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‘Combien, à cette époque, dit-il, un ouvrage élénentaire sur la constitution fût venu à ropos ! Qu'il eût sauvé d’écarts ! Qu'il eût rendu de services ! Je le savais ; j'en avais tous les jours la preuve dans mes conversations avec ceux que les affaires, le hasard ou le goût me faisaient rencontrer. Je soupirais après le moment qui nous mettrait en possession - d’un pareil ouvrage...., lorsque, l’hiver dernier, un monsieur nous l'annonça dans la Bibliothèque Cana :enne.
‘ J'étais heureux ; je touchais au moment de voir mes vœux accomplis. Plein de cet espoir, j'attendais l’ouvrage avec impatience, lorsqu'enfin il arriva. Je l’ouvre avec hâte.... je lis.... Quelle ébauche informe ! Elle fut loin de répondre à mon attente. Je n’y trouvai rien de ce que je cherchais, maïs, en revanche, beaucoup de notions étranges, nouvelles, erronées: tout, jusqu’au début, m’y parut extrêmement singulier.
“ Je ne pus voir à quelle fin l’auteur introduit son sujet par nous apprendre, qu'avant la Révolution, la France avait une constitution ; et cela, sans le soupçonner, car les Français se trouvèrent bien embarrassés quand il leur fallut définir ce que c'était que leur constitution. Avoir
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une constitution, et ne pas le savoir, et n'être pas en. état d’en donner une définition, voilà quelque chose d’étrange | ”
Il n’est pas sans intérêt de remarquer si que le Dr Labrie s'accorde ici parfaite- di ment avec M. Thiers. Voici ce que dit le Li grand historien de la Révolution :
‘“ L'objet de la convocation de l’assemblée constituante était la réforme de l’Etat, c’est-à-dire, l'établissement d’une constitution, dont la France manquait, mal-: |
gré tout ce que l’on a pu dire. Si l’on | appelle ainsi toute espèce de rapports entre ne les gouvernés et le gouvernement, sans | ER doute la Ffance possédait unel constitution ; un roi avait commandé, et des sujets | obéi....., Mais il n’y avait aucune loi | qui assurât la responsabilité des agents & 4 du pouvoir, la liberté de la presse, la liberté individuelle, toutes les garanties enfin qui, dans l'état social, remplacent la fiction de la liberté naturelle. ” (1) Le Dr Labrie continue avec une fine | ironie : a
(1) Histoire de la Révolution française, t. 1, p on
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i Jo ne fus pas moins surpris, scandalisé même, de voir un peu plus loin ce génie créateur de constitutions singulières avancer hardiment que la Grande Charte n’offre aucune trace de la constitution britannique.
Jusqu'à lui, on avait toujours cru qu’elle ‘en formait la base, et que, pour lamener à perfection, on n'avait eu besoin que.
d’expliquer et de développer, en les étendant, dans des lois subséquentes, les grands principes qui y sont énoncés ; c’est au moins le jugement qu’en ont porté MM. Hume, Blackstone, DeLolme et plusieurs autres bons écrivains. Mais grâce aux grandes découvertes de M. C. D’E,, tous ces hommes vont perdre leur réputation usurpée ; car, d’après lui, ce n’est qu’au détrônement de Jacques II qu'il faut rapporter l’origine de la constitution britannique. Quelle agréable nouvelle !
quelle utile esquisse ! Combien en faudrait-il de semblables pour nous conduire à la connaissance de nos droits ? ”
Vers la fin de l'introduction, la plume de l'auteur chañge d’allure, et devient presque lyrique. Il s’agit de la guerre de 1812 et de notre excellent gouverneur, sir Georges Prévost : (1)
(1) Il était d’origine suisse, comme Haldi-
LE DR JACQUES LABRIE ‘Yi
‘4 Le ouerre avec les Etats-Unis, dit-il, vint réunir tous les esprits vers un même but , celui de la défense commune, à laquelle chacun se porta avec une ardeur qui confondit nos injustes calomniateurs.
Encore une fois la vérité l’emporta sur le mensonge ; elle passa l’océan ; et, mieux informé, le rnonarque nous remercia de lui avoir conservé ce pays, superbe et pré:
cieux joyau de sa triple couronne.
‘“ Après ce glorieux témoignage, il semblait juste d'espérer qu'aucun nuage n’obscurcirait de nouveau notre horizon politique. L’estime mutuelle et l’harmonie parfaite devaient naturellement faire le partage de toutes les clasces des sujets de Sa Majesté en cette province.
Mais, Ô fragilité des calculs humains | A peine la paix avait-elle réconcilié les deux nations, à peine nos guerriers avaient-ils revu leurs foyers domestiques, que la calomnie renaissant de ses défaites, vint répandre son poison subtil sur
mand, mais n'avait pas le même caractère, J'ai vu, à Lausanne, une rue qui porte le nom de Haldimand ;.j’eusse préféré y rencontrer quelque souvenir de sir Georges Prévost.
les discours et les intentions de ces mêmes patriotes dont le sang venait de couler pour le monarque et pour la patrie !
‘ Pour mieux assurer son succès, elle osa même attaquer e général qui avait dirigé les coups de leur bonne volonté et de leur bravoure ; et, ce qu’il y a de plus étrange, ce que la postérité pourra difficilement croire, c'est que celui qui avait conservé cette terre à l'empire, celui auquel
+ôus les Canadiens décernaient une cou-
ronne civique, se vit réduit, comme un vil coupable, à supporter les fatigues d’une route longue et pénible, pour aller se justifier de méconduite, quand, dans nos cœurs, nous lui dressions des arcs de triomphe. ”
Le Précis historique de la constitution anglaise débute par une page magistrale, vraiment digne d’Augustin Thierry :
‘ Peu de royaumes, dit le Dr Labrie, ont éprouvé les commotions fréquentes et terribles qui ont agité l'Angleterre, depuis qu’abandonnée à elle-même par les Romains, elle devint la proie des hordes guerrières que vomirent contre elle les parties septentrionales de l'Europe. Presque tou-
jours en lutte avec la France, contre la-
quelle elle éprouva des fortunes diverses,
elle eut encore le malheur de se voir déchirer le sein, d’abord par la rivalité des maisons d’York et de Lancastre, pour la possession de la couronne, puis par les dissensions qu’enfantèrent,sous les Tudors, la réforme religieuse, et, sous les Stuarts, le besoin &t la recherche de la liberté par le tiers état.
‘ On s'étonne qu'après tant de massacres et tant de sang répandu, qu'après les revers essuyés tant au dehors qu’au dedans des limites que lui a assignées la nature,..... -elle ait pu guérir ses plaies, et renaître, pour ainsi dire, de ses ruines, plus fraîche et plus puissante qu’elle n’était avant ses malheurs. A quoi faut-il attribuer ce phénomène singulier ? Seraitce à la plus grande perfection de ses habitants ? La Providence les a-t-elle doués de plus de prudence, de sagesse et de raison que n’en ont les peuples qui les avoisinent ? C’est un compliment que nous n'’oserions hasarder : et tout avantageuse que soit l'opinion que nous devrions avoir des Anglais, comme nation, 1l n’en faut pas moins admettre que l’histoire nous les montre sujets, comme les autres peuples, aux infirmités et aux passions humaines qui tendent continuellemeñt à saper les
institutions politiques, même celles qui fous semblent reposer sur les bases les plus solides.
‘# Nous préférons ne. avec plusieurs écrivains illustres, regarder la grande puissance de l Angleterre comme le résultat de l’influence qu’a eue sur ses*destinées la nature particulière de sa constitution, de cette belle fabrique politique, où tout, jusqu'à son origine, a de quoi nourrir la curiosité et commander le respect et l’admiration de l’observateur ......
Puis il fait l’historique de cette constitution ; et, dans le cours de son récit, caractérise par quelques mots bien frappés, chacun des règnes des différents souverains anglais, entre autres ceux d’'Edouard ler, de Charles Ier, de Charles II et de Jacques IT :
‘ Edouard Ier, dit-il, fut su des rois d'Angleterre qui le premier chercha à s’étayer de l'influence que pourraient lui donner, dans la grande assemblée de la nation, les lumières et les richesses du peuple...... Il chargea les shérifs des bourgs et des villes des différents comtés, de les prier de se choisir des représentants et de les envoyer prendre place aù parle-
ment, en 1295. C'est à cette date qu’il faut rapportor l’origine légale de la Chambre des Communes. ....
‘ Charles Ier finit pas recevoir sur l’6chafaud |: punition de l’aveugle entêtement qui Pempêcha de se mettre au niveau des temps et de se conformer aux désirs de ses peuples......(1)
* Gâté par les appas et par l'usage immodéré des plaisirs, Charles IT négligea les affaires, ou y apporta des prétentions qui lui aliénèrent ses peuples et préparèrent la chute entière de sa race dans la personne de Jacques II.
“Ne pouvant se résoudre à se contenter des pouvoirs constitutionnels auxquels on voulait le restreindre, ce monarque, plus dévot qu'habile, prit le parti peu glorieux de laisser furtivement ses états, et de se retirer sur le continent, où il n .arda pas à apprendre que, prenant sa fuite pour
une abdication volontaire du trône, ses
(1) ‘‘ Lorsque Charles ler eut péri, victime de l’effrayante responsabilité à laquelle le pouvoir royal s'était soumis en devenant universel et sans contrôle, et en se présentant seul en face : de toutes les haines produites par des siècles. d’oppression.,.. ”’ (Oeuvres d’ Augustin Thierry, t. III, p, 404),
sujets lui avaient donné un successeur dans la personne de Guillaume de Hollande. ”
Je ne veux pas abuser des citations, et ne ferai plus qu’un court extrait des Observations du Dr Labrie sur la constitution du Bas-Canada telle que créée par l'acte impérial de 1791. L'auteur met en regard cette constitution et la constitution anglaise, et trouve que le principal défaut de la nôtre est dans la composition vicieuse de notre conseil législatif :
‘“ Qu’attendre, dit-il, d’un corps anormal et antipathique aux principes de la constitution britannique, dans lequel le roi appelle à vie qui bon lui semble, sans exiger souvent d'autre qualification que celle d’avoir su plaire à un gouverneur en le flattant ? Qu'attendre d’une chambre que l’on peut remplir d'hommes qui ne tiennent au pays ni par l'étendue de leurs propriétés, n1 par l’éclat de services rendus, encore moins par l'illustration d’un nom ancien ou par aucun autre genre d'influence personnelle ? ”
Puis il ajoute :
“ Noùs n’avons donc point une constitution modelée sur celle de l'Angleterre.
La
LE DR JACQUES LABRIE y à d
Elle n’est point propre à faire notre bonheur, comme celle d'Angleterre fait celui des Anglais : ce n’est, au contraire, qu’un simulacre de constitution, où deux des colonnes agissant dans le même sens deviennent trop fortes et trop pesantes pour la troisième. L'édifice doit donc s’écrouler tôt ou tard, à moins qu’alarmée du malheur qui nous menace, la métropole, à laquelle nous devons demander le remède à nos maux, ne vienne à notre secours, et ne rétablisse l'équilibre, en corrigeant ce que le second état a de défectueux dans sa composition ...... De toutes manières, elle devra prohiber, sous les peines les plus rigoureuses, l'alliance inconstit:+onnelle des conseils exécutif et lémisiauif.” Le Dr Lebri: nous montre ensuite la constitution du Bas-Canada fonctionnant d’une manière plus ou moins heureuse - pour les Canadiens, suivant le caractère des différents gouverneurs :
‘ Quand le bien se fait, dit-il, c’est parce que les gouverneurs le veulent ; et pour l effectuer, ils n’ont besoin que de se ranger du côté de la constitution. Le contraire arrive-t-il ? La marche des affaires “est-elle interrompue ? C’est qu’ils se sont unis au conseil contre la chambre, c’est
que la constitution est lésée : etelle n’est lésée que parce qu’elle porte dans son sein les éléments de cette lésion, savoir, la composition vicieuse de l’une de ses parties constituantes . ...
Pliable au désir des gouverneurs, qui le composent et l’entretiennent pour être l'organe de leurs ‘volontés, le conseil suit leur dictée et se porte au bien avec la chambre, lorsque le gouverneur y est luimême enclin ; et alors, les trois branches étant d'accord, la constitution a son plein effet.
“ Mais le gouverneur est-il méchant, peu instruit ? ou, homme faible, prête-t-il une oreille docile aux conseils des ambitieux et des calomniateurs, il en est tout de suite obsédé, il tombé dans leurs vues, et avec lui l’officieux conseil : tous deux alors s'unissent contre la chambre, qui, forte et vigoureusement constituée, oppose une noble résistance, garantit ses constituants de mauvaises lois, mais ne peut faire le bien ni apporter de remède efficace aux nombreux abus qui résultent de lunion des deux autres branches...... ”
* * * Le gouverneur qui était, à cette époque, à la tête de l’administration canadienne
était le comte de Dalhousie (1) ; et l’on venait d’avoir un exemple frappant du vice radical de la constitution de 1791, surtout lorsqu'elle était appliquée par un gouverneur jaloux de l'usage strict de son droit légal. L’'incident eut lieu à l’occasion de la question des subsides.
Aujourd’hui que nous jouissons du vrai régime constitutionnel, dans sa forme authentique, le gouvernement responsable, il semble si naturel que le parlement ait le contrôle absolu de tous les revenus publics, que nous pouvons difficilement nous figurer le contraire. Les ministres ne peuvent dépenser un seul denier de ces revenus, sans l’assentiment de la chambre.
Tout impôt ressortit À la chambre ; toute :
dépense doit aussi y ressortir (2) : et si les
(1) Gouverneur du Canada de 1820 à 1828.
(2) Il y a longtemps que cette maxime : le peuple a droit d’être consulté sur l'emploi des deniers publics, est en vigueur. Lorsque Guillaume le Conquérant forma le projet de descendre en Angleterre pour l’assujétir à sa couronne, il réunit les hauts seigneurs de Normandie (1066), parmi lesquels était son frère
ministres violent cette loi, de/enue élémentaire, ils s’exposent à perdre la confiance de la chambre, et par là même le pouvoir, car les deux choses sont corrélatives. Les ministres sont responsables au peuple, représenté par ses députés : si le peuple leur retire sa confiance, le gouverneur en choisit d’autres. La personne et l’autorité du gouverneur lui-même ne sont jamais en cause.
Il n’en était pas de même du temps du Dr Labrie. L’exécutif était tout à fait indépendant de la chambre d’assemblée, où il n’avait pas même un seul représentant.(1)
utérin, l’évêque de Bayeux, et leur demanda
leur avis. Ils lui promirent leur appui. ‘‘ Mais ce n’est pas tout, lui dirent-ils ; il vous faut demander aide et conseil à la généralité des habitants de ce pays ; car il est de droit que qui paie la dépense soit appelé à la consentir.”’(Histoire de la conquête de l'Angleterre par les Normands, Augustin Thierry, t. I, p. 175).
(1) Le gouverneur transmettait ses messages à la chambre par son secrétaire. M. Philippe Panet, député de Montmorency, fat appelé à l'exécutif, durant la session du 15 novembre 1831 au 25 février 1882 : c'était le premier ministre-
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Les ministres, nommés par le gouverneur, ne dépendaïent que de lui ; et par suite c’est lui aussi que le peuple tenait responsable de leurs actes. La plupart siégeaient dans ce conseil législatif, dont le Dr Labrie a fait un tableau si vrai, et qui n’était pas moins impopulaire que l'exécutif.
La chambre avait-elle, du moins, quelque moyen de contrôler efficacement les actes de l’administration ? Aucun. Elle pouvait bien diminuer les impôts, restreindre la dépense : c'est le pays, alors, qui en souffrait. Mais 1l y avait une partie du revenu public dont la couronne prétendait avoir la jouissance, en vertu de l'acte impérial de 1774 ; et, de fait, le gouverneur du Canada en disposait absolument : il se payait à même ce revenu, ainsi que les ministres et ‘us les principaux fonctionnaires publics.
C’est de cette partie du revenu public que la chambre ne cessait de revendiquer
député. C’est lui qui fut ensuite à la chambre l'organe du gouvernement. (History of Lower Canada, Christie, t. III, p. 885).
le contrôle : et elle le fit surtout d’une manière énergique, au printemps de 1827.
Dalhousie lui ayant soumis les comptes publics et le budget sous une forme qui impliquaïit la reconnaissance de ce prétendu droït de la couronne :
# Cette chambre, répondit-elle, ne reconnaît et ne sanctionne aucun paiement,
fait à même le revenu publie de la pro-
vince, qui n’a pas été ordonné par un acte de la législature, ou fait suivant ses désirs. Elle n’en demeure pas moins disposée à accorder les ubsides pour l’année courante, pourvu que ce soit dans la forme suivie en 1825. Mais dans l’état où ils lui sont soumis maintenant, elle ne peut les voter. (1) ”
Irrité de ce refus, Dalhousie adresse aux députés de vifs reproches et proroge les chambres, puis, quelques mois après, dissout le parlement, et en appelle au peuple.
Les élections se firent en juillet. L’excitation populaire était à son comble. Par-
tout se tenaient des assemblées pour dlis-
cuter la conduite du gouverneur, ap-
(1) History of Lower Canada, t, III, p. 125.
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prouver celle de la chambre, et soutenir les droits du peuple.
Unie fois lancé dans la voie de l’arbitraire, on ne sait plus où s'arrêter. Au lieu de chercher à apaiser les esprits, Dalhousie les irrite davantage. La chambre, prorogée inopinément, a laissé plusieurs lois à l’état de projet : elle n’a pas eu le temps de renouveler la loi de milice qui vient d’expirer. Le gouverneur en profite pour fessusciter- de vieilles ordonnances qui remontent à quelques années avant la constitution de 1791, ordonnances impopulaires, qui obligent tout citoyen de quinze à soixante ans de s’enrôler et de passer en revue à des époques déterminées.
Puis il enjoint aux officiers de milice de fixer le jour où leurs compagnies devroui se réunir.
On l’mforme que beaucoup d'officiers subaïternes, usant de leurs droits de citoyens, ont pris part aux assemblées où l’on a discuté et réprouvé sa conduite. Il ordonne aussitôt qu'ils soient Gestitués de leurs charges ; et cet ordre odieux est exé-
| cuté sans merci. C’est ainsi. que le Dr | Labrie, chirurgien du premier bataillon h du comté d’York, les deux Mondelet, | Louis Bourdages, Vallières de Saint-Réal, Louis-Joseph Papineau, Louis-Michel Vi-
| ger, et un grand nombre d’autres, se
| voient subitement dégradés et réduits au
| rang de simples miliciens,
| Le cas du Dr Labrie était particulièreil ment intéressant. Son officier supérieur, ei le lieutenant-colonel Dumont, qui Pavait | | dénoncé ‘ comme encourageant des assemfl blées publiques qui tendaient à exciter a le mécontentement du peuple, ” était le
député même du comté. Il reçut la récom-
RS
pense ordinaire des délateurs, à savoir beaucoup d’éloges et de remerciements Ni de la part de l’autorité civile. (1) Mais nn (1) ‘ The adjutant-general of militia is commanded to convey to Lieut.-Col. Dumont, of
the 1st battalion of the county of York, the
| thanks of the governor-in-chief for the notice he has taken, and the report Ewhich he has with great propriety made, of the conduct of certain | | , officers under his command, in encouraging and
le peuple lui voua son mépris.
Avec son ancien ‘ collègue, Simpson, partisan comme lui de l’administration, il briguait de nouveau les suffrages des électeurs du comté d’York : le Dr Labrie et M. Jean-Baptiste Lefebvre (1) étaient les candidats du parti populaire. La lutte, très vive dans tout le pays, le fut spéciale-
taking part in public meetings, tending to excite the people to discontent. This instance of his loyal and faithful performance of his duty to his king and country, merits the entire approbation of his excellency. ?”’ (History of Lower Canada, t. III, p. 154).
(1) M. Lefebvre périt, deux ans plus tard, d’une manière tragique : ‘‘ Le 8 août 1829,.J.- Bte Lefebvre, écuyer, M. P., M. Chénier, son oncle, M. et Mlle Sarrault, tous de Vaudreuil, se sont noyés en descendant les rapides de Lachine dans un bateau. Les corps ont été retrouvés depuis, en différents endroits, et transportés à Vaudreuil, pour y être inhumés. Cet aceident déplorable doit être un avis à ceux qui préfèrent la route du fleuve à celle Au canal Lachine, de ne pas s’y en.barquer sans 8’être pourvus de guides sûrs et expérimentés, ” (Bibliothèque Canadienne, t IX, p. 84).
ment dans le comté d’York : il y eut des rixes à Saint-Eustache. (1) a le parti populaire triompha.
L'assemblée législative est rod dans l’automne, le 20 novembre. L'ancien orateur, M. Papineau, est réélu. Le gouverneur, mécontent de ce choix, proroge de nouveau le parlement.
C’est dans ces circonstances que le Dr Läbrie publia son opuscule sur la consti-
. tution britannique : il ne pouvait venir plus à propos, et comme il était écrit avec
autant de modération que de compétence, il dut produire un heureux effet.
“ * Le parlement, prorogé inopinément par lord Dalhousie le 23 novembre 1827, ne fut
convoqué que le 21 novembre de l’année
suivante, par son successeur sir James Kempt. Le pays resta donc sans subsides, sans législation, sans véritable gouverne-
ment constitutionnel, à partir du 7 mars
1827 jusqu'au 21 novembre 1828, c’est-àdire plus de vingt mois. ‘ (1) Histoire du Canada, Garneau, t. III, p. 261,
Dans l'intervalle, les députés canadiens ne demeurèrent pas inactifs : -l’opinion populaire fut fortement remuée, et l'on signa de nombreuses pétitions au parlement anglais pour exposer tous les griefs des Canadiens contre l’administration de lord Dalhousie. L'une de ces pétitions portait 87,000 signatures. (1) Dans le mois de février 1828, MM. Denis-Benjamin Viger, Neiïlson et Cuvillier furent députés à Londres pour porter ces pétitions, et les appuyer auprès du gouvernement englais.
Le Dr Labrie dut se réjouir, lorsqu'il vit les intérêts canadiens confiés à ces trois
(1) Il n’y avait que 9,000 vraies signatures : le reste était des croix, Le ministre des colonies, M. Huskisson, profita de ce fait pour juger défavorablement l’état de l’éducation en Canada. (History of Lower Canada, t. III, p. 176). Le jugement ne semble pas juste. Les 9,000 signaturés ne représentaient pas la proportion de ceux qui auraient pu signer leur nom. On sait, en effet, que dans ces circonstances, un très grand nombre de personnes qui pourraient absolument signer, ne veulent pas s’en donner la peine, et se contentent de permettre qu’on appose leur nom.
hommes distingués, à son ami Viger, surtout, dont il connaissait la haute sagesse De fäiË,- leur mission fut couronnée d’un grand succès, La chambre dés communes nomma un comité spécial de vingt et un membres (1) pour s'occuper des pétitions des Canadiens, et ce comité fit un rapport qui nous fut très favorable. Jamais peutêtre dispositions plus conciliantes ne fleurirent au sein d’une puissante métropole à l'égard d’une colonie de race étrangère.
La chambre d’assemblée du Bas-Canada le reconnut solennellement quelques mois plus tard.
“Ce comité, dit-ells, faisant preuve de talent et de patriotisme d’une manière frappante, et joignant la science générale du droit public et constitutionnel à une
connaissance particulière de la situation des deux Canadas, a formellement approu-
(1) y a deux noms, surtout, qui méritent dé n’être jamais oubliés : Sir James Macintosh et Henri Labouchère. La chambre d’assemblée leur vota des remerciements pour l'intelligence et l’habileté avec pp ils soutinrent les droits politiquesles"Canadiens-français,
RU
, à es 4
vé presque toutes les réformes que sollicitaient le peuple canadien et ses députés, et qu'ils réclament encore de toutes leurs forces.” (1)
Voici quelques lignes, seulement, du rapport de ce comité de la chambre des communes :
‘Le comité ne peut exprimer avec trop d'énergie son opinion, que les Canadiens d’origine française ne devraient, en aucune manière, être troublés dans la jouissance paisible de leur religion, de leurs lois, et de tous leurs privilèges, ces privilèges leur ayant été assurés par les actes du parlement impérial . .
‘“ Quoique, d’après l'opinion des jurisconsultes de la couronne, votre comité doive reconnaître que la couronne a légalement le droit de s'approprier les revenus établis par l’acte de 1774, néanmoins il n'hésite pas à déclarer qu’il serait plus conforme aux intérêts réels de la province, de mettre sous le contrôle de la chambre d’assemblée la recette et la dépense de tout le revenu public...
‘ Votre comité est aussi d'opinion que si les assemblées législatives et l'exécutif
(1) History of Lower Canada, t, ILI, p. 222.
| | __ du Canada peuvent être mis sur un bon | | pes la province trouvera par elle-même
e moyen de remédier à tous les griefs de moindre importance .... (1)”
| De son côté, Dalhousie n’était pas inactif. Il continuait à destituer sans merei les officiers de milice, (2) ainsi que les juges de paix qui se montrasent peu favorables à son administration. De nombreuses poursuites étaient intentées contre les Il éditeurs de journaux qui critiquaient sa conduite. (3) Tout cela n’était pas de nature à calmer l'agitation populaire : elle était à son comble. Dans tous les principaux centres, on signait des pétitions à la chambre d’assemblée pour exposer ses plaintes et demander des réformes.
(1) History of Lower Canada, Christie, t. III, p. 184.
| (2) Il imitait en cela la conduite de l’un de | ses prédécesseurs, le gouverneur Craig, qui, en | 1808, avait retramehé de la liste des officiers de | milice M. Panet, le président de l’assemblée, | ainsi que MM. Blanchet, Bedard, Taschereau 4 | et Borgia.
(8) History of Lower Canada, t. IL, p. 168.
Ces pétitions furent soumises au parle: ment, aussitôt après sa convocation, dans l’automne de 1828. L'une d'elles venait du comté des Deux-Montagnes, et fut pré- __ sentée par le Dr Labrie: M. Christie la cite comme le modèle de toutes les autres. (1) J'en donnerai deux courts extraits qui ont rapport, au moins indirectement, au Dr Labrie : l’une regarde la destitution des officiers de milice :
“ Le comte de Dalhousie a pris sur lui de ressusciter de vieilles ordonnances, de:
puis longtemps annulées par la légisiature provinciale, exerçant ainsi un pouvoir législatif que la constitution n’accorde qu'aux trois branches du parlement...
Toujours guidé par les mêmes principes despotiques, il a destitué de leurs charges, en sa qualité de commandant en chef de ia milice, des officiers qui n’avaient pas jugé à provos de faire son éloge auprès des électeurs de la province. Nulle part ces abus de pouvoir n’ont été plus criants que dans le conité d’York, où l’on a vu dé
très dignes citoyens, occupant, à la grande satisfaction des habitants, des situations
(1) History of Lower Canada, t. ILE, p. 219.
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soit dans la magistrature, soit dans la milice, privés de leurs charges, parce que le lieutenant-colonel Dumont et d’autres amis de l'administration les ont malicieusement accusés de déloyauté envers la couronne. Et, cependant, ces citoyens n’ont rien fait de plus que d’exercer le droit incontestable de tout sujet anglais, de se plaindre des abus et de s'adresser au roi et au parlement pour y mettre fin. Sous des prétextes 1llégaux et frivoles, ces officiers ont été punis et outragés, ou plutôt, c’est le peuple luimême qui s’est vu outragé, car on l’a privé des services de ceux qui possédaient sa confiance, pour lui imposer d’autres personnes qu’il ne peut pas respecter, et qui, dans le cas où la milice sera réorganisée par une nouvelle loï, ne seront pas qualifiés pour la position qu'on leur a donnée. ”
Un autre passage de la pétition présentée à la chambre par le Dr Labrie, de la part du comté des Deux-Montagnes, nous révèle quelque chose des mœurs électorales de l’époque : +
« Nous ne voulons cacher, disaient les pétitionnaires, aucun des abus criants qui
sont venus à notre connaïssance, et dont.
nous avons soufféft nous-mêmes. Voici un fait que nous croyons devoir mentionner.
Aux dernières élections pour le comté:
d’York (les Deux-Montagnes), le lieutenant-colonel Dumont et John Simpson, écuyer, tous deux candidats, ont, sans aucune nécessité, sans la moindre excuse, fait prêter serment à tous les électeurs qui se sont présentés pour voter. C’est une pratique qui n’est nullement conforme à l'esprit de la loi. La loi permet sans doute de faire prêter serment, quand il y a quel-.
que doute raisonnable au sujet de la qua:
lification des électeurs. Mais n'est-ce pas.
une moquerie, que des citoyens âgés, qui ont blanchi sous le poids des ans, soient
forcés par un candidat de jurer qu'ils ont.
atteint leur vingt et unième année ? Une telle pratique ne peut être regardée que comme un abus pernicieux et une profanation de la sainteté du serment. ”
Je n’ai pas l'intention d'examiner en
détail la carrière politique du Dr Labrie.
Elle fut courte—il ne siégea en chambre que trois sessions (1) ; —mais elle fut bien
(1) La première, du 21 novembre 1828 au 14 mars 1829 ; la deuxième, du 22 janvier au 26.
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remplie, car il prit part à beaucoup d’actes de législation extrémièment importants pour l’avenir du pays, tels que la loi pour l'érection de plusieurs phares dans le golfe et dans le fleuve Saint-Laurent, afin de rendre la navigation plus sûre, et la loi pour favoriser l'ouverture de grands chemins de colonisation.
Deux causes ne pouvaient manquer d'occuper en chambre l'attention du Dr Labrie : l'intérêt et l'honneur de la profession à laquelle il appartenait, puis la cause sacrée de l'éducation. Il donna tout son concours aux lois sages qui furent présentées à ce sujet.
‘: Un de ses premiers soins, dit le Dr Tessier, fut de travailler à relever la profession, dont il était un ornement, de lé-
tat abject où elle était restée depuis la découverte du pays.... C’est au Dr Labrie
mars 1830 ; la troisième, du 27 janvier au 31 mars 1831. Il y eut, en octobre 1830, de nouvelles élections générales, occasionnées par la mort de Georges IV, et le Dr Lalbiie fut 1. «u dans son comté. Il mourut dans l’automne de
et à ses collègues médecins de la chambre d’assemblée que nous sommes redevables d’avoir enfin réussi à instituer ces tribunaux qui sont maintenant chargés de veiller à l’honneur de la profession médi-
Quant à l’éducation, une excellente loi fut présentée en chambre, en 1829, pour favoriser l’établissement d'écoles élémentaires dans tous les comtés du pays. Cette loi accordait une aide généreuse pour la construction des maisons d'école et pour le paiement des instituteurs. Elle subventionnait aussi certaines institutions établies pour l’enseignement secondaire.
‘ On accordait, dit M. Chauveau, (1) des pouvoirs assez étendus à des visiteurs qui n'étaient autres que les membres du conseil et de l'assemblée législative pour tout le comté, les curés ou ministres pour leur paroisse respective, et les plus anciens juges de paix et officiers de milice...
C'était alors, ajoute-t-il, l’âge d’or de l’instruction publique. Les mémbres du parle-
(1) L’JZnstruction publique au Canada, pp. 66 et 350, .
ment étaient eux-mêmes inspecteurs d’écoles gratuitement (1) et distribuaient des récompenses aux élèves. ?”
Non seulement le Dr Labrie prit une part importante à la préparation de cette loi d'éducation, mais une fois qu’elle fut sanctionnée par la législature, il travailla de toutes ses forces à son exécution. On le vit alors parcourir avec une activité étonnante les différentes paroisses de son comté, ouvrir des écoles, les visiter, les diriger lui-même au besoin, comme il avait fait pour l'académie de Saint-Eustache :
et tout cela avec un désintéressement parfait, se trouvant suffisamment récompensé par la joie qu’il éprouvait de voir enfin réalisé le rêve de toute sa vie, l'instruction mise à la portée du peuple et favorisée ‘ par le gouvernement du pays.
J'ai montré le député des Deux-Montagnes inaugurant sa carrière politique
(x) Ce ne fut même que dans la session de 1831 qu’ils se votèrent une indemnité parlementaire. Jusque-là les députés ne recevaient rien pour leurs services en chambre.
par la publication d’un opuscule sur la constitution britannique. Il était là, je crois, dans son véritable rôle. Je ne me le figure pas, en effet, orateur, et n’ai rien vu qui m'’autorise à croire qu’il avait le don de l’éloquence. C'était un homme d'étude, de travail ; il avait de grandes connaissances, et était très versé, surtout, dans les sciences historiques et dans le droit constitutionnel ; c'était un esprit droit, lucide, une âme généreuse, essentiellement honnête, sincèrement dévouée au bien de son pays : avec toutes ces qua- lités et ces avantages, il ne pouvait manquer d'être, en chambre, un député très utile, consulté, respecté. Mais il n’était nullement d’un tempérament à jouer un premier rôle, un rôle de chef de parti.
Si j'avais à le comparer avec quelqu'un de nos anciens chefs parlementaires, j’associerais son nom à celui de M. Denis- Benjamin Viger, dont il se rapprochait peut-être plus que personne par une admiration sincère du régime constitutionnel,
par la sagesse des vueæe et la modération dans les idées. (1)
IL était aussi très attaché à M. Papineau, et il l’appuya de toutes ses forces dans la revendication de nos droits et de nos libertés politiques ; mais M. Biïbaud nous apprend qu’il finit par se séparer de lui sur la question des subsides. (2) Ce fut, sans doute, lorsqu'il put constater, par le rapport du comité de la chambre des communes d'Angleterre, que des idées plus conciliantes à l’égard des Canadiens commençaient à prévaloir dans les conseils de la mère patrie. Quand il apprit, .
surtout, que le parlement anglais se montrait disposé à abandonner à l’assemblée législative le contrôle de tous les revenus
(1) M. Morin faisait un jour en quelques mots un bel éloge de M. Viger : ‘ Pourquoi le nom de M. Viger, disait-il, n’a-t-il pas été mentionné (pour la charge d’Orateur) ? Il est certainement le député le plus instruit dans les connaissances historiques, politiques et parlementaires, et sa vie toute entière a été consacrée à la cause du peuple. ””’ (Archives du Canada, 1883, p. 174, lettre de M. Morin à M. Hincks, Québec, 8 mai 1841).
(2) Le Panthéon Canadien.
du Bas-Canada, excepté celui des terres de la couronne, moyennant une liste civile votée pour la vie du roi, il n’hésita pas à se déclarer satisfait, parce que l’on reeon-
naissait eufin le principe pour lequel il.
avait toujours combattu.
Il n'eut pas, toutefois, occasion d’exprimer là-dessus son opinion en chambre, puisque ce ne fut que dans la session d'automne 1831 que l'assemblée législative fut appelée à voter les subsides en conformité du nouvel acte impérial, (1) qui lui accordait, à certaine condition, le contrôle des revenus de la province.
La majorité de l'assemblée resta alors avec M. Papineau, et repoussa la liste civile permanente demandée par l’Angleterre. (2) ‘ Jamais la chambre, dit M.
Garneau, n'avait fait une faute aussi grave. Déjà une influence funeste l’em-
(1) Le bill présenté aux communes par lord Howick, sous-secrétaire d’ Etat pour les colonies, et sanctionné par le roi le 21 septembre 1831.
(2) M. Viger avait été nommé quelque temps auparavant (1830) au conseil législatif, puis envoyé à Londres comme agent des Canadiens.
portait au delà . des bornes de la prudence.”” (1)
Au milieu des travaux de sa profession, auxquels s’ajoutaient ses nouveaux devoirs comme député, au milieu de ses- courses et de ses labeurs pour la cause de l'éducation, le Dr Labrie trouvait moyen de mettre la dernière main à sa grande Histoire du Canada. Ses amis et tous les Canadiens instruits, en général, l’ensageaient à se presser, et le favorisaient autant qu’il était en leur pouvoir : on le regardait comme un des meilleurs écrivains de l’époque; on avait confiance dans ses recherches consciencieuses et la rectitude de son jugement.
M. Cazeau, alors secrétaire de l’archevéché, avait poussé la bienveillance jusqu’à lui permettre d’emporter chez lui quelques documents historiques dont il avait besoin. Le docteur lui écrit un jour de Saint-Eustache :
” (1) Histoire du Canada, t. III, p. 292.
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‘“ Je profite de l’occasion de M. Rochon (1) pour vous renvoyer les papiers que vous avez eu la complaisance de me confier.... S'il arrivait que vous en eussiez découvert d’autres, qui soient de nature à m'être utiles, et que vous ne trouviez pas d’inconvénients à me les faire parvenir par le porteur, je vous aurais mille obligations. ”
Puis il ajoutait :
‘“ Vous désirez savoir si l’histoire va bien, et je dois vous dire que j'y travaille
constamment, c’est-à-dire, autant que les
circonstances peuvent me le permettre, Mais un homme qui a une profession, une famille, et des terres, et qui est de plus astreint à remplir plusieurs devoirs publics, n’a pas tout le loisir qu’il désirerait. De tout cela vous devez conclure que la besogne va telle que telle dans les mains d’un homme qui & bonne volonté, mais qui manque un peu de moyens; car il faut toujours chercher le pain avant touts" (D
Lorsque ses devoirs de député l’appelaient à Québec, il lui en coûtait, sans
(1) L’instituteur dont il a été parlé plus haut, (2) Lettre du 27 mai 1880.
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doute, de se séparer de sa famille ; mais il était heureux, aussi, de se rapprocher quelque temps du pays natal, du séminaire de Québec où il avait fait ses études, et de plusieurs de ses amis. Parmi ceux qui lui témoignaient une confiance toute particulière, était, comme on vient de le voir, M. Cazeau. L’estime et la confiance étaient réciproques. Le docteur lui écrit un jour :
‘ J'espère que le seigneur évêque (Mgr Panet) conserve sa bonne et heureuse santé, en dépit des années. (1) Puisse la Providence prolonger son existence ! Je crois qu’elle nous est bien utile.... Il s’est passé quelque chose que j'aimerais à vous conter ; mais le temps va me manquer ; il faut remettre à la première entrevue”...
Puis, toujours préoccupé de son Histoire du Canada, et des recherches historiques qui lui restaient à compléter :
‘“ Répugneriez-vous, disait-il, à m'’envoyer le volume des registres dans lequel je suis maintenant occupé, celui où se trouvent les papiers relatifs à Mgr
(1) Mgr Panet avait alors 78 ans.
VE PE, NA : SR AS 22, dus |
de Pontbriand et à Mgr Briand ? Je suis seul, et pourrai faire bien de la besogne, ce soir....Je remettrai le registre demain matin moi-même. L’an dernier, ajouteil, on me fit la même faveur.” (1)
Touchant exemple que celui de ce député intelligent et honnête, qui, loin de sa famille, consacre ses loisirs et ses veilles à compulser les archives pour écrire l’histoire de son pays |
Il ne recule devant aucun sacrifice,lorsqu’il s’agit de favoriser une entreprise littéraire ; et c’est précisément au moment où il se livre avec tant d’ardeur à ses travaux historiques, qu’il promet son concours à M. Morin pour la publication d’une grande Revue. Voici en quels termes M. Bibaud saluait cette nouvelle publication : |
‘ Le Coin du feu, journal politique, industriel, religieux et littéraire : tel est le titre d’un journal annoncé par un prospectus qui a été publié ces jours derniers, et qui doit être rédigé par MM. J. Labrie et
(1) Lettre écrite durant la session du printemps de 1831.
À.-N. Morin, déjà avantageusement connus parmi nous comme écrivalus......
Nous reproduisons quelques courts: passages de ce prospectus :
=“ Pour mettre de l’ordre dans la disposition des articles, disent les éditeurs, nous les classerons, ainsi que le titre l'indique, en quatre divisions, Pare
‘“ La politique, l’histoire, l’éducation, la critique des ouvrages qui y auront rapport feront le sujet de la première partie.
On aimera à y retrouver le souvenir de ceux de nos devanciers qui ont honoré le nom canadien, dans la guerre ou dans les conseils, ou qui se sont autrement :illustrés par leurs travaux ou leurs vertus.
‘ La deuxième partie qui traitera de l'agriculture, contiendra tout ce qui aura rapport au commerce, à l’économie domestique et à l’industrie.
‘ La troisième partie se composera de traits remarquables de l’histoire ecclésiastique du Canada, de documents qui y auront rapport, d'extraits à l'avantage des mœurs, etc. Outre les avantages qui tiennent aux idées religisuses, ie peuple canadien a
“encore celui de trouver ses souvenirs historiques alliés à sa croyance. C’est la religion qui a créé et qui conserve les mœurs patriarcates de nos honnêtes habitants ;
on la retrouve, dans tous les temps de la colonie, répandant ses bienfaits et ceux de la civilisation au milieu des peuplades sauvages et sous le chaume des premiers colons, au fond des déserts les plus reculés et dans la rustique habitation du cultivateur de nos jours. ” (1)
D’après ce prospectus si bien pensé et si bien écrit, on pouvait augurer favorablement de la revue que se proposaient de publier MM. Labrie et Morin. Je ne sais quelles circonstances les empêchèrent de mettre leur projet à exécution.
En terminant cette courte et imparfaite monographie d’un homme de bien, il me reste à dire un mot de sa vie privée, de son foyer domestique.
Il n’y avait que quelques mois qu’il était établi comme ‘ chirurgien et apothicaire ” à Saint-Eustache, lorsqu'il épousa, 1e 12 juin 1809, Marie-Marguerite Gagnier,
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(1) Bibliothèque Canadienne, t: IX, p. 141.— Le Coin du Feu devait paraître tous les trois mois, ‘‘en cahiers de 144 à 160 pages in 8vo proprement brochés.’’ Le prix était de quatre piastrés par année,