Traité des Jîcrres continues
il laissa échapper cette phrase : « Si quelque censeur pouvait désapprouver Thommage que je vous rends, ce ne pourrait être qu'un cœur né ingrat. » Voltaire semblait rougir de son hommage. Une lettre anonyme, il en pleuvait chez M™^ de Pompadour, signala la maladressa de l'écrivain. La lettre passa sous les yeux de Marigny, de Collin, premier valet de chambre de la favorite, de M™^ du Hausset et de Quesnay. Tous furent obligés de reconnaître que Tanonyme avait raison.
Cette anecdote montre comment Quesnay vivait dans la maison de M'°^ de Pompadour. Il était au courant de tout ce qui s'y passait d'important. Il voyait souvent le duc d'Ayen, et très fréquemment Marigny qu'il aimait beaucoup parce qu'il le trouvait simple, peu ambitieux et de bon jugement'.
« ^ ous valez votre pesant d'or pour le sens et la capacité pour votre place (la surintendance des beaux-arts et pour votre modération, (lit-il. quand Marigny s'opposa à ce (|u\iii Le Normand lïit ministre de la
1. (( On ne veut le voir que comme le frère de la favorite, disait-il, et parce qu'il est gros, on le croit lourd et épais d'esprit. »
marine... Il n'y aura pas un vaisseau de pris que Madame n'en soit responsable au public et vous êtes bien sage de ne point songer au ministère pour vous-même \ »
Aussi M™^ du Hausset puisait-elle, pour écrire ses mémoires, des renseignements auprès du docteur qu'elle appelait son oracle^
En raison de sa situation, Quesnay fut mêlé à des affaires, ou désagréables, ou
1. Le frère de M"" de Pompadour porta d'abord le titre de marquis de Vandièvre ; il acheta ensuite la terre de Marigny que La Peyronie avait léguée à l'Académie de chirurgie et dont les revenus étaient employés en grande partie aux frais de villégiature de plusieurs membres sous prétexte de surveiller l'exploitation.
2. C'est de lui qu'elle tint l'aventure plaisante de Bernis qui, voulant être premier ministre, entreprit de persuader au Roi que, dans les temps difficiles, il fallait un point central. C'est chez Quesnay que Marigny raconta l'anecdote sur le roi de Prusse qui, après avoir annoncé qu'il voulait soutenir un homme supérieur, offrit une pension de 1200 livres. C'est encore devant Quesnay que de Gontaut raconta ce qu'avait dit le roi, après l'attentat de Damiens, sur les Parlements : « Sans ces conseillers et ces présidents, je n'aurais pas été frappé par ce monsieur ».
dangereuses. L\me de celles où Ton rencontre son nom est TafTaire Latude.
Quesnay était depuis très peu de temps au service de la favorite quand on vint lui dire quon avait découvert un complot dirigé contre elle.
Un aventurier, ancien soldat, puis garçon chirurgien, dont le vrai nom était Jean Henri, mais qui se faisait appeler Danry et qui prit plus tard, sans nul droit, le nom de Mesers de Latude, avait mis à la poste une boîte remplie de poudre pour la tète, d'alun, de vitriol, de larmes bataviques reliées entre elles par des ficelles \ Il s'était ensuite rendu à Versailles et avait raconté que, par l'effet du hasard, il avait appris qu'un terrible engin allait parvenir à M™^ de Pompadour. Quesnay fut chargé d'ouvrir la boîte quand elle arriva. Il constata qu'elle ne renfermait rien de redoutable; il observa toutefois qu'en raison de la présence de l'alun et du vitriol, on pouvait se trouver en face d'une tentative criminelle, maladroitement exécutée.