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» personnellement, mais c'est sûrement un » homme de beaucoup crespritet de mérite; » les cris de quelques femmes du peuple ne )) me feraient pas changer d'avis à son » éo^ard, et les faits avancés contre un liomme » de son mérite doivent, avant d'être crus, » avoir des garants plus imposants que des » clameurs populaires, fondées sur ce qu'il » soutient par écrit et de vive voix, la né- » cessité de la liberté du commerce des )) grains \ >)
En eflet, Le Trosne avait été chargé par le Gouvernement d'éclairer le public, et il avait rédigé dans ce but une brochure excellente : « La liberté du commerce des grains toujours utile et jamais nuisible! »
Cypi erre ne pouvait lui reprocher que d'à voir critiqué journellement et publiquement les mesures arbitraires que cet intendant prenait au mépris de la loi. Non seulement Le Trosne n'avait pas fait le monopole, mais il avait le premier signalé l'existence de manœuvres nées des restrictions dues à Laverdy, dans les Ephcniérides de novembre
L 9 septembre.
On se rappelle que le cours limite qui faisait fermer automatiquement les ports à l'exportation était de 12 livres 10 sols le quintal ; il était possible à des spéculateurs, eu égard aux difficultés des transports à cette époque, de faire monter dans une ville maritime où des blés étaient prêts à sortir, les prix à ce cours limite pendant les trois marchés consécutifs exigés, de faire ainsi fermer le port et d'acheter ensuite à bas prix les blés approvisionnés qui n'avaient plus d'écoulement. 11 était possible ensuite à ces spéculateurs de vendre les mêmes blés sur un marché de l'intérieur, à très bon prix, car, il suffisait d'annoncer la fermeture d'un port pour faire naître des craintes de disette.
Des manœuvres de ce genre furent faites sur un grand nombre de points. Là est presque toute l'histoire du pacte de famine.
Laverdy avait conclu avec Malisset un traité pour assurer l'approvisionnement de Paris. 11 est probable que la Compagnie organisée pour exécuter le traité^ usa pour faire
1. Voir à ce sujet, les Mémoires de Baudeau dans la Revue retrospectice.
la hausse et la baisse du procédé que nous venons de décrire et que dévoila Le Trosne ; mais beaucoup d'autres spéculateurs y eurent recours. Les intendants, les Parlements s'imaginèrent que le Gouvernement, comme on l'avait raconté déjà sous Louis XIV, faisait la cherté pour enrichir le trésor. Au mois d'octobre 1768, la Chambre des vacations du Parlement de Paris fit au roi des représentations où les promesses des économistes sur les effets de la liberté furent visées :
« Au lieu de cette abondance qui devait se répandre également de toutes parts, au lieu de cette aisance, de cette félicité, de cet accroissement de population qui devaient en être les suites, on a vu la disette menacer plusieurs contrées, la misère des peuples s'accroître, leurs larmes couler, les mères de famille craindre ou déplorer leur fécondité. ))
L'arrestation, un mois après, de Le Prévost de Beaumont, dont les lamentables aventures ressemblent trait pour trait à celles de Latude et qui avait étayé une tentative de chantage sur la dénonciation du prétendu pacte de
famine, contribua encore à exciter les Parlements.
Dans une assemblée de police convoquée par la Cour de Paris, en exécution d'uneordonnance de 1577, pour examiner la question des subsistances, le chancelier Séguier dit textuellement : « Nous avions vécu tran- » quillement depuis Charles IX, et Ton est » venu tout changer. 11 s'est élevé au milieu )) de la France une secte particulière ; ses » partisans se sont érigés en précepteurs du » o^enre humain ; ils ont enseio^né les na- » lions ; ils ont crié à la liberté et le nom » de liberté a réduit tout d'une extrémité du » royaume à Tautre. Les anciennes lois si » sages, si prudentes, fruit du travail, des » recherches, des réflexions des magistrats » les plus expérimentés, qui avaient été )) jusqu'icila source de Taisance, du bonheur, » de la félicité des peuples, on les a repré- » sentées comme contraires au bien public.»
Le président Le Pelletier signala à son tour » ces écrivains éblouis par les fausses lueurs » de leur imagination ou peut-être corrom- » pus^ qui colorent par des raisons spé- » cieuses un système propre à favoriser des » gains aussi énormes qu'illégitimes ».
Laverdy^ dont la maladresse avait favorisé les manœuvres, fut renvoyé. Le malheureux pava plus tard de sa tête les fautes inconscientes qu'il avait commises.
Maynon dlnvau, qui lui succéda au contrôle général essaya de les réparer ; puis Tabbé Terray vint au pouvoir ; la liberté du commerce des grains fut supprimée, peutêtre dans des vues coupables. Les économistes furent d'autant plus atteints dans leur réputation que Malisset, en qui les marchands de grains montraient
Le galeux, le pelé d'où venait tout le mal, était l'inventeur de la mouture économique ^ dont le marquis de Mirabeau avait fait une expérience au Valfleury.
Il est permis de se demander si le silence de Quesnay, qui, à partir de février 1768, ne s'occupa plus ouvertement d'économie politique, n'a pas été causé en partie par les événements que nous venons de rappeler.
1. Grimm avait fait l'éloge de son invention en novembre 1767.
Dans Toraison funèbre que le marquis de Mirabeau prononça quatre jours après la mort de son maître, devant son buste, et en présence des économistes rassemblés, on lit :
« Je dirai avec quelle fermeté probe et concentrée^ il souffrit le vent subit d'une disgrâce aussi audacieusement ameutée que profondément méditée. La même région qui, le siècle passé, porta contre Catinat Farrét insensé des Abdéritains contre Démocrite, renouvela de nos jours ce décret odieux et stupide contre Quesnay.
» Je dirai enfin avec quelle sagesse il choisit, il mesura, il rendit honorable sa retraite et donna sans ostentation comme sans faiblesse le rare exemple de la seule bonne conduite en ce genre, qui consiste à éluder et amortir la persécution sans lui faire tète, ni la fuir. »
Le marquis de Mirabeau connaissait trop bien les faits concernant Quesnay pour avoir tenu sans motifs un pareil langage. Yisait-il les faits qui avaient accompagné la mort de M'"® de Pompadour et l'hostilité de Ghoiseul contre Quesnay? Yisait-il d'autres événements ? On ne sait.
Mais à la fin de 1770, mourut Sénac, premier médecin du roi. Sa succession fut très disputée ; elle semblait revenir de droit à Quesnay qui, quinze ans auparavant, avait failli l'obtenir. Elle ne fut donnée à personne. On dit que Louis XV voulait nommer Le Pionnier et que M™^ Dubarry poussait Bordeu. Du Pont de Xemours affirme que Quesnay refusa deux fois le poste de premier médecin ; la seconde fois serait à la mort de Sénac. En 1730, Quesnay n'aurait donc pas été disgracié et serait resté comme par le passé, premier médecin ordinaire et médecin du grand commun'.
1. M. Lorin a fait le compte de ses revenus. Ils montaient net à environ 16,000 li%'res, non compris la rente que lui avait laissée M"' de Pompadour, et ses revenus personnels:
Comme commissaire des guerres, il touchait. 900 livres. Comme premier médecin ordinaire
pour gages et habillement 2.000 1.
pour les grandes livrées . . 1 .500
à titre de pension 2.400 5.000
Comme médecin consultant 9.000
Comme médecin du grand
commun 1.8C0
Total IT.eOOiivres.
Rapportant net . . 16.072 livres.
Cependant, le médecin de ]M™^ de Pompadon r avait alors de nombreux ennemis.
Son buste fut exposé au Salon de 1771 ; Bachaumont écrivit :
« A travers les rides dont cette tête est parsemée, on y démêle la morgue pédantesque d'un agronome enflé de ses prétendues découvertes... J'ai vu quelques gens du peuple prêts à briser la statue de cet homme, en apprenant qu'il était Fauteur de la cherté actuelle des grains par les spéculations fausses et les vues funestes qu'il avait inspirées au gouvernement. »
Et à la mort du roi, Quesnay ne fut pas appelé à lui donner des soins ^ ; il n'assista même pas aux consultations qui furent ouvertes entre les médecins du service de santé. Louis XVI enfin n'eut pas pour lui les ménagements d'amour-propre qu'avait mon-
1. Journal historique (1" mai 1774) : Treize membres de la Faculté veillent continuellement sur cette personne sacrée, savoir : le sieur Le Monuier, faisant fonction de premier médecin ; deux médecins de quartier, les docteurs Lary et Bordeau, appelés de Paris ; deux chirurgiens de quartier, le sieur de la Martinière, premier chirurgien, et le sieur Ardouillé, en survivance ; le premier apothicaire et ses acolytes, etc.
très son grand-père : le 10 mai 1774, Lieutaud fut nommé premier médecin et Lassone fut désigné comme futur premier médecin ordinaire \
L'âge avancé et Fétat de santé de Quesnay servaient de prétexte à ces mesures, a A la fin de sa vie, dit Grandjean de Jonchy, les douleurs que lui causait la goutte, étaient devenues plus aiguës et presque continuelles. Il les souffrait avec une patience héroïque et disait à ses amis : « Il faut )) bien quelques maux à mon âge. » Changeant alors de propos, la conversation devenait très vive, souvent très gaie. »
« Assis auprès de notre maître, perclus, aveugle, souffrant et presque accablé, dit de son coté le marquis de Miraljeau, nous le sentions tout entier, nous Técoutions tout oracle, nous le révérions immortel. »
Quesnay travailla pourtant jusqu'à ses derniers jours et en 1770, lors du décès de Sénac, la souffrance et la vieillesse ne l'avaient pas encore accablé.
« Il a conservé jusqu'à sa mort, rapporte
1. Note des Gottinger Gelahrten Auzagen (26 juillet 1774), citée par M. Oneken.
Hévin, ce goût et cette aptitude au travail, et ceux qui vivaient avec lui familièrement ne s'apercevaient pas que sa tète avait baissé. Il avouait seulement qu'elle n'était plus en état de fournir un travail suivi sur des matières abstraites aussi longtemps que par le passé. Xous pouvons dire que, dans le mois qui a précédé sa mort, il a composé deux ou trois mémoires sur Téconomie politique dont la lecture a fait dire à un homme en place : « Il a une tète de trente ans sur un )) corps de quatre-vingts \ »
Il employait presque exclusivement ses loisirs cà Tétude des mathématiques qu'il regrettait d'avoir négligée * ; mais il s'égara. Ses amis essayèrent en vain de Tempècher de publier les résultats de son travail; il persista et fit paraître des Recherches philosophiques sur V évidence des vérités géométriques, au sujet desquelles Turgot ne put
1. Ce compliment d'un homme en place, qui peutêtre était Turgot, n'était sans doute qu'une formule de déférence. Si les derniers écrits économiques du vieillard avaient eu autant de valeur que le dit Hevin Bandeau les aurait recueillis dans les Xouvelles Eptièmérides. «