SCENE IV
PAULINE, puis FABIEN.
PAULINE, troublée.
Seul*... je suis SPule... et il est là.... [ifontrant la porte à droite.) lui que j’ai appelé.... soyez ind lgenle comme D eu., ma mère... et, comniH lui p»ulonnez à \otre enfant. [Elle s'approche timide- 0 nient de la porte, V ouvre avec hésitation, puis s' en éloigne, et va s'asseoir à gauche. Fabien parait, s'arrête un moment à la vue de Pauline, puis s'avance silencieusement.)
Fabien, avec respect.
Mademoiselle, depuis le jour où 1'* Si igneur, me prerant en pitié. \ous sauva par un miiacle... je me tenais renfermé dans ma misérable demeure... j’y avais at porté un trésor... trésor mystérieux... ignoré de tous... car lu vent et la tempête en avaient emporté le sicret... Dans ma sditude, je vous bénissais d'oublier l'heureux que vous aviez daigné faire... Mais... vous m’appelez aujourd'hui... la créole s’est indignée de la faible se de la femme... elle < raînt qu’un hasard .. une imprudence, la mettant en face de Fabien, la forcent à rougir... et. si elle a voulu le revoir, c’est pour lui dire: Parlez... La distance et l'exil ne la rassureraient pas encore... et, si je suis venu, c'est pour vous dire : Ne craignez rien... du pauvre mulâtre... il ne peut oublier... mais il peut mourir...
paulixe avec tendresse.
Mourir... vous ! !... Ecoutez moi, Fab en... J'ai donné l'ordre de vendre tous mes biens... ce soir je ne posséderai plus rien à Bouibon, et demain j'aurai quitté la colonie.
fauien. avec étonnement.
Vous partez .. vous... Oh' mais cela ne se peut pas; vous me l’avez dit vingt fois... ci je le sais, moi... votre médecin... il faut cet air chaud et pur à votre poitrine... il faut ce ciel brillant à vos veux... Pauline... La patrie est encore une mère; celle-là seule vous nsie, et vous ne I abandonnerez pas... Celte patrie, qui vous chérit et vous caresse... me méprise et me repousse! moi... Je vivrai si vous l'ordonnez... je partirai, emportant dans mon » œur le trésor de joie que vous y avez mis... Partout je trouverai des malheureux à secourir... À tous ceux que j'arracherai à la mort je dirai : Priez pour elle... car c’est elle qui vous sauve.
PAULINE
Vous ne partirez pas seul, Fabien... [Elle se lève.)
Je ne vous comprends plus...
, PAULINE
Quand, revenue à moi, je me suis retrouvée dans cette maison,
aux pieds de ma mère, dont le portrait était là... [elle indique le côté droit) de ma mère, qui semblait revivre aussi, mais menaçante et ternble... üh! Fabien . j'eus bon e de U vie qu'un mirade m'avait rendue... je connaissais le poison sublil qu’t mploient les nègres d'ordinaire. Kas urez-\ous. L'abbé Landry était li... Il écarla la mort de mes lèvres et nie montra l'image du (.h ist... Je tombai à deux genoux... j'avouai tout au digne prêtre... il ne me fit entendre que des paroles de démence et de pitié. Tous 1- s jours il est venu me voir et sou enir ma foi qui chancelait... enfin, aujourd hui, je me suis crue assez forte et je vous ai fait appeler. Fabien, du jour où Mlle de la Reynerie vous a dit: je vous aime, de ce jour, et par cet aveu, elle s'est donnée à vous .. Mortel j’aurais été votre fiancée dans le ciel... vivante, je dois être votie femme.
FABIEN , avec joie.
Ma femme!... vous!... Mlle do la Reynerie femme de Fabien!..
FAUI.IXE.
Oui, de Fabien, auquel elle a dit : Je l’aime!
FABIEN
Ah' c’est impossib'e.. mon Dieu... N'est-ce pas, que cest impossible?... Votre mari... moi... mais voyez donc où nous sommes!... Ici, n entendez-vous pas encore là voix de M. de la Reynerie? Ne voyez-vous pos se dresser l'ombre de votre mère?...
PAULINE
Ma mère!...
FABIEN
C.es murs voui ont vue grai dir noble, belle et fière... Mais ils ont vu Fabien esclave, châ ié, sanglant sous le fouet du maître; qu importe que dans celte poitrine batte un cœur digne de vou-*t cette poitrine est noire, celle main que la science et le travail ont faite habile et sûre... < et te main guérit et sauve. . mais regardez donc, celle ma n est noire... (Avec désespoir.) Mlle de la Reynerie ne peut y laiser tomber la sienne... Mieux vaudrait pour elle présenter ses blanches épaul s à l’empreinte du bourreau.
PAULINE
Fabien, quand tu m’as dit : Pauline, il faut mourir, car je taime. Je t'ai compris, moi... et tu ne comprends pas que mon amant doit être mon mari...
FABIEN
Fabien, votre meurtrier, vousfaisnit sainte et martyre... Fabien, votre mari, vous fait sacrilège et inâme... Pauline, on tue la femme qu’on aime... on ne la déshonore pas. .
(Lia parait à la porte de droite; à sa vue Pauline cherche à matlri-
s. r son trouble.)
LIA
Maltresse, M. l'abbé Landry est là...
PAULINE
C’est bien... {Et d’un geste elle éloigne Lia.)
fabie*', étonné.
L’abbé Landry l
Pauline.
Le sbnt prêtre est dans m>n oratoire; il prie pour nous deux... aujou d hui je serai vol e femme... Fabien; tout ce que j'aimais u’est plus... je me donne à tout ce que j'aime a présent.
FABIEN
Mon Dieu !... j’ai bien souffert... mais je n’ai pas encore assez payé le bonheur que lu m'envoies... ce bonheur, lu veux que je l'accepte, puisque tu me laisses sans force pour lutter davantage...
PAULINE
Fabien, on nous attend.
Fabien, tombant à genoux.
Ange... sois bénie!... toi qui crois que mon amour peut m’élever jusqu’à toi... Ou ! je te le jure, Pauline. .. cet amour ne sera jamais qu un cube... une idoiâtrie... Fabien sera toujours pour toi, l’esclave... Il t’aimera, le p uvre mulâtre!... mais comme le marin aime la vierge Marie.. . comme l'orphelin aime le souvenir de sa mère... ( Pauline relève Fabien; puis lui montre la porte de droite, et lui tend la main avec bonté, Fabien prend celle main avec amour et respect, et tous deux sortent lentement.)