelé l'épisode, comment l’Impératrice Eugénie, dans la jungle du Zoulouland, put retrouver un monceau de pierres marquant l’endroit où avait été enterré le prince impérial. Elle y fut conduite, dans la brousse épaisse, avec Sir Evelyn Wood, par un persistant parfum de violettes, la fleur préférée de son enfant.

Sept mois après la mort de Saint Thomas d'Aquin, en 1274, dans un monastère cistercien, près de Naples, le Supérieur, craignant que le corps lui fût dérobé, en fit une exhumation secrète pour aller l’enterrer dans un lieu plus sûr. Mais un parfum « d’une douceur céleste » se dégagea de la tombe et emplit la chapelle, si bien que tous les moines accoururent et que ie corps fut solennellement remis à sa place. |

Dans l’histoire des saints personnages, les cas analogues sont quasi innombrables. La Bible en est remplie. Et... en 1836, les deux savants Billot et Deleuze, mentionnaient dans leur Correspondance

(1) On consultera avec intérêt l'excellent petit ouvrage : The Physical Phenomena of Spiritualism (An historical Survey), oû M. W. Leslie Curnow fournit de nombreux exemples pour toute une série de phénomènes. (The Two Wérids, Manchester, 1995.)

COMMENTAIRES MÉTAPSYCHIQUES 393

que, souvent, au cours de leurs expériences magnétiques, se dégageaient de délicieuses odeurs qui se répandaient dans l'appartement. Le médium Stainton Moses, à qui il a déjà été fait allusion en ces lignes, fait observer qu’en outre de ces senteurs si agréables apportées, — ainsi en juge-til, — par de « bons Esprits », il se rencontre que des odeurs beaucoup moins pures empuantent la salle des séances, et que c’est là un méfait des « mauvais Esprits ».

En janvier 1854, à la Nouvelle-Orléans (Etats- Unis), pendant une séance chez un Mr. Robbins avec le médium Thomas Lake Harris, toute la maison est saturée d’une émanation de gomme aromatique et de camphre, jusqu’au troisième étage et le «'contrôle », — l’Entité qui guide la séance, — fait savoir qu’il a amené l'esprit d’un Juif qui, en son temps vivant, était marchand d'épices. Le juge Edmonds en 1859 est au lit, souffrant d’ure affection de la gorge. Deux ou trois fois par jour, la pièce se parfume d’une senteur caractéristique et le patient est guéri par cette véritable « fumigation astralé » ainsi qu’il est expliqué, en séance, par un « Esprit » consulté.

Les brises odoriférantes sont fréquentes dans les assemblées de spirites et le phénomène qui, selon la légende, aurait pris naissance, sur le pont du navire gênois, près du grabat où reposait les restes de Luill, ne peut s’expliquer que par les mêmes causes, d’ailleurs fort mal connues, mais toutes dénonciatrices d’une médiumnité (1).

(1) Références sur ce sujet : Mrs Acworth, Proceedings de la Société des Recherches psychiques de Londres, vol. xX1, p. 50. — Juge Edmonds, Memorial Edition, 1874, D. 172. — Impératrice Kugé-

Quelques derniers mots pour en terminer avec la question de Lull « médium ». — On comprendra pourquoi nous ne faisons pas état de la scène in extremis (où le Pélerin prédit, à un ancêtre de Colomb, la découverte de l’ Amérique), pour induire de cet épisode que le Sénéchal du roi Jayme possédait le don prophétique (métagnomie développée jusqu’à certaines connaissances sur l'avenir). L’hypothèse ici se reposerait sur des buses trop frêles. On sait quelle obscurité règne sur la famille des Colomb et leur origine. Rien ne prouve que le capitaine du bateau, qui ramenaiït Lull à Palma, ait été un arrière-grand-père du Christophe fameux. Mais, d’autres signes, épars dans la vie du Docteur IHluminé, laisseraient entendre que la « vue sur l’avenir » ne lui était pas tout à fait impossible. Nous n’avons pas eu occasion d’y faire allusion au cours de notre ouvrage, autrement que de façon très épisodique, au moment où Lull se hâte si vite d’aller porter sa supplique au pape Célestin. Il se rendait alors près du Pontife avec l’assurance très forte qu'il arriverait trop tard bien que le nouveau pape fût à peine monté sur son trône. Et, de fait, Lull,

nie, Revue Light (Londres), 1920, p. 365. — Mrs Everitt. Z.ight, 1915, p. 475. Voir aussi le livre de Morell Theobald : Spirits Workers in the Home Circle. — Ftelding Oulû : The Wonders of the Saints, pages 113, 114. — T. L. Harris : À ZLyric of the Golden Age. Introduction, page XV. — Leaning : The Psychic Senses !Liaht), 1991, p. 83 — Mrs Marshall : Spirit People, p. 18, et Spitritual Magazine, 1867, p. 448, et Dialectical Sactety's Report, p. 201. — Rev. P.H. Newnham, Phantasme of the Living, vol. +, pages 190, 191 — Stafnton Moses : Human Nature, 1874, p. 313. — R. L. Stevenson : The Merry Men, p. 111. — Mr. W. Towns, Spiritual Manazine, 1872, p. 491. — Les rares et très sommaires travaux où est abordée, en France, la question de « l'odeur de sainteté » s’en réfèrent généralement aux sources étrangères ici rappelées.

COMMENTAIRES MÉTAPSYCHIQUES 395

quelque diligence qu’il y apportât, ne put achever son voyage avant la mort de celui à qui il allait réclamer le geste d'appeler les chrétiens aux croisades. C’est sans surprise qu’il apprit ce soudain trépas. Îl en était secrètement instruit et ne se rendait à Rome que pour acquitter un devoir impérieux, et. risquer sa chance une fois de plus.

Enfin, disons qu'aux derniers paragraphes de notre douzième épisode, on a pu lire qu’une certaine conseillère, appelée « Intelligence » donnait à Luil le sens mystérieux des inscriptions (?) tracées derrière les feuilles du millepertuis. Il ne faut voir là, — si l’on considère l’opération mentale du point de vue métapsychique, — qu’une excitation cérébrale particulière, bien connue de quiconque s’occupe du mécanisme de la vision et de l'inspiration chez les médiums dignes du nom. Ii va de soi que, derrière les feuillages, aucun signe graphique défini n’était lisible. Le regard du voyant prenait simplement appui sur les figures confuses, sur les altérations du tissu végétal, pour y composer, en lui-même, des images où il reconnaissait, par vision intérieure, les signes hébraïques ou arabes. Il est même très possible qu’il y ait lu, plus tard, des phrases entières, et toujours par cette même opération du mental qui favorise aux clairvoyants la perception d’objets, de figures humaines, de paysages, de textes, de dessins, lorsqu'ils demandent un auxiliaire aux moyens provocants même Îles plus décriés : tels que le marc de café, le blanc d'œuf, la bougie et sa flamme, etc. Quoi qu’il en soit, s’il en fut ainsi, et si Lull excita sa verve imaginative par l’examen des millepertuis inspirateurs, 1l s’est produit là un phénomène de suggestion très directement assimilable à d’autres phénomènes qui dépendent intimement de la mé-

diumnité, telle qu’elle est envisagée par la science moderne (1). |

(1) Si d’autres travaux ne nous en avaient pas retiré le loisir, nous aurions aimé poursuivre cette étude sur la médiumnité du Docteur Illuminé. Il n'est pas dit qu'un jour, retournant aux Îles Baléares, nous ne nous y consacrerons pas, bien que la seule révélation d’un semblable projet soit de nature à effrayer quelque peu les charmants, dévoués et si nombreux collaborateurs que nous avons pu rencontrer dans l'Ile aux Palmes, lors de notre première visite.

Mais tl est un autre sujet, du méme genre. qui nous tenterait également beaucoup. En composant le présent livre, nous avons eu l'occasion de citer, à diverses reprises, le Koran et la pensée du Prophète. Nos recherches ont concouru à attirer notre attention sur un fait qui s’est confirmé dans notre esprit, de sourate en sourate. Mahomet en fait confidence tout le premier. Il était inspiré. Un conseiller « Gabriel » le hantaït, lui dictait la « vérité koranique ». Qu'est, au surplus, ce conseiller, sinon un « Guide ». à la manière de ceux dont les spirites parlent ? Et, par ailleurs, dans le Koran, combien ne relève-t-on pas de passages où, vue sous: un angle à peine différent, plus d’une théorie kardeciste apparaît en pleine lumière ! Oui, l'étude du « spiritisme koranique » — soit dit à défaut d'une définition meilleure, — serait passionnante, st l'on y situait au centre, un Mahomet médium. Nous l'aborderons peut être un jour, en nous souvenant de cette phrase du D' Mar. darus : {Le Koran, Fasquelle, éditeur, 1926), qui corrobore pleinement notre intuition sur les « dons » du fondateur de l'Islam : « La transmission de la parole d’Allah au Prophète, la « descente » des versets, Jui fut faîte au fur et à mesure de son anostolat. Non point directement comme au Moïse sinaïste. Elle lui fut « souffiée » par un intermédiaire, par un Messager, le plus mystérieux À la fois et le plus illustre des intermédiaires dont fasse mention l'histoire des religions .

RAMON LULL ALCHIMISTE

On a pu remarquer que nous avons accepté de tenir compte du « doute historique », dans l'épisode relatif au séjour du Docteur Illuminé chez le roi d'Angleterre, pour ce qui a trait à la fabrication de l'or, par notre héros, à la Tour de Londres. Cette réserve courtoise s’imposait à notre probité de biographe. En effet, nombre d'auteurs approchant de près ou de loin l’Eglise romaine protestent avec force, dans tout le cours de la littérature lulliste, contre l’hypothèse que le croisé errant fut alchimiste. Au temps présent, les écrivains qui ont étudié le personnage, en Espagne et en France, s'aCCOr- -dent généralement pour affirmer que si Lull s’occupa du « grand art », ce fut pour en rire et le déconseiller. Les uns et les autres .se disent autorisés à émettre -une telle opinion par le fait que, ça et. là, . dans son œuvre, l’ardent polygraphe chrétien paraît tenir en médiocre estime les ‘utopistes de la transmutation.

Quoi qu'il en soit, au pays même de Don Ramén, il ne fait pas bon avancer que l’ex-Majordome des Baléares prit au sérieux les ‘pratiques de son ami l’alchimiste Arnaud de Villeneuve. [nous : souvient d’avoir abordé la question, à Palma même,

près d’un savant ecclésiastique, particulièrement spécialisé sur le « problème Lull » où il reste encore bien des inconnues à élucider. Touchant le chapitre précis de l’alchimie, nous reçûmes de notre interlocuteur l’assurance formelle que Îa recherche de l'or n’entraîna jamais l’illustre et pieux Palmasan sur les traces de Roger Bacon et d'Albert le grand.

On pourrait donc penser qu’il eût été opportun, en ce livre, de « glisser » sur l’épisode londonien, plutôt que de lui donner le développement, même réticent, qu'on lui voit. Néanmoins, nous croyons que cette partie de notre œuvre est, dans sa proportion et son détail, précisément ce qu’elle devait être, car si la thèse d’un Luil faiseur d’or a ses adver. saires, elle a aussi ses partisans. Le fait est, par ailleurs avéré que, pour une raison ou pour une autre, le Docteur fut retenu près du roi anglais, et quelque peu par violence. Il est hors de doute que le prince demanda à son hôte de lui procurer des ressources par son « art »; à dire vrai, il en avait alors un besoin extrême.

Mais il y a mieux. Aux écrits qui attestent le dédain de Lull pour l’alchimie, on n’est pas embarrassé d’en opposer d’autres et qui s’appuient sur des références à ne pas écarter sans considération. Parmi l’un des plus récents ouvrages dont nous parlons, figure celui qui fut publié, À Palma, en 1801, et en deux volumes, par la Société archéologique lullienne. On trouvera cette publication à la Bibliothèque Nationale, sur la cote « Oo, 1214 ». 11 s’agit de la « Vida del Beato Raymundo Lulio, martir y doctor iluminado » et l’auteur en est le Rev. Père D. Antonio Raymundo Pascual, moine cistercien.

Où ce cistercien a-t-il recueilli. les docuinents

RAMON LULL ALCHIMISTE 399

mme

dont il fait état ? Les a-t-il bien lus ? Est-il pleinement assuré qu’ils traitent tous d’alchimie ? Autant de nuances dont nous voulons épargner l’examen au lecteur. Pas davantage, nous ne nous aviserons de considérer si ce religieux a cherché, ou non, à grandir ou à diminuer la figure du Docteur. Nous ne faisons point là une insinuation calomnieuse. Nous nous garderons d’y insister. Mais l’historien a parfois d'assez pénibles devoirs lorsqu'il veut respecter toute la vérité. C’est un fait que les Franciscains, — auxquels était lié Ramôén Lull, — ont : eu à souffrir cruellement dans leur vénération lullienne, vexations provenant d’un autre Ordre, dont certains frères se portèrent à des excès fâcheux, jusque sur le sommet de la Randa. Eull mort, et ceux qui l’estimaient ayant voulu ajouter à sa gloire de martyr, il se trouva qu’à Rome même, autour des Papes, telles oppositions de « réguliers » concoururent à rendre suspectes maintes pages de l’Illuminé (1).

Il n’y a donc rien d’invraisemblable à flairer, de prime abord, dans le document que nous allons exposer, l’une de ces perfidies dont ne sont pas exempts les plus fidèles serviteurs de Dieu. Mais, à l’examen du livre composé par le Rev. P. D. A. KR. Pascual, on découvre bien vite, tout à son honneur, que l’auteur est de parfaite bonne foi, et que, par son œuvre, il veut seulement léguer aux temps un magnifique exemple de vertus apostoliques. Ainsi la méfiance de l’historien n’a-t-elle plus à s’exercer et, par voie de conséquence, sommes-nous

(1) Nous avons vu qe Luil fut même très Aprement desservi à Rome, en son temps vivant.

tenu de faire, dans notre ouvrage, une place à la liste des œuvres d’alchimie que le P. R. Pascual attribue à Lull, en prenant, pour lui-même, la garantie de dire que cette nomenclature fut d’abord dressée par. Alfonso de Proaza, lulliste :

Page 1