‹ Le Docteur QuesnayChapitre 102 sur 128 · décembre · texte numérisé non relu

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paration. La Cour le savait ; elle avait été mise en ofarde contre les tendances libérales de Tadministration par Joly de Fleury dans son réquisitoire.

La loi nouvelle fut bientôt connue ; elle était précédée d'un préambule conçu en termes tout autres que ceux de la Déclaration ; les vieux préjugés n'étaient plus ménagés '.

Les principes du libre échange y étaient indiqués ; il y était reconnu que les mesures de protection nuisaient à la fois à la production et à la consommation ; il était signalé que les permissions particulières de circulation ou d'exportation engendraient le monopole. La rédaction, due à Trudaine, avec la collaboration deTurgotetde Du Pont de Nemours, était entièrement conforme aux idées de Quesnay ^

Le dispositif de Tédit confirmait que tous

1. Voir le texte dans Du Pont de Nemours et l'École Phijsiocraîique.

2. A la même époque, 25 août 1763, Thomas obtint le prix d éloquence pour son éloge de Sully. Son discours fit grand bruit ; des retranchements nombreux y furent faits pour l'impression.

les sujets du roi, même nobles et privilégiés, pourraient faire librement le commerce des grains et que l'exportation et l'importation seraient entièrement libres ; il défendait à quiconque de mettre des obstacles à la circulation et abrogeait toutes les lois contraires, sauf pour l'approvisionnement de Paris.

De faibles droits de douane étaient mis à la frontière, mais ]a sortie n'était autorisée que par les grand ports ; l'exportation était réservée, dans l'intérêt de la marine marchande, aux vaisseaux français, commandés par un capitaine français, dont les deux tiers de l'équipage étaient français, selon le système de Colbert. Enfin, pour le cas où « contre toute attente et malgré les espérances légitimes que donnait la libre entrée des blés étrangers », les prix atteindraient 12 livres 10 sols le quintal sur un point de la frontière pendant trois marchés consécutifs, l'exportation devait être suspendue sur ce point de plein droit, non jusqu'à ce que les prix eussent baissé, ce qui eût été logique, mais jusqu'à ce qu'il en eut été ordonné autrement par arrêt du Conseil.

Ces restrictions qui formaient un singulier contraste avec le préambule, avaient été introduites par le nouveau contrôleur général Laverdy, « plus entraîné que convaincu » et si peu favorable aux économistes qu'il fit interdire, par une Déclaration du 28 mars 1764, presque au lendemain de la distribution de la Philosophie rurale, de rien écrire et publier sous peine de la vie sur la réforme ou Fadministration des finances. La stupide rigueur de cette loi en empêcha Fexécution.

C'était Choiseul quiavaitfait nommerLaverdypour contenter le Parlement. Choiseul détestait Ouesnay au point de dire à Du Pont : « Vous pouvez choisir ; les amis de M. Quesnay ne sont pas les miens. » Pour balancer le crédit du principal ministre auprès des Parlementaires, M™^ de Pompadour fit instituer une Commission prise parmi eux en vue d'examiner Tétat des finances et de rédiger des mémoires sur chacune de leurs parties. Quesnay était vraisemblablement rinstigateur de cette mesure ; Du Pont fut désigné comme secrétaire de la Commission. Mais la lutte engagée contre Choiseul fut courte. M™^ de Pompadour

tomba gravement malade ; grâce aux soins de son fidèle médecin, elle entra bientôt en convalescence et put recevoir Du Pont de Nemours à qui elle parla de la Commission des finances ; puis elle eut une rechute. Alors Ghoiseul décria les avis médicaux de Quesnay, le traita de «vieux fou », prétendit que son attachement pour la malade lui avait fait tourner l'esprit et obtint du roi que le docteur Richard, qu'il avait amené, déciderait du traitement à appliquer.

^me jg Pompadour se soumit; son mal empira ; elle se sentit mourir. Elle dit à plusieurs reprises à Quesnay : « Que voulezvous, mon pauvre ami, nous ne sommes pas les maîtres ». Le 15 avril 1764, elle expira.

Quesnay, désespéré, attribua Tévénement à la violence du traitement que Richard avait prescrit et se persuada que ce médecin en avait prévu les effets.

On ne doit j)oint assurément attacher plus d'importance qu'il ne convient à cette accusation. Du Pont de Nemours pensa que Richard était tout simplement un ignorant; mais Quesnay garda sa conviction toute sa

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vie ; et peut-être Texprima-t-il publiquement, carChoiseul parla d'envoyer le mécontent dans une citadelle et de mettre en même temps Du Pont à la Bastille. Ces menaces, sincères ou non, furent rapportées à Quesnay par ses amis, le M*' de Scépeaux, M. d'Angivillers et la Marquise de Montmort. Choiseul sentit enfin qu'en persécutant le médecin qu'il avait fait écarter, il donnerait un fondement à des soupçons odieux qui se répandaient déjà et se tint trancpille.

La mort de M'°^ de Pompadour ruina le crédit de Quesnay. Si la favorite n'avait pas été considérée comme perdue, Laverdy n'aurait pas osé, observe Du Pont à qui nous empruntons tous ces faits \ proposer sa loi contre les écrits financiers.

Et le disciple ajoute que Quesnay fut abandonné de tout le monde : quatre personnes seulement continuèrent à le voir, Mirabeau, Du Val, chirurgien au palais de Versailles, la M''' de Montmort et Du Pont de Nemours ; ce dernier seul le vit tous les jours. « Les événements font un beau triage des amis,

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