‹ Le docteur Labrie [microforme]Chapitre 6 sur 9 · F° RES · texte numérisé non relu

F° RES

“ La distribution des prix couronna ces exercices littéraires, et l’heureuse élève reçut la récompense qu’elle avait méritée, des mains de M. le juge Foucher, président de l’assemblée, qui, dans cette occasion, adressa au Dr Labrie, aux institutrices et aux écolières un compliment flatteur, que l'auditoire approuva par de longs applaudissements.

“Le soir, le Dr Labrie donna un excellent dîner à quarante personnes de ses amis. Dans le cours de la soirée, il fut prononcé plusieurs bons discours sur l’éducation dans cette province et sur les écoles de la Rivière-du-Chêne en particulier, par MM. le juge Foucher et Louis- Joseph Papineau, par M. Päquin, curé de la paroïsse, par MM. Neïlson et Louis Plamondon, de Québec, et par le Dr Labrie. ” (1)

(1) Bibliothèque Canadienne, t. III, p. 155.— Un examen semblable avait eu lieu l’année précédente (1825), et le chroniqueur qui en avait fait le récit, terminait ainsi son compte-rendu : ‘ L'examen a été suivi d’un dîner donné par le Dr Labrie à un grand nombre de ses amis, parmi lesquels se trouvaient plusieurs des parents des écolières ; et la fête s’est terminée par un feu d'artifice, et l’ascension d’un ballon qui s’est

En lisant ce récit, on ne sait ce qu'il faut le plus admirer, du progran: ‘'e d’études de cette académie, de la valeur des institutrices qu’il dénote, de la valeur des élèves elles-mêmes, ou du mérite du Dr Labrie, qui n’avait pas craint de viser à une telle hauteur en fondant cette école, et qui, pour atteindre son but, ne reculait devant aucun travail, jusqu’à préparer lui-même une Histoire et une Géographie à l'usage des élèves, jusqu’à composer des drames pour rendre ses examens plus attrayants.

Outre cette académie, il y avait encore à Saint-Eustache l’école de garçons, tenue par M. Paul Rochon, que j'ai déjà mentionnée : il y avait aussi une Æcole latine,

une espèee de collège classique, dirigée par

M. Laviolette. (1) On voit que cette pa-

élevé à plusieurs centaines de pieds ; le tout par les soins et sous la direction de M. J. Genevay.’? (Ibid, t. I, p. 123).

(1) Il y avait une autre école latine à Boucherville : elle’était tenue par M. Bardy.

nt mans ne pare con nes

roisse n’était pas mal partagée sous le rapport de l’éducation.

L'examen de l’école latine eut lieu peu de jours après celui de l'institution du Dr Labrie, et le même chroniqueur en fit le récit dans la Bibliothèque Canadienne. Je ne puis résister au plaisir de citer ici son compte-rendu, où se trouve inséré un pas:

sage d’une composition du curé Päquin.(1)

Ce passage nous donne une idée du style un peu ampoulé de l’époque : M. Pâquin se piquait de littérature :

“Les exercices littéraires de l’école latine de Saint-Eustache ont eu lieu le 5 septembre dernier, en présence d’un auditoire nombreux, composé des principaux habitants du village et des paroisses environnantes. Les élèves y ont répondu avec avantage sur les différentes branches de l’éducation classique, principalement sur les belles-lettres et la rhétorique, et ont prouvé par la facilité avec laquelle ils ont

‘traduit plusieurs auteurs latins, l’applica-

tion qu'ils avaient apportée à lé étude, ainsi que les soins qui leur avaient été

(1) M. Pâquin était natif de la DRE Des de Deschambault.

donnés par leur digne instituteur. L’élé-

gance des pièces qui ont été représentées, et surtout le naturel et la morale d’un entretien sur l’éducation, font honneur aux talents reconnus de M. Laviolette.

Nous croyons faire plaisir à nos lecteurs en leur mettant sous les yeux le passage suivant d’un entretien entre plusieurs élèves, composé pour l’occasion par M. Pàquin, curé de la paroisse :

“Si un habile jardinier fait d’une terre sans culture et hérissée d’épines un jardin délicieux, où règne une éternelle fraîcheur, sous l’ombre des arbres plantés par ses soins, où les fleurs naissent et se reproduisent sous mille formes différentes, sur un fond artistement préparé, où enfin les fruits de l’automne enchérissent sur ceux des autres saisons, mérite l’estime et la récompense de son maître ; si le statuaire qui sait tirer par son art, d'un bloc de marbre, les traits, les formes et l’image d’un homme célèbre, d'un ami, d’un bienfaiteur, est digne d'estime et de récompense: que ne mérite pas le précepteur de la jeunesse, qui travaille sur un fond autrement riche et fertile, et capable, comme dit Rollin, de productions immortelles, et dignes de l'attention du Roi de

de la nature ! ” (1)

M. Pâquin était un ami zélé de l’éducation. Il encourageait de toutes ses forces l’académie de filles fondée dans sa paroisse. Mais il avait prévu le jour où cette institution s’éteindrait nécessairement avec celui qui l'avait établie; et lorsque le Dr Labrie mourut, un magnifique couvent s'élevait à Saïint-Eustache pour la remplacer. (2)

Le curé et le docteur, rapprochés par le même zèle pour l'instruction du peuple, étaient aussi liés par le même goût pour les travaux littéraires et les recherches historiques. ‘“ Le premier, dit le Dr Meil-

(1) Bibliothèque Canadienne, t. III, p. 196.

(2) ‘‘ La pierre nécessaire pour la bâtisse de * cette maison d'éducation, dit le Dr Meilleur, fut amenée par corvée sur les lieux, en décembre de l’année 1828, et j’ai eu le plaisir d’y prendre part, pendant toute une semaine, en conduisant ma propre voiture. Les principaux habitants du village de Saint-Eustache en firent autant, ayant à leur tête leur digne curé. ?

(Mémorial de l’ Education, p. 196.)

leur, écrivit une histoire de l'Eglise de notre pays ; l’autre, comme nous l’avons vu, composa une histoire complète du Canada : et malheureusement tous les deux moururent avant d’avoir publié leur travail. Par une coïncidence encore plus fàcheuse, les manuscrits de l’un et de l’autre devinrent la proie des flammes : celui du Dr Labrie, durant les troubles de 1838; celui de M. Pâquin, en 1852, lors de l’incendie de l’évêché de Montréal, où ce travail avait été déposé après la mort de l’auteur. ”

Médecin, juge de paix, instituteur, ou plutôt directeur de maisons d’éducation, le Dr Labrie était encore ‘ chirurgien du second bataillon de la milice d'élite et incorporée.” (1) “Il était, dit le Dr Meilleur, pendant la guerre de 1812 avec les Etats- Unis, le médecin du second bataillon de milice incorporée, et il remplissait les de-

(1) C’est ainsi qu'il est désigné dans l’acte de baptême de l’un de ses enfants. (Registres de Saint- Eustache pour 1813).

voirs de sa charge toujours avec empressement, habileté et charité. ” (1)

La confiance de ses compatriotes lui imposa de nouvelles fonctions. On le pria, en 1827, de se porter candidat pour représenter le comté des Deux-Montagnes(alors comté d’York) à la chambre d’assemblée.

Il céda aux instances de ses amis, et fut élu.

C’est l’année même de son entrée en.

parlement qu’il publia, à Montréal, son opuscule sur la constitution britannique, le seul ouvrage vraiment authentique que nous ayons de lui, et signé de son nom.

Parmi les articles du Courrier de Québec et de la Bibliothèque Canadienne, il y en a sans doute un grand nombre qui sont sortis de sa plume (2) ; mais comme ils n’ont pas de nom d’auteur, on ne peut les lui attribuer que d’une manière plus ou moins probable.

(1) Mémorial de l’ Education, p. 194.

(2) Dans le Panthéon Canadien, M. Bibaud signale ‘‘ les fragments précieux qu’il a fournis à.la Bibliothèque Canadienne, sur les premiè-

res années de la domination anglaise. ??

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Le titre de l’opuscule est très long, tel qu’on les écrivait généralement à cette époque : Les premiers rudiments de la constitution britannique,traduits de l'anglais de M. Brooke ; précédés d’un Précis historique ; el suivis d’Observations sur la Constitution du Bas-Canada, pour en donner l’histoire et en indiquer les principaux vices, avec un ‘aperçu de quelques-uns des moyens probables d'y remédier. Ouvrage utile à toutes sortes de personnes, et principalement destiné à l'instruction politique de la jeunesse canadienne, par Jacques Labrie, M.

P. P.—Montréal, chez James Lane, 29, rue Saint-Paul, 1827.

L’'instruction politique de ‘la jeunesse canadienne ! Comme le Dr Labrie comprenait bien les besoins de son temps | Comme cet homme était en avant de son siècle |

L’esquisse de la constitution britannique, elle-même, n'est qu’une traduction de l’anglais de M. Brooke, mais une traduetion bien faite, qui montre que l’auteur pos-

sédait parfaitement la langue anglaise : il É

s’y était perfectionné, sans doute, durant son séjour à Edimbourg. (1)

Chose singulière, cette esquisse est tirée d’un roman (2) de M. Brooke, intitulé The Fool of Quality. Dans cet ouvrage, où - l’utile est joint à l’agréable, dit Labrie, le pinceau ferme et vigoureux du sensible Brooke, dont toutes les productions respirent la pius sublime morale, le saint amour de la patrie, le dévouement à la cause sacrée de l'humanité et de la liber-

(1) L’'anglais était enseigné dans les collèges et dans les écoles de tous les villages importants. Il y avait depuis longtemps une école anglai-e à Québec. ‘‘L'évêque Hubert (1788-97) a soutenu durant plusicurs années, à ses propres frais, une école anglaise, où lesjeunes gens étaient instruits gratis. ?” (Courrier de Québec, t. III, p. 119). |

(2) Que sont les romans de Walter Scott, sinon de magnifiques tableaux historiques ?

Celui d’Ivanhoe, par exemple, nous présente d’une manière admirable le grand drame de la onquête de l’Angleterre par les Normands et ses terribles conséquences pour la race anglosaxonne qu'ils subjuguèrent.

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té, donne à la jeunesse une esquisse courte mais parfaite de la Constitution ....”

Brooke traïte d’abord du Roi, puis de:

l’Aristocratie ou second état, ensuite du T iers état ou branche démocratique, puis enfin des Trois états réunis en parlement.

Tout cela est renfermé dans une quinzaine de pages.-

Mais cette esquisse est précédée d’un magnifique résumé de toute l’histoire politique de l'Angleterre depuis l’époque de la domination romaine jusqu’à Guillaume de Hollande ; elle est suivie d’observations sur la constitution du Bas-Canada telle qu’établie par l'acte de 1791 : et ces deux parties de l’opuscule, sans compter l'introduction, qui est assez longue, sont l’œuvre du Dr Labrie lui-même.

Citons d’abord quelques passages de l'introduction : on y voit que l’auteur ne manquait pas de verve. Il vient de parler de l’époque où les Canadiens ne s’entendaient pas entre eux, parce qu’ils ne connaissaient pas les droits que leur assurait la constitution anglaise :

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