POUE SEEVIR À L'HISTOIEE DE LA SCIENCE EN CANADA
est du 28 novembre 1707." Sarrazin remplaçait au Conseil le sieur Duchesnay. En 1715, il était nommé avec M. de La Colombière pour surveiller " les opérations de mouture et de cuisson."
" Comme membre du Conseil Supérieur de Québec, il se distingua par son habileté dans les affaires. C'est lui qui remplaça (en vertu d'une commission datée du 19 février 1733) le sieur Delino dans la charge de garde des sceaux du Conseil Souverain de Québec." 1
Sarrazin était arrivé à l'âge de 53 ans et il était encore célibataire. Le 20 juin 1712, il épousait à Montréal Marie- Anne Hazeur, née à Québec le 28 février 1692, et par conséquent âgée de vingt ans. Marie-Anne Hazeur était fille de François Hazeur, conseiller du Roi au Conseil Souverain de Québec, seigneur de la Malbaie et autres lieux, et de Dame Anne Soumande. 2 Le père et la mère de Mademoiselle Hazeur étaient morts à l'époque de son mariage, et elle avait quitté Québec, lieu de sa naissance, pour aller résider à Montréal, probablement chez un oncle Soumande qui y tenait une grande maison de commerce, et chez qui sa grand'mère Soumande demeurait souvent. 3
Marie-Anne Hazeur avait été élève des Ursulines. Le catalogue des élèves de cette maison la nomme Marie- Anne-Ursule. Voici ce qu'il en dit : " Le premier jour de juillet 1706, Melle Marie-Anne-Ursule Hazeur est entrée en nostre pensionnat. M. son père paye la pension sur le pied de 90 escus. Elle est sortie au bout de trois mois." Madame Sarrazin avait deux frères prêtres et chanoines. L'un résidait à Québec et était pénitencier au chapitre, l'autre passa à peu près toute sa vie en France. Un troisième frère était avocat et conseiller. 4
Sarrazin résidait habituellement à Québec, bien qu'il fît de fréquents voyages à Montréal et ailleurs. L'abbé Ferland écrivait en 1858 : 5 "Je n'ai encore pu découvrir la résidence de Sarrazin à Québec. Il me semble en avoir vu quelque chose je ne sais où. Le plus souvent il demeurait sur son beau fief de St-Jean, sur le chemin de Ste-Foye — ancien fief de M. Bourdou, chapelle St-Jean. C'est sur une partie du fief ou du moins tout auprès qu'est le monument commencé pour commémorer la bataille de 1760."
De nouvelles recherches faites depuis cette date nous ont permis de localiser assez exactement deux résidences occupées successivement en ville par notre célèbre docteur. Dans un recensement fait en 1716, par le curé de Québec, on trouve que la dix-septième famille de la rue Saint-Louis, à partir du Fort, était " Michel Sarrazin, médecin du Roy, conseiller du Conseil Supérieur de Québec, 54 ans — femme, Dame Marie Anne Hazeur, 25 ans — enfants Michel 18 mois, Marie Anne 6 mois." La rue Saint-Louis renfermait alors cinquante-quatre familles.
En 1720, le Séminaire de Québec lui fait la concession d'un emplacement situé au coin de la rue du Port-Dauphin et du Parloir. Cette dernière rue est le passage devant le palais actuel du Cardinal. Cet emplacement était borné d'un côté par la rue du Parloir, la rue Port-Dauphin et le haut de la côte La Montagne, en arrière par le terrain de l'évêché qui se trouvait sur le site de la Chambre d'Assemblée brûlée en 1883, et le jardin du Sémimaire. Le premier emplacement était irrégulier ; une seconde concession fut faite en
1 " Michel Sarrazin," A. Côté, imprimeur, Québec, 1856, opuscule par M. l'abbé Bois.
2 Acte de mariage de Sarrazin.
8 Lettre de l'abbé Ferland à M. l'abbé Verreau, du 25 novembre 1858.
4 Ferland, lettre citée plus haut.
5 Même lettre.
Sec. iv, 1887. 2.
L'ABBE LAFLAMME — MICHEL SABEAZIN : MATÉBIAUX
1*726. 1 Dans un mémoire concernant l'état du Séminaire de Québec en l'année 1*735, on trouve que M. Sarrazin avait payé son emplacement 1000 livres, ce qui nous donne une idée de la valeur de la propriété à cette époque.
Grâce à quelques assignations d'huissier datées de 1*72*7, 1728 et 1*733, il nous a été possible de constater que la porte d'entrée de la maison de Sarrazin donnait non pas sur la côte La Montagne, mais sur la rue du Parloir. " L'an 1*728, le 31 de juillet, à la requeste de Mr Me Michel Sarrazin, Cons. au Cons. supr. de Québec qui a élu son domicile
en sa demeure au palais épiscopal de cette ville " signé " Dubreuil." — " L'an 1733, le 29
d'aoust à la requeste de Mr Me Michel Sarrazin qui a son domicile en son hôtel seize
rue du Parloir."
Comme l'indique l'acte de mariage de Sarrazin, le Sieur Hazeur, son beau-père, était seigneur de la Malbaie et autres lieux. Sa fille Marie-Anne hérita de quelques-unes de ces propriétés. C'est ainsi que dans le " Précis des actes de foi et hommage " on voit que " Michel Sarrazin, médecin, membre de l'académie des sciences, rendait foy et hommage en 1725, au sujet du fief de la Grande- Vallée des Monts Notre-Dame et Anse de l'Etang que lui avait apporté sa femme Anne Hazeur, fille de François Hazeur, premier concessionnaire en 1691 et 1697." 2
Ce fut probablement dans une visite à sa nouvelle propriété que Sarrazin découvrit l'ardoisière qu'il exploita à son profit à peu près jusqu'à sa mort. Voici comment MM. de Beauharnois et Daigremont, dans une lettre au ministre datée du 16 octobre 1728, parlent de cette ardoisière : " Elle est sur les bords du fleuve St-Laurent à cent lieues environ au-dessous de Québec et à la côte sud de ce fleuve. Elle s'étend depuis le Grand-Etang qui forme un port très commode pour la charger, jusqu'à la rivière de la petite vallée, ce qui fait environ huit lieues de pays. On a aussi de l'ardoise entre le Grand-Etang et Gaspé ; mais celle qui est entre le Grand-Etang et la rivière de la petite vallée est beaucoup plus belle et plus noire...." M. Chaussegros de Léry la fit examiner le printemps après sa découverte par un " tireur d'ardoise " et " sur le rapport de cet homme ainsi que de Mons. Sarrazin et Mous. Azur " l'exploitation en fut sérieusement inaugurée.
L'écoulement de ce produit ne pouvait se faire que très difficilement dans une colonie pauvre comme l'était alors le Canada. Aussi pour encourager Sarrazin dans l'exploitation de son ardoisière, les gouverneurs et intendants écrivirent plusieurs lettres au ministre pour que l'ardoise nécessaire à la couvertui*e du nouveau palais de l'intendant à Québec fût fournie par Sarrazin. On devait la payer cinquante livres le millier. Une première lettre est envoyée en 1730 dans ce sens par MM. de Beauharnois et Hocquart ; une autre en 1731, dans laquelle on lit : " Il est très important pour l'avantage du pays en général de soutenir le dit Sarrazin dans l'exploitation de son ardoisière, et nous lui en donnerons toute la protection dont il aura besoin pour continuer cet établissement et le rendre utile au Canada." En dépit de tous ces encouragements officiels, cette ardoisière fut une pauvre spéculation pour Sarrazin, et' en 1732 cette propriété passait aux mains d'un nommé Gatien qui l'exploita encore quelque temps pour son compte. Elle nous semble être tombée depuis longtemps dans un oubli complet.
Vers les dernières années de sa vie, Sarrazin parait s'être livré tout particulièrement aux spéculations du commerce. Il s'était mis en société avec le sieur Robert Drouard,
1 Archives du Séminaire de Québec.
1 Archives provinciales de Québec.