‹ Le Docteur QuesnayChapitre 60 sur 128 · L'Enfance et la Jeunesse de Dupont de Nemours · texte numérisé non relu

L'Enfance et la Jeunesse de Dupont de Nemours

Marmontel raconte que, sollicitant la survivance de la place que Moncrifï' avait dans les Postes, il pria Ouesnay de lui faire avoir une audience de M™^ de Pompadour. L'audience fut accordée. Avant de s'y rendre, Marmontel passa chez le docteur qui ne s'enquit même pas de ce que son protégé allait demander. L'auteur des Contes moraux ne dit pas qu'il ait, en d'autres occasions fait appel au crédit de Quesnay; mais, à l'époque où il désirait et où il obtint la fructueuse direction du Mercure, il lui laissait croire qu'il allait devenir le prosélyte de ses doctrines.

Un autre solliciteur de Quesnay fut le bailli de Mirabeau qui s'était désigné pour le ministère de la Marine; son frère, l'Ami des hommes, l'engagea à rechercher la protection de M"® de Pompadour en se servant «pour l'ostensoir )> de l'abbé de Bernis et « par l'en-dessous » de Quesnay, sa conquête de la faculté.

L'austère bailli avait répondu^ : « Aucun

1. 29 juillet 1757. Deux ans auparavant, le bailli avait fait parler en sa faveur « à la cause etficiente » pour un poste d'ambassadeur à Constantinople et s était adressé

marin ne connaît la personne en (jiiestion (M™^ de Pompadoiir . Est-ce à moi à leur montrer le chemin?» Puis, après réflexion : « Je n'ai pas cependant renoncé à une idée assez bizarre qui est de me faire désirer Là. Je fus hier dîner chez ta conquête qui est un homme de beaucoup d'esprit; il y avait deux ou trois sous-ordres que je trouvai très-polis et fort bonnes gens. L'amphytrion a de Tesprit comme un diable. Je restai avec lui jusqu'à près de sept heures sans m'en être aperçu, ni lui non plus. 11 me fît sur cela un petit compliment que je lui rendis de très bon cœur. »

Quesnay devait être le principal intermédiaire auprès de la favorite. « Quant à mon ami ostensoire, lit-on dans une lettre du marquis, il ne sera, ou je me trompe fort, jamais que cela. »

Mais (c Ten-dessous » ne donna pas ce que Ton en attendait; le bailli n'eut pas la Marine et son admiration pour Quesnay s'en ressentit : « Tu me parles de ton docteur, écrivit-il à son frère ; il prêche fort à son aise et il

l'année suivante à Bernis qui avait promis de le présenter â la marquise, mais qui ne s'était pas exécuté.

me paraît ressembler pas trop mal à Senèque qui, avec ses richesses immenses, prêchait le mépris des richesses. Celui-ci logé, vêtu, nourri, exalté, existant enfin par le plus grand de tous les abus, crie contre les abus, mais plus quand il est vis-à-vis de toi que quand il est vis-à-vis de plusieurs autres. »

« Rends plus de justice au docteur, répondit le marquis, il est bon valet et fidèle, mais nullement esclave. »

Le bailli riposta : «Je n'ai jamais eu que la même idée du docteur; je lui connais une tête très-agissante. Je ne sais pas s'il a le cœur très-chaud. Je n'en crois rien\ »

Tel n'était pas le sentiment de l'Ami des hommes, qui recourait volontiers au crédit de Quesnay. On trouve, en effet, au bas d'une lettre que lui adressa ce dernier à propos du Tableau économique : « J'ai remis le placet et point de réponse^ »

Beaucoup d'autres personnes faisaient comme Mirabeau.

En 1757, Quesnay obtint, sur les instances de La Gondamine, la liberté de La

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