Mémoires de A/"* de Brancas
2. Chicoj'neau avait été nommé premier médecin du roi en remplacement de Chirac, dont il était le gendre. Il était, dit M. Paul Reclus, l'ami de La Peyronie et
En 1743, le 23 avril, il obtint une Déclaration qui sépara définitivement les chirurgiens d'avec les barbiers.
« L'École de chirurgie, est-il dit dans le » préambule de cette déclaration, a mérité )) depuis longtemps d'être considérée comme )) l'école presqu'universelle de notre ro- » yaume.., Xous savons que le désir de se » rendre toujours de plus en plus utiles au » bien public a inspiré aux plus célèbres » chirurgiens de la même école, le dessein » de rassembler les différentes observations » et les découvertes que l'exercice de leur )) profession les met à portée de faire pour en )) former un recueil dont le premier essai » vient d'être donné au public...
« Les chirurgiens de cette école ont jus-
11 avait comme lui pour ennemi, l'acariâtre Faculté de Paris, parce que les docteurs régents de la capitale étaient Indignés que l'on n'eût pas choisi parmi eux le premier médecin du roi. Chirac, qui était sorti delà Faculté de Montpellier, avait imaginé pour vaincre l'autorité de la Faculté de Paris la création d'une Académie de médecine. C'est de ce projet qui ne se réalisa pas, dont Maréchal et La Peyronie s'emparèrent au profit de la chirurgie. — Louis, Hist. de V Académie dans le recueil des mémoires de cette académie.
» tifîé par Timportance de leur découvertes, )) les marques d'estime et de protection que » les rois ont accordées à une profession » importante pour la conservation de la vie » humaine, mais les chirurgiens de robe » longuequi en avaient été Tobjet ayant eu » la faculté de recevoir par lettres patentes )) de mars 1656 un corps entier de sujets )) illettrés qui n'avaient pour partage que » Texercice de la Barberie et Fusage de quel- » ques pansements aisés à mettre en pratique, » Fécole de chirurgie s'avilit bientôt par ce » mélange d'une profession inférieure. «
En conséquence, il fut décidé que le brevet de maître en chirurgie à Paris ne serait dorénavant donné qu'à ceux qui auraient préalablement obtenu le titre de maître èsarts dans une des universités du royaume et « la Barberie fut réservée à la communauté »des maîtres barbiers-perruquiers étuvis- » tes. »
(( Le procès est jugé tacitement, note Barbier en juin 1743, et perdu pour les médecins. Il n'est plus question d'hommage. Il y a plus ; tous ceux qui seront reçus dans la suite, étant lettrés, joindront à la science de
la chirurgie et de l'anatomie la connaissance de la médecine et dans quinze ans d'ici seront préférés aux simples médecins dont la science, en effet, n'est que conjecturale. »
« La victoire, dit aussi Hévin, était le fruit et la récompense du premier volume des mémoires que l'Académie de chirurgie présenta au roi. »
Elle était due plus encore à l'influence personnelle de La Peyronie, mais elle ne fut pas aussi' complète que le pensait Barbier et que l'espéraient les chirurgiens.
Interprétant la déclaration, ils avaient supposé qu'elle rendait le collège de chirurgie entièrement indépendant de la Faculté. Gomme ils avaient convoqué le doyen pour des examens qui devaient avoir lieu le 19 mai, ils le laissèrent venir au jour fixé ; mais quand il se présenta, ils lui firent dire que les examens étaient ajournés; ils eurent lieu le 29, hors de sa présence.
La Faculté réclama aussitôt devant le Parlement; un arrêt du 4 septembre décida que le collège de Saint-Côme ne pourrait procéder à la réception des maîtres-chirurgiens sans que le doyen de la Faculté,
avec deux docteurs, eussent assisté aux examens.
Le roi avait donné raison aux chirurgiens ; la Cour donnait raison aux médecins. Les deux parties recommencèrent à se déchirer.
« Il s'est élevé une tempête contre La Peyronie, au sujet d'une déclaration qu'il a obtenue de M. le Chancelier sur un changement qu'il veut introduire dans la chirurgie, écrit le 18 juillet M"^^ de Tencin, amie d'Astruc, l'un des principaux adversaires des chirurgiens. Je vous envoie des Remarques qu'on a laites sur cette déclaration, qui vous mettront au fait. Je ne suis pas fâchée que La Peyronie essuie des travers ; c'est un drôle très dangereux et de plus livré à Maurepas. »
Les Remarques dont il est question dans cette lettre sont probablement les Réflexions sur la déclaration du roi, publiées par le médecin Procope et dans lesquelles La Peyronie était accusé d'avoir trompé le roi au sujet des barbiers.
Dans des Observations' sur la brochure
1. Observations sur les Réflexions sur ta déclaration du roi du 23 avril 1 743 concernant ta comniu-
de Procope, qui ne peuvent être attribués à Quesnay avec certitude, il fut reconnu une fois de plus que Tétude des lettres, du latin, du grec, de la philosophie, était indispensable à Texercice des arts médicaux et que la science était encore plus essentielle aux chirurgiens que la pratique. Mais Tignorance des docteurs de la Faculté fut de nouveau mise en relief: « Tout le monde sait le mépris des nations savantes pour les médecins de la Faculté de Paris. Voici ce que m'écrit un des physiciens les plus éclairés : Parmi tous ceux qui exercent la médecine, on ne voit aucun vestige ni de génie, ni de savoir ; des esprits lourds, qui ignorent Tanatomie, la physique, les principes de leur art, et voilà les maîtres de la vie des misérableshumains ».
Procope riposta et faisant allusion à Tun des travaux de Quesnay, publiés dans les mémoires de TAcadémie de chirurgie, il èciivit :
« L'auteur des Observations prétend que c'est la science qui fait l'essentiel d'un bon (^hirurgien. J'en connais qui se croient capa-
nauté des maîtres chirurgiens de la cille de ParHs. Ces observations eurent deux éditions.
blés de faire des Dissertations sur les vices des humeurs et qui ne laissent pas d'être de très mauvais chirurgiens. »
Un autre docteur, Bouillhac, premier médecin du Dauphin et de Mesdames, lança à (Juesnay le même reproche d'inhabileté professionnelle.
A cette époque, intervint dans la lutte un nouveau champion, La ^lettrie, docteur de Leyde, que ses opinions matérialistes feront bientôt persécuter. Il venait, après Astruc, de publier un traité De Veneris morbis\ Tout d'abord les deux auteurs s'étaient fait des compliments; ils s'étaient ensuite divisés. Alors La Mettrie se mit à attaquer son confrère et avec lui toute la Faculté de Paris. Dans un pamphlet que le Parlement condamna au feu, La politique du médecin de Machiavel^ et dont Voltaire a dit que c'était le livre d'un enragé et d'un malhonnête homme ', il griffa les médecins avec autant de verve que de méchanceté, non sans égratigner, en passant, quelques chirurgiens. Toutes les célébrités médicales y passèrent,