‹ Le Docteur QuesnayChapitre 120 sur 128 · LA VIEILLESSE DE QUESNAY · texte numérisé non relu

LA VIEILLESSE DE QUESNAY

I. Derniers articles économiques. — Le pacte de famine. — II. Vieillesse et mort de Quesnay. — III. Son œuvre. — IV. Sa postérité.

En dehors de son travail sur le Despotisme de la Chine, QuesQay donna aux Ephémérides quelques articles^ ayant principalement pour objet de répondre aux objections de Forbonnais. Nous avons parlé du principal d'entre

1. Janvier 1767, Analj/sc du g ont orne ment des Incas du Pérou, par M. A. — Quesnay prétend que, dans ce pays, le produit net se partageait entre le sacerdoce, le souverain, les nobles et les colons, sans dépenses pour la classe stérile.

Octobre 1767, Lettre de M. Alpha, maître ès-arts, sur le langage èeonomif/ne. C'est une réponse à une

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eux : les autres ont peu d'importance. Ce sont ses derniers travaux économiques.

Les Ephéméndes xécurenl encore plusieurs années, mais soit par lassitude, par dégoût ou par ordre, le médecin de Louis XV n'assista plus ses amis dans leur œuvre de propagande. Leur journal remuait pourtant encore une foule d'idées ; les doctrines primitives s'y transformaient sous Tinfluence de Turgot qui publiait alors ses principaux écrits, dont les Réflexions sur la formation et la distribution des richesses (1770)^ et sous celle de Du Pont de Nemours qui mettait dans l'ensemble de Funité.

En même temps le nombre des adversaires des Physiocrates grandissait. Ce n'étaient pas seulement des écrivains qui les attaquaient, les mesures prises à l'égard du

lettre de Forbonnais au Journal d'agriculture ; elle traite principalement du libre échange.

Février 1768, Lettres d'un fermier (Thibaud) et d'un propriétaire (Sidrac, écuyer, seigneur de Bellecour), par ]SL A. Elles sont relatives aux dépenses stériles; le fermier comptait que le propriétaire ferait marner ses terres ; le propriétaire, après avoir lu les articles de Forbonnais, fit dorer ses appartements. Quesnay répond en même temps, dans ces lettres, à l'ouvrage de Graslin.

commerce des grains avaient ameuté contre eux des gens autrement puissants.

On a vu que le Ministère avait facilité la fondation du Journal de V Agriculture pour éclairer les esprits au sujet de ces mesures. On a vu aussi que les restrictions de Laverdy avaient fait de Fédit de juillet 1764^ un mélange de liberté et de réglementation, un 772e^zo/e777Z?»o, selon l'expression de Du Pont.

Dix ans auparavant, les économistes auraient facilement accepté ces restrictions ; Quesnay avait admis dans V Encyclopédie que l'exportation pouvait être suspendue quand le blé atteindrait un certain prix. Mais, depuis lors, leurs opinions étaient devenues plus fermes. Ils trouvèrent que l'édit ne répondait pas à leurs espérances et, dans le Journal de V Agriculture, ne cachèrent pas leur sentiment. Au sujet notamment de la disposition qui donnait un monopole à la marine française pour la «voiture des grains», Le Trosne écrivit des articles qui, par leur verve, peuvent être rapprochés des pamphlets de Bastiat.

1. Signé par le roi, le 12 juillet, Fédit avait passé au Parlement le 19, sans opposition apparente.

Cependant Laverdy put croire sa modération justifiée, car «contre toute attente» ainsi que disait le préambule de Tédit de 1764, le prix du blé haussa fortement en 1768 à la suite de la mauvaise récolte de 1767. Les alarmes vives à Paris gagnèrent la province. Une coalition formidable se forma contre la liberté et ceux qui la défendaient.

En faisaient partie les marchands de grains accrédités qui avaient perdu ou étaient menacés de perdre leurs commissions, les propriétaires des péages à supprimer, bien que le Parlement leur eût promis des indemnités, les fonctionnaires et les parlementaires, conservateurs des anciennes lois, les industriels protégés par les lois douanières et par les privilèges, qui se méfiaient tout à la fois des attaques de Técole libérale contre le colbertisme et de la dénomination de classe stérile adoptée par Quesnay, enfin les ofticiers de police des marchés qui craignaient de voir abolir leurs charoes ; un édit d'avril 1767 avait déjà su[)primé celles des mesureurs de grains, en maintenant les droits de mesurage pour donner des indemnités aux titulaires; le 10 avril 1768, ceux-ci devaient avoir produit leurs titres.

On répéta de tous côtés que la liberté, bonne en théorie peut-être, ne résistait pas à la pratique, qu'elle faisait pencher la balance du commerce en faveur des étrangers, qu'en élevant le prix des subsistances, elle amenait la hausse des salaires et nuisait à l'industrie, qu'enfin elle favorisait le monopole des grains.

Depuis longtemps les économistes avaient affirmé que l'exportation, quoique avantageuse au producteur, ne devait pas nuire au consommateur. Mais ils avaient trop insisté sur les profits que le laboureur devait en tirer. «En achetant la livre de pain quelques liards plus cher, avait dit Quesnay, les citoyens dépenseront moins pour satisfaire à leurs besoins; le pain n^est pas la seule nourriture des hommes; c'est l'agriculture qui fournit les autres aliments; si elle est prospère, elle les donnera à meilleur marché. »

Les économistess'étaient félicités des effets du renchérissement pour les producteurs dans les années d'abondance; on les fît parler pour tous les temps. Il fut entendu qu'ils étaient partisans de la cherté du pain dans l'intérêt des propriétaires, quoiqu'ils vou-

lussent les frapper de l'impôt unique et qu'ils désiraient la hausse des salaires qui, disait-on, suivaient le prix des subsistances \

La liberté du commerce des grains, en atténuant les effets de la disette et ceux de la grande abondance, en augmentant la richesse par la multiplication des échanges, aurait eu quelque influence sur les salaires, mais bien plus sur les salaires agricole^ que sur les salaires industriels déjà soutenus par le régime corporatif.

Mais les personnes qui profitent des mesures réglementaires font en tous temps, entre elles, cause commune, même sans motifs réels. Toutes se liguèrent, en 1768, contre Fédit rendu quatre ans auparavant.

Les marchands de grains, dont la liberté gênait les tentatives de monopoles si fréquentes sous l'ancien régime, prétendirent que le monopole existait, que le gouvernement et ses agents en étaient les auteurs, que les économistes étaient les dupes ou les complices des manœuvres.

1. Quesnay avait dit, après Boi>;,fruilbert, que les salaires haussent avec la cherté et baissent avec l'abondance.

L'écho des accusations lancées contre les Physiocrates se trouve dans les feuilles du temps, dans les discussions parlementaires, dans la correspondance de l'intendant d'Orléans. Cypierre, publiée il y a quelques années \ L'une des lettres de cet intendant est adressée à Trudaine de Montigny, alors intendant de finances chargé de la police des grains ; on y lit :

« M. Le Trosne, avocat du roi à Orléans, qui est connu pour faire 'le commerce des grains, est tellement haï, pour ne pas dire méprisé dans cette ville que le peuple, en le voyant revenir de Paris au moment de l'augmentation du blé, l'a cité en plein marché pour être le principal auteur de sa misère'. »

Trudaine de Montigny répondit qu'il était bien dangereux déjuger « d'après des faits rapportés par des gens du peuple, le plus souvent destitués de vraisemblance » .

« Je suis on ne peutplus surpris, ajoute-t-il, » de ce que vous me mandez de M . Le Trosne ; » je le connais plus par ses ouvrages que

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