‹ Le Docteur QuesnayChapitre 32 sur 128 · Voir aux Annexes · texte numérisé non relu

Voir aux Annexes

sont lardés de coups de crayon, sans doute de la main de Quesnay, pour marquer les passages à réfuter.

Dans une de ses lettres, le prétendu chirurgien de Rouen attaqua directement Astruc:

« Peut-être que ma paresse n'aurait pas » fui les savants travaux qui Font rendu redou- » tabledans les disputes ; mais l'empreinte que » ces travaux laissent dans mon esprit m'a » toujours effrayé. Le ton décisif et imposant, » l'appareil des démonstrations, l'ordre en- » nuyeux des dissertations, la présomption «qu'inspirent des recherches que les yeux » ont faites plutôt que l'esprit... tous ces dé- )) fauts si familiers à quelques savants m'ont » dégoûté d'une vaste érudition; disciple de » la nature, je l'ai suivie dans ses détours. )>

Un peu plus loin, se trouve cette phrase que Grandjean de Fouchy semble avoir copiée pour l'appliquer à Quesnay :

« Je pourrais dire sur le même ton que » M. de Fénélon écrivant à M. de la Mothe : » Vous savez transformer le médecin en » théologien, enjurisconsulte, en antiquaire.»

Dans les autres lettres, Quesnay se moqua des médecins en général :

SCHELLE. 5

« Ils sont si persuadés de Tiitilité du babil, (ju'il y en a beaucoup qui préparent pour chaque maladie des discours qu'ils débitent dans les consultations. Xe disait-on pas, quand Chirac consultait : « Écoutons cet orateur qui s'est préparé avant d'avoir vu le malade, »

Puis, revenant à Astruc, le chirurgien lui lança ce trait: «Nous ne refusons pas nos hommages à Térudition ; ce que nous blâmons, c'est un savoir déplacé... Qu'un médecin fasse sérieusement divers personnages en même temps; que, comme un acteur universel, il paraisse en antiquaire, en naturaliste, en médecin, en chirurgien, etc., c'est le comble du ridicule».

Les sarcasmes de Quesnay ne dépassaient pas toutefois les bornes de la politesse. Plusieurs de ses confrères furent moins mesurés^; on parla du brigandage de la médecine- et nécessairement aussi du brigandage

1. Second mcinoirc poiii- h's chu-iirglens où l'on résout le problème posé par la Faculté (1736). Les médecins y sont traités de caméléons, bas et rampants chez les riches, fiers et imposants chez les citoyens d'un étage ou d'une fortune médiocres.

2. Lettre d'an médecin sur ce '/ue c'est que le brigandage de la médecine (1738).

de la chirurgie. Les attaques devinrent personnelles : un médecin^ signala que Quesnay avait publié deux ouvrages sur des questionsmédicales sans avoir obtenu l'agrément de la- Faculté et le menaça de poursuites. Le fait était exact : en 1736, Quesnay avait publié YEssai physique sur V économie animale et V Art de guérir par la saignée, sans que ces deux ouvrages eussent été accompagnés, comme d'usage, de l'approbation du doyen. Quesnay s'en était expliqué dans la préface de ce dernier ouvrage. Après avoir cité lesapprobations qu'il avait reçues, il avait ajouté :

« On y pourrait joindre aussi celle de la- Faculté de médecine de Paris, parce qu'elle avait nommé deux de ses membres pour examiner l'ouvrage et que, sur le rapport de ces deux savants docteurs, elle l'a trouvédigne de ses éloges. ^lais pour des motifs-

1. Le Bâillon, ou Réflexions adressées à l'auteur de Isu lettre insérée dans le Mercure du mois d'août dernier, au sujet de la dispute qui s'est élevée entre M. Maloet et un quidam soi-disant médecin anglais (Santeuil) d'une part, et les chirurgiens d'autre part par M...,, médecin du roi (1737).

qui ne regardent ni le livre ni Taiitear, elle a jugé à propos de supprimer son suffrage ». Il est vraisemblable que la part prise par Quesnay à la lutte contre la Faculté n'avait pas été étrangère à cette décision.

D'autres médecins ' attaquèrent vivement Tabbé Desfontaines qui soutenait la cause de la chirurgie dans ses Observations sur les écrits des Modernes.

Ils prétendirent qu'il était à la solde des chirurgiens et qu'il refaisait leurs écrits. « Nous savons, disaient-ils, que Petit paye la polémique, nous savons d'un imprimeur de Rouen qu'il a fait composer à ses frais les douze lettres d'un chirurgien de Rouen *. »

Desfontaines se défendit énergiquement d'avoir prêté le concours de sa plume; il avoua que les chirurgiens Favaient consulté sur leurs deuxpremiers opuscules, mais, ajouta-t-il, (( ils étaient entièrement achevés quand ils me firent cet honneur; ils ont cru avec raison que cela était inutile, en sorte que je

1. Piocope Coupeaux, Précis de la dispute entre M. Astruc et M. Petit, maître barbier chirurgien.

2. Procope Coupeaux, Lettre d'un ai^ocat de Paris à un de ses amis de province.

n'ai vu leurs autres écrits qu'avec le public ».

Il est toujours facile de nier ce qui ne peut être prouvé; mais les chirurgiens auraient commis une imprudence s'ils avaient donné leurs brochures à Fimpression sans les avoir fait revoir par un homme de lettres; il nous semble probable que l'abbé Desfontaines fut plus ou moins leur teinturier.

Sa collaboration à V Histoire de la chirurgie est admise par les bibliographes. Quesnay qui rédigea les mémoires présentés en justice parles chirurgiens a dii aussi prendre une large part à la composition de ce gros ouvrage dont La Peyronie fît lire, avant Fimpression, des morceaux à LWcadémie de chirurgie^ et qui contient comme annexe une foule de documents sur la communauté de Saint- Gôme. On ne doit pas oublier ce qu'a dit Hévin de l'importance des recherches juridiques laites par son beau-père. L'intervention de Desfontaines n'empêcha pas toutefois T/A'^/oiVe de la chirurgie d'être indigeste. Le livre était destiné à prouver que le collège de chirurgie avait toujours été indé-

Page 1