Lettre à son frère, dans Loménie, Les Mirabeau
3. Un mot de M""' du Hausset permettait toutefois de supposer que Quesnay avait un logement à Paris, où il recevait du monde. Ce renseignement est confirmé
SCHELLE. 7
elle ne disait pas quelquefois quatre paroles, rapporte M™^ du Hausset.
Un jour, la marquise reçut sur la tête un portrait du roi qui était pendu au mur et qu'elle fit tomber en fermant un secrétaire; Quesnay, après avoir ordonné des calmants, la fit saigner par le chirurgien \ Il dut aussi la soigner dans des circonstances plus graves; au dire de Dupont de Nemours, il lui aurait deux fois sauvé la vie. En tout cas, il la suivait dans toutes ses résidences. Au château de S*-Hubert, construit pour elle et achevé on 1758, il avait une chainbre au premier étage, meublée d'un lit drapé de siamoise de Rouen, d'une bergère, d'un fauteuil et de deux chaises ^
M'"^ de Pompadour alla jusqu'à lui demander des conseils « sans lui tout dire ^) sur les moyens à employer pour retenir le roi près d'elle. Quesnay se tira de cette consultation scabreuse par des prescriptions d'hygiène :
dans V Enfance et la Jeunesse de Du Puni de Nemours racontées par lui-nième, 1906.
2. liappelons en passant que Quesnay avait été apprenti graveur et que M"" de Pompadour gravait habi. lement.
« Portez-vous bien, tâchez de bien digérer, faites de Texercice^). Et le procédé réussit pendant quelque temps, paraît-il, car la favorite dit à sa femme de chambre : « Je crois que le docteur a raison, je me sens tout autre. »
Lorsque sa santé fut tout à fait mauvaise et qu'elle eut de violents battements de cœur, elle fit des infidélités cà Quesnny \ L'un des médecins qu'elle consulta la fit promener dans sa chambre, soulever un poids, marcher vite pour savoir si les désordres venaient du cœur ou des nerfs. Ouesnay, à qui la consultation fut rapportée, dit : « J'ai rarement entendu parler de ce médecin, mais sa conduite est d'un habile homme. »
Les infidélités étaient d'ailleurs passagères;
1. Elle était crédule. Un jour, elle alla visiter une devineresse qui lisait l'avenir dans du marc de café. Elle écoutait volontiers le comte de Saint-Germain en qui Quesnay vit de suite un charlatan. Saint-Germain prétendait qu'il taisait grossir les perles fines. « Les perles, disait Quesnay, sont une maladie des huîtres ; il est possible d'en saisir le principe, mais iM. de Saint-Germain n'en est pas moins un charlatan puisqu'il a un élixir de longue vie et donne à entendre qu'il a plusieurs siècles ; le maître en est entêté et en parle quelquefois comme étant d'une illustre naissance. »
la marquise retournait vite à Quesnav; quand elle fit son testament \ elle Yj inscrivit pour une pension de 4000 livres.
11 reçut d'elle beaucoup d'autres marques de bienveillance.
Les actes de baptême de ses petits-enfants, recueillis par M. Lorin, en sont une preuve. Le 24 janvier 1750, M™^ de Pompadour fut marraine du premier-né de Guillaume-Biaise Quesnav, fils aîné du docteur ; le parrain était dWrgenson^ ministre de la guerre. Le 18 mai de la même année, le premier enfant d'Hévin fut tenu sur les fonts baptismaux par le comte de S'-Florentin et par la comtesse d'Estrade.
En 1753, le 1^^ juin, le second fils d'Hévin eut pour parrain [Nlachault et pour marraine, la jeune Alexandrine, fille de M™^ de Pompadour.
Le 30 mars 1761, celle-ci fut marraine d'un autre enfant d'Hévin, une fille; son compère était le duc d'Aven, que Quesnay connaissait avant d'être entré à la Cour.
1. En 1757. Quesnay ne la soigna pas dans sa dernière maladie ; nous dirons plus loin pour quels motifs.
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On voit quel chemin avait fait Tancien chirurgien de Plantes. Il y a loin de ces actes de baptême où figurent de hauts personnages à ceux que nous avons cités précédemment, au sien, à ceux de ses frères et sœurs.
En 1753, dans la dédicace d'un de ses livres \ Quesnay a exprimé publiquement sa gratitude à M™® de Pompadour :
« La confiance dont vous m'honorez me donne un avantage sur tous ceux qui, comme moi, vous adressent leurs respects. Elle me met à portée de voir chaque jour le principe même de ces sentiments généreux dont les autres ne ressentent que les effets. Oui, Madame, j'admire sans cesse cette bonté d'âme qui s'étend à tons et qui met tant d'attention à saisir les instants de faire le bien, et tant de souci à en éviter l'éclat. C'est à ce trait qui vous distingue singulièrement que je consacre mon hommage et le respect infini avec lequel je suis, etc. )>
Cette épître dut toucher le cœur de la favorite. Voltaire fut moins heureux : dans la dédicace de sa Tragédie de Taiicrède (1760)