PRIEZ POUR EUX
C’est donc dans un pauvre cimetière de campagne que dorment les restes de l’homme à qui on élève aujoud’hui une statue. Kerlouarnec est au bord de la mer. L’immense baie de Douarnenez est là avec ses horizons tristes, sauvages, désolés; avec Vile Tristan qu’un négociant du pays vient de transformer d’une façon heureuse, et où se tint si longtemps sur la défensive l’implacable ligueur Guy-Eder de Beaumanoir, baron de la Fontenelle, misérablement supplicié en 1602, et dont la fière devise était ; Liberlas! Quel spectacle et quel souvenir pour Laennec ! En venant à Kerlouarnec se reposer de ses travaux et de ses ennuis de Paris, il t™tt“ vait devant ses yeux le plus solennel spectacle qui élevé l’àrae à Dieu ! Avec quelle amère volupté le fervent catholique devait, en contemplant l’ile Tristan, — alors désolée, — songer à son septième aïeul, ardent ligueur aussi et vaillamment mort pour sa cause !....
Ainsi, comme nous l’avons dit, Laennec était parfaitepiept oublié de ses concitoyens quand une yoix reconnais-
santé s’éleva en faveur de ce bienfaiteur de l’humanité, et réclama pour lui un monument dans sa ville natale. — Comment, se dit-on alors. Quimper, chef-lieu de département n a pas encore une statue quelconque sur une de ses places’ las le plus mince général, pas un homme d’État quelque imu réussi? Cependant, en cherchant bien, on irait peutetre ]usqu’a trois hommes éminents ; Fréron, Bougeant, Keratry. — Insuffisants pour une statue. — C’est possible! Mais leur buste ne nous semblerait pas déplacé dans les salles de la bibliothèque de Quimper. On y pensera peut-être dans quelques vingts ans.
Du reste, disons-le : à l’encontre de l’engouement des plus pauvres bourgades de la France, la Bretagne est avare de statues. A ses plus illustres enfants les municipalités bas-bretonnes ne font pas meme l’honneur d’une plaque commémorative sur la maison natale. Citons, en passant, parmi les oublies, les amiraux Eracriati (celui-ci a du moins une rue de son nom à Paris), et Leissègues, et Bouvet ; le premier né à Carliaix, le second à Hanvec, le dernier à baint-Servan. Sarzeau a vu naître le comte de Bichemont et 1 auteur de Gil-Blas. C’est à peine si on a pu nous désigner la maison de Le Sage, fermée et..,, à vendre. On étonnerait beaucoup les pêcheurs de Concarneau, si on leur disait que le Moros, dont les bois couronnent la baie, fut erige, l’an 1682, en titre de marquisat en faveur de l’amiral du Quesne, C’est ainsi qu’en Cornouailles ; Crozon qui a etc aux sires de Léon et aux Bohan ; Le Faou aux Beaumanoir; le I^ouët aux Boiitieville ; Gournois à Olivier de Mauny, le fidele compagnon de Bertrand du Guesclin ; le Jiich aux du Chastel et aux Gouyon ; Kergorlay aux chevaliers croises de ce nom ; Qiiimerc’h aux ïinteniac ; le Quélenec a Jean du Quélenec, amiral de Bretagne en 1453 • et Bosmadec , et le Gouarlot, efBostrenen, et — que nous’en citerions ! — n’ont gardé nulle trace de leurs vaillants possesseurs. Et que de grandes figures, ça et là ! Sic transit glorta mmdt. Aujourd’hui, les dernières murailles féodales
s’elTondrenl ; dans leurs flancs poudreux on laille des maisons coquetlemenl blanchies à la chaux, ornées de jalousies vertes, et un industriel enrichi, dûment décoré, pèse plus que la cendre de cent héros. Ne nous plaignons pas trop. Le monde marche, et c’est là la conséquence de cette marche, qui veut dire" progrès matériel incontestable, diffusion du bien-être, et — un jour — paix universelle.
La statue en bronze de Laennec est due à M. Lequesne, statuaire à Paris ; le moulage est sorti des ateliers de M. Ducel, dont les produits ont été remarqués à la dernière exposition. Laennec est représenté assis dans son fauteuil, la tête nue, revêtu de sa robe de docteur, les jambes croisées, attitude familière à l’illustre professeur. Il tient dans la main droite le stéthoscope. Recueilli, pensif, Laennec semble observer, écouter et enseigner à la fois.
Sur l’invitation de la commission des médecins, M Bigot, architecte du département du Finistère, à qui ses magnifiques travaux ont valu les insignes de la Légion d’honneur et de Saint-Grégoire-lc-Grand, s’empressa de dresser un projet de piédestal. Il devait présenter à l’appui le devts de la dépense. Mais, disons-le, WI. Bigot a tenu pour unique récompense l’honneur d’apporter son concours à cette œuvre aussi nationale que bretonne.
L’ordonnance du piédestal est sévère : elle se compose de quatre blocs en laber poli, pris dans le département du Finistère, fi’était-il pas naturel, en effet, que le granit armoricain fut choisi pour le piédestal d’un monument élevé à la mémoire d’un Breton ? On se rap[)elle que c est de la même contrée qu’a été extrait le soutien de l’obélisque de la place de la Concorde.
L’œuvre du piédestal de la statue de Laennec a été confié, sous la direction de M. l’architecte Bigot, à MM. Poilleu ainé et fils, sculpteurs à Brest, qui se sont acquittés de leur tâche avec un soin consciencieux. Kon-seulernent entre l’ensemble de ce piédestal et le module de la statue 1 har-
monic est bien sentie, mais elle rentre à merveille dans le cadre des édifices d’alentour. Il se compose d’un socle à large chanfrein, d’une base moulurée, d'un dé et d'une corniche ornée de denticules et de dents de scie. Les joints horizontaux de ces quatre blocs sont tellement réussis, qu’ils défient 1 œil. Le tout ne semble former qu’un monolithe de 2 métros 27 de hauteur. Le socle mesure en longueur -1 métré 73 sur i mètre 52. Il repose sur un trottoir entouré d une grille en fer octogone. Ce laber poli a la dureté du porphyre, et le soleil le fait miroiter commme une glace.
Sur la face principale du dé est gravé ce nom : Laekiv’ec. Sur la lace postérieure on lit l’inscription suivante ;
A l’inveuteur de rAusciiltatioii,
LAENNEC, Reaé-Théophile-IIyacintuk , né à Quimper, le 17 février 1781, mort à Ploaré en 1826; professeur à la Faculté de médecine de Paris et au collège de France, membre de l’Académie de médecine.
Ce monument a été élevé
par 1 Ao.iO.,iatiOii generale des Médecins de Frencc, par la Bretagne
et par les médecins français et étrangers.
Cette inscription eut pu, ce nous semble, être plus heureuse,
Les travaux publiés par Laennec sont :
Observation sur une maladie du cœur avec affection du poumon et de la plèvre gauche. {Journal de Médecine, Chirurgie, Pharmacie, des professurs CoRvrsART, Leroux et Boyer, t. IV).
Histoire d’inflammations du péritoine. {Ibid., tomes IV et V).
Observations sur un suicide commis avec un rasoir, par MM. Laennec et Tonnelier (Jô/rf., tome V).
Note sur l’arachnoïde intérieure des ventricules, {ibia,.)
Note sur une capsule synoviale située entre l’apophyse acromion et l’humérus. {Ibid.) ■ , ,
Lettre à M. Dupuytren sur des tuniques qui enveloppent certains viscères et fournissent des gaines membreuses a leurs vaisseaux. {Ibid., tomes V et VI). .
Observation sur une maladie du cœur avec peripneumonie, par MM. Bayle et Laennec. {Ibid., tome-VII). .
Note sur l’anatomie pathologique, lue a la Société de ILÇOle de médecine, dans sa séance du 6 nivôse an xiii. iloid., i. IIX).
Réflexions sur l’hydrocéphale interne aigu. {Ibid., t. XI).
Observation sur un anévrisme de l’aorte, qui avait produit la compression du canal thorachique. {Ibid., tome XII).
Fièvres intermittentes pernicieuses survenues dans la convalescence d’autres maladies. {Ibid., tome XIV).
Observation sur une affection aphteuse. {Ibid., t. XXÜ).
M. Laennec a encore enrichi ce journal d’un très-grand nombre d’extraits et d’analyses critiques des ouvrages les plus importants qui ont paru de 1804 à 1814.
Il a de plus coopéré, avec MM. Leroux, Bayle, Fizeaü, Sava- RY, etc., à la rédaction de la constitution médicale observée a l’hôpital de Clinique interne de la Faculté, de 1805 à 1814.
Observation sur les vers ascarides lombricaux, qui remplissaient les voies biliaires d’un enfant dont le canal fliorachique s’ouvrait dans l'estomac. (Bulletin de lu Société de t Ecole de Medecine, séance du 6 nivôse an xiii). . « -
Note sur l’anatomie pathologique. (Seance du meme jour; voir ci-dessus). . . ,
Mémoire sur les vers vésiculaires, principalement sur ceux qui se trouvent dans le corps humain. (Séance du 22 prairial
'*°Ge”beau travail a été imprimé dans le premier volume des Mémoires (restés inédits) de lu Société de lu Faculté de medecine
Mémoire sur le cysticerqiie à double vessie. {Cysticercus dicyslus, séance du 6 thermidor an xni).
Note sur la non-existence du tœnia visceralis. (Séance du *>1 frimaire an xiv).
Note sur une dilatation partielle de la valvule mitrale, nar MM. tizEAD et Laennec. (Séance du.... an xvi).
Mémoire sur les mélanoses. (Séance du 23 janvier ISOfi). Ig^émoire sur le dislomus intersectus. (Séance du 13 novembre
Mémoire sur une nouvelle espèce de hernie, Intra-pelvienm. (Seance du 27 avril 1807). ^
18?0)^”^*”^ Pfictom commentarius. (Séance du 19 décembre
On doit ajouter à cette liste de nombreux rapports sur des observations, des mémoires et des pièces d’anatomie pathologique, envoyas à la Société de l’Ecole de Médecine.
Les premiers volumes de la Bibliothèque médicale renferment plusieurs extraits et analyses d’ouvrages, eutr’aiilrcs une Exposition de la doctrine crâniologique de M. le docteur Gall, à lailV et a consacré trois articles étendus, (Tomes
Anatomie’pathologique.:(Dic(Mn?iaire des Sciences médicales. (lome II).
Ascarides (Ibid).
Cartilages accidentels (Tome III).
Dégénération, (Tome VIII).
Désorganisation. Anatomie pathologique). (Ibid).
Ditracbyceros, ou bicorne rude. (Tome X)
Encéphaloïde (Tome XII). ^
Pilaire, ou furie infernale. (Tome XV).
Proposition sur la doctrine d’Hippocrate appliquée à la medecine-pratique, m-4», Paris, an x.
Del Auscultation médiate, ou traité du diagnostic des maladies des poumons et du cœur, fondé principalement sur d’exploration. Paris, Brosson et chacun’ ^ de près de 500 pages
- Le même ouvrage, 2= édition, entièrement refondu. Paris,
Claude, 1826, 2 volumes in-8o de 800 pages chacun.
- Discours prononce a l’ouverture du cours de médecine du
Collep de France, le.... 1822. Ce discours .se trouve aussi dans le n” 1 des Archives de jl/ed(;cine(cahierde janv. 1823).
M. Laennec a laissé des travaux manuscrits sur divers points de medecine pathologique qu’il a légués à son cousin M. le docteur Meriadec Laeunec.