‹ Le docteur Michel SarrazinChapitre 13 sur 13 · MICHEL SARRAZIN : MATÉRIAUX · texte numérisé non relu

MICHEL SARRAZIN : MATÉRIAUX

peut s'empêcher de trouver cette étude de Sarrazin faible et incomplète. 1 Evidemment il était plus fort anatomiste que chimiste.

Pour compléter l'énumération des travaux scientifiques de Sarrazin, nous devons citer Moreri qui lui attribue la " Relation d'une découverte singulière faite en 1*728 dans le caveau de l'Hôpital près de Québec, " Mémoires sur Trévoux " du mois d'août 1728. Cette découverte est celle des corps entiers de trois religieuses mortes de la petite vérole en 1703 et 1*708. Ces corps avaient été couverts de chaux vive et rendaient encore du sang lors de leur découverte. Les journalistes ont fait à cette occasion l'éloge de Sarrazin."

Le procès-verbal que dressa Sarrazin sur cette découverte a été publié dans l'appendice à l'histoire de Mgr de Saint- Valier et de l'Hôpital-Grénéral de Québec. L'exhumation des cadavres de ces trois religieuses avait été faite en même temps que celle de plusieurs autres. Or tous excepté ceux des trois religieuses étaient complètement détruits sauf les os, tandis que ceux des sœurs étaient en très grande partie conservés ; cependant toutes ces personnes avaient été emportées par la même maladie, la petite vérole, et inhumées de la même manière. Dans son désir d'expliquer cette anomalie, Sarrazin entre dans de longues considérations concernant l'action de la chaux sur les corps en général. " Cette chaux, dit-il, qui est une pierre calcaire, et gorgée de corpuscules de feu est brûlante, corrosive et dévorante, et par conséquent très-propre à détruire, et à absorber fort promptement dans les cadavres, tout ce qu'il y a de corruptible."

Il s'étonne de voir que la chaux n'ait pas agi sur tous ces cadavres, d'autant plus que " les morts de la petite vérole en 1*702 en Canada, étaient avant que de l'être la plupart corrompus, et que les plus fins aromates de l'antiquité n'avaient pu les défendre de la corruption."

Il conclut ainsi : " Qu'on regarde la chaux comme étant éteinte ou comme étant vive, j'avouerai ingénument que le fait est problématique ; mais que s'il fallait cependant décider, je ne pourrais moins dire sinon qu'il y a de l'extraordinaire, et je pourrais peut-être sans témérité en dire davantage."

Malgré les erreurs que renferme ce procès-verbal sur l'action de la chaux vive et sur les corpuscules de feu qu'il dit y être renfermés, on ne peut s'empêcher d'y voir la marque d'un esprit droit et sérieux, apportant aux expertises scientifiques toute la sagesse et la prudence qu'on doit attendre d'un savant véritable.

Charlevoix dit encore que ce fut Sarrazin qui le premier classa notre loup marin m génère felino. Il est bien probable qu'il décrivit encore la plupart de nos animaux, mais, grâce à diverses circonstances, ces travaux ont été perdus.

Enfin dans le "Journal historique de 1*755," on trouve les lignes suivantes: "M. Sarrazin, médecin du Roy, a fait part à l'Académie Royale des Sciences, il y a environ 20 ans, du beau succès de la nourriture de la farine de bled de Turquie dont les guerriers canadiens font usage dans leurs campagnes, succès qui fut tel que ceux qui en avaient vécu guérissaient de leurs blessures avec une extrême facilité."

Nous n'avons pas pu trouver un seul essai de Sarrazin sur un sujet ayant rapport à la médecine proprement dite, sauf la mention que fait Moreri d'un traité sur la pleurésie qui ne fut jamais publié. Sarrazin était avant tout un savant naturaliste ; et bien que toute sa vie il prodiguât aux malades du Canada, et particulièrement à ceux de Québec,

1 Elle a été reproduite par M. l'abbé Bois dans sa notice sur Sarrazin.

rOUK SEEVIE À L'HISTOIEE DE LA SCIENCE EN CANADA

les marques incessantes du plus grand dévouement, il eut toujours plus d'attrait pour les travaux auatomiques que pour les problèmes exclusivement pathologiques ou chirurgicaux.

Voilà, en peu de mots, une esquisse de l'œuvre scientifique de Sarrazin. Tout en demandant pardon de la longueur et de la sécheresse des détails que nous avons donnés sur les recherches de ce savant, nous regrettons de ne pas avoir mis la main sur toutes les études de notre illustre compatriote. Le Canada a possédé si peu d'hommes de la valeur de Sarrazin que nous devons naturellement tenir à mettre en pleine lumière les travaux de ceux que nous connaissons.

Cependant les quelques citations que nous avons faites seront suffisantes, nous l'espérons, pour faire comprendre que jamais, dans notre beau pays, on n'a négligé l'étude des sciences, et que précisément à l'époque où le mouvement scientifique moderne commençait en Europe nous avions au Canada d'infatigables chercheurs, qui étaient de taille à soutenir la comparaison avec leurs confrères d'outre-mer dans les champs des sciences naturelles.

Tel a été le but que nous avons toujours eu devant les yeux en écrivant ces quelques notes sur Sarrazin. Il ne nous reste qu'un regret, c'est, comme nous le disions en commençant, qu'un autre mieux qualifié pour ce genre de travail ne l'ait pas entrepris avant nous. Les travaux qui se rapportent aux premières années de notre histoire ne manquent pas. Non seulement on en a étudié l'ensemble, mais les monographies particulières sont très nombreuses. Malheureusement, l'histoire de la science canadienne, surtout de la science d'autrefois, reste encore à faire. C'est là une œuvre à la fois magnifique et méritoire : magnifique par la valeur des travaux scientifiques qui seront ainsi mis au jour; méritoire par le fait qu'elle arrachera le voile épais qui couvre encore ce point^ de vue de notre histoire. Sans craindre d'être taxé de chauvinisme, nous affirmons hautement que le Canada d'autrefois, comme le Canada d'aujourd'hui, a toujours été de son siècle ; jamais en arrière, et souvent en avant dans la voie du progrès.

Page 1