‹ Le Docteur noir, drame en 7 actesChapitre 21 sur 63 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

AURÉLIE , puis BARBANTANK.

Aurélie , entrant par la droite et fermant son ombrelle

Enfin, m’y voici!... (à la porte.) Eh bien ! Monsieur .. est-ce que vous êtes pris dans les lianes?... Voulez-vous que je vole à votre secours?...

barbant ANE, dehors.

Non, belle dame, non... J’arriverai ..j’arrive ..Ah! me voilà!... (Il entre en s'essuyant le front, il tient un petit fouet.)

Aurélie, riant.

Ab! ah! ah! ah! ( puis elle regarde l'intérieur de la case.}

BARBA NT ANE

En vérité! comtesse, je vous admire... Pour de petits pieds habitués à fouler des tapis...

' AURÉLIE

Convenez que j’ai fait bravement notre excursion... vos rochers, vos torrens, vos falaises, rien ne m’a fait reculer d’un pas... Oh! je ne suis pas comme mon frère... A propos, qu’est donc devenu le chevalier?^

BA'HBANT ANE .

Il s’est arrêté et a déposé son fusil près d’un énorme bananier... sous prétexte de se mettre à l’affût...

AURÉLIE , riant.

Mais en réalité pour se mettre à l ombre.

BARBANT ANE.

Je l'ai quitté, apprêtant...

AURÉLIE

Son fusil?...

barbantane . s'essuyant.

jîi Non, son éventail... Ah! quelle course! quel soleil!... et tout cela, pour voir... quoi?... une misérable case bonne tout au plus pour abriter un mulâtre...

Aurélie , s'asseyant à gauche.

Maintenant que nous sommes arrivés... que je touche à mon but, je suis prête à répondre à vo3 questions.

barbantane , prenant un siège et se plaçant à droite.

Des questions!... mais je ne fais que cela, depuis mon retour à Bourbon, aprè3 un voyage de quinze mois à Calcutta... on me répond... mais peu, vite et mal...

- AURÉLIE

Voyons, vous me parliez donc?...

BARBANTANE

D’abord, de cette pauvre marquise de la Reynerie... aurélie, devenue triste.

Ah ! ce fut un coup de foudre pour notre famille, pour Pauline, surtout ! Vous étiez encore ici, quand vint une lettre de France,

3 ui engageait ma tante à aller défendre l’honneur attaqué de M.

e la Reynerie... Ce même jour, vous le savez... Pauline fut frappée du mal terrible auquel nul n’échappait...

BARBANT ANE.

Je fus tellement effrayé... (se reprenant) non... troublé... que je quittai la colonie... tout de suite...

AURÉLIE

Le docteur sauva ma cousine ; mais Pauline, à peine convalescente, n’eût pas supporté les fatigues d’un si long voyage... et la marquise, ne pouvant différer davantage, rassurée d’ailleurs sur l’état de Pauline, s’embarqua seule...

BARBANTANE

Enfin! ^

AURÉLIE

Quelques mois après le départ de la marquise, une nouvelle terrible venait jeter parmi nous le deuil et la consternation... Le navire qui portait en France Mme de la Reynerie s’était perdu ... et tout avait péri, équipage et passagers ! Pauline n'avait plus de mère!... Je ne vous dirai pas sa douleur... qui remit en péril une existence si fragile encore., et fit éclater une seconde fois le dévoûment de ce bon Fabien.

BARBANTANE

Ah! c’est encore le mulâtre qui... Je devine le reste... Fabien n’a plus quitté la Reynerie, et le docteur noir est devenu le médecin en chef des ateliers.

AUBÉlie, se levant et passant à droite, devant Barbantane qui ne se lève qu'à regret,

Cela devait être... c’était trop juste... et je l'aurais parié comme vous... Eh bien! non... un jour, Fabien dit à ma cousine que ses soins ne lui étaient plus nécessaires, et, le lendemain, il avait disparu... Depuis ce jour, depuis quatre mois... on ne l'a plus revuà

Saint-Louis... Quelques nègres seulement assurent l’avoir aperçu errant sur les falaises... et évitant toute rencontre... ce qui, comme vous le pensez, a piqué de nouveau ma curiosité...

BARBANT ANE.

Et nous a fait faire cette rude excursion.

AURÉLIE

Voilà, mon cher Monsieur Barbantane, les tristes événemens qui se sont accomplis en votre absence... Nous avons, pendant un an, respecté la douleur de Pauline... mais le moment est venu, pour ses amis, de songer à son avenir... Il faut rendre une affection, une tendresse à ce pauvre cœur brisé...

BARBANTANE

Je vous devine, comtesse, un mariage!

AURÉLIE

Oh ! je sais, Monsieur Barbantane, que vous avez aspiré à la main de ma cousine...

BARBANTANE

C’est vrai!... mais je n’ai pas été encouragé... et j’ai jeté mes vues ailleurs.,, une sucrerie magnifique...

AURÉLIE

Aussi, délivré d’une concurrence redoutable, mon frère a ressaisi toutes ses espérances... lui seul peut offrir à Pauline... un nom digne d’étre porté par Mlle de la Reynerie.

BARBANTANE

En effet... depuis que je ne suis plus sur les rangs... Mlle de la Reynerie ne saurait faire un meilleur choix, et... ( Changeant de ton ) Ah çà! mais, comtesse, je crois que nous faisons antichambre, ici.. (Appelant.) Oh! là... drôle! quelqu'un... (Il fait claquer son fouet.)

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