L'art de guérir par la saignée
» m'appelant auprès de votre personne... C'est » sous vos yeux que j'ai tenté de rendre, par » de nouvelles recherches, cet ouvrage plus » utile. . . Je devrai cet avantage aux ressources, » aux facilités dont votre générosité m'a pré- » venu dans mon travair. «
Le « premier essai » dont parlait ()uesnay avait été publié en 1736. La même année avait paru la première partie de V Essai physique sur Véconomie animale, qui servait d'introduction au précédent. La seconde partie de V Essai physique ne fut donnée à l'impression que onze ans plus tard.
Trois autres traités complètent l'œuvre médicale de Quesnay :
Le Traité sur la Suppuration, et le Traité sur la Gangrène, parus tous deux en 1749 ; le Traité des fièvres continues, daté de 1753.
Grandjean de Fouchy dit à propos de ce dernier ouvrage: « C'est le plus intéressant peut-être qui soit sorti de sa plume. Il a été composé entièrement à Tarmée, au milieu du
1. Traite des pjf'ets rt de l'usa/jc de la sanjnêe, nouvelle édition, 1750. Dédié au duc de Villeroy, pair de France, maréchal de camp, gouverneur de Lyon.
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tumulte d'un camp et dans une grange qui servait de logement à lui et à tout son monde et où il s'était retranché sur un tas de paille. »
Le biographe a du se tromper. C'est en 1744 que Quesnay suivit Villeroy à l'armée. Il est peu probable qu'il ait attendu près de dix ans pour publier un ouvrage composé si facilement.
En tout cas, les travaux médicaux de Quesnay eurent du succès, n'en jugerait-on que parle nombre des éditions\
Que valaient-ils ? Nous ne pouvons à cet égard que nous en rapporter à autrui.
D'après les Observations sur les écrits des modernes^ dont Timpartialité est peut-être discutable, ils étaient remplis d'observations » toutes nouvelles «sur la nature des humeurs,
1. Deux pour- le Tmiti' rîr' In saigner, 1750, 1770, sans compter VEssai paru en 1736.
Deux poar le Traite de la gangrène, 1749 et 1771.
Trois, du vivant de l'auteur, pour le Traité de la suppnrntion, 1749, 1761 et 1770: une autre, posthume, 1776.
Trois aussi pour le Traité des fiérres continues, 1753. 17^7 et 1770.
Tous ces traités sont accompagnés de Tables analytiques détaillées à Texcès et probablement faites par Hévin.
sur les tempéraments, sur les effets des intempéries, sur la saignée, sur les vices de la digestion, sur les inflammations, sur la petite vérole, etc.
D'après le Pour et Le Contre^ autre revue du temps, la nouveauté portait sur Tinfluence des tempéraments, sur le pouls et la vitesse de la circulation.
Le Journal des Savants, organe de la faculté de médecine, est moins favorable sans être méprisant.
Le Dictionnaire des Sciences Médicales a vanté surtout l'érudition de Quesnay qui pourtant n'en faisait pas étalage.
M. le docteur Ferrand qui a fait en 1896 une intéressante communication à TAcadémie de médecine sur Tœuvre médicale de Quesnay a dit :
« J'ai trouvé à la lecture de ses ouvrages, un intérêt que je ne crois pas inspiré par une simple curiosité de chercheur, ni par un amour exagéré dupasse, ni par une partialité de compatriote, mais un intérêt justifié par rimportance qui s'attache à révolution de nos sciences médicales, à leur histoire et aux enseignements qu'on en peut tirer. »
Pour la gangrène, Quesnay << a su distinguer entre la gangrène ou mortification et la pourriture ou décomposition des éléments déjà frappés de mort. Il n'a pas été moins heureusement inspiré en étudiant les rapports qu'il y a entre la gangrène, Tasphyxie locale et la syncope locale. L'esprit analytique dont nombre de médecins anciens ont fait preuve se retrouve dans le soin que met Quesnay à classer les différentes espèces de gangrènes; lepoint le plus curieux peut-être est celui où l'auteur traite de Tinfection de la plaie par des produits, et aussi de l'infection par l'air, comme causes fréquentes de gangrène. Et il est remarquable que les agents thérapeutiques dont il conseille l'emploi sont bien ceux auxquels on peut attribuer, bien qu'à un léger degré, quelque effet antiseptique... Ce qu'il faut atteindre, il l'a compris, ce n'est pas l'odeur nauséabonde, toute malsaine qu'elle puisse être, c'est ce que ingénieusement, il appelle V/trtrrogèiie inconnu^ ce qu'on a nommé depuis le miasme, ce qu'on nomme aujourd'hui le mici'obe. »
Le Traité de la suppuration, que Quesnay appelle la suppuration purulente pour la dis-
tinguer des suppurations putrides, est un ouvrage plus considérable que le Traité de la gangrène^ mais, d'après M. Ferrand, moins personnel peut-être et reflétant les principales erreurs de Tépoque à laquelle il fut composé. La personnalité de l'auteur s'affirme davantage dans le livre sur la Saignée. Elles sont afFranchies des hypothèses humorales dont est encombré le traité de la suppuration. Avec Bœrrhave, Quesnay condamne les sectes médicales qui se disputaient le champ des fièvres et émet des considérations souvent remarquables dans la description des phénomènes.
V Essai physiquesurlaPhysiologieanimale fut le plus discuté de tous les livres de Quesnay\ On y trouve, comme dans les autres, la
1. Le passage suivant sur l'Histoire de la Médecine a été supprimé dans la 2' édition :
(( La seconde espèce de théorie est l'histoire de la théorie même. Cette espèce de théorie est plus curieuse qu'utile. C'est assez qu'on sache les choses telles qu'elles sont dans leur état présent ; il importe peu pour la pratique d'en connaître la date, le lieu de leur origine, les auteurs qui ont traité les premiers des changements qui y sont survenus et toutes les circonstances qui y ont contribué- »
marque de connaissances étendues et Ton y rencontre des vues intéressantes en physiologie et en psychologie, mais aussi des vues trop hardies. L'imagination y tient trop de place, a dit Haller. Le savant allemand a en outre reproché à Quesnay, la o prolixité de son style asiatique » et Timportance des emprunts faits à Bœrrhave sans les signaler\
Il ne parle pas des emprunts que Quesnay aurait faits à d'autres auteurs et notamment à Haller même. La Mettrie a été moins réservé, on Ta vu ; il a accusé nettement Quesnay d'avoir pillé Haller aussi hien que Boerrhave.
Il faut toujours se méfier des accusations de ce genre ; en matière scientifique, la paternité présente de l'incertitude. On ne doit pas oublier d'ailleurs que Haller et La Mettrie étaient médecins. Ce dernier ne dit-il pas : « M. Quesnay juge et condamne les médecins avec une désinvolture extraordinaire. Il
1 . Le Journal des Savants dit comme Haller à propos de Bœrrhave (article de Burette). Quesnay s'est défendu dans la Réponse à l'écrit intitulé : Clèon à Eudoxie,
se vante de vingt ans crexercice de la médecine quoiqu'il ne soit que chirurgien ^ ».
A partir de 1753, Quesnay ne composa plus d'ouvrages médicaux et se borna à rééditer ou à laisser rééditer ses livres.
Sa réputation était pourtant bien établie. Membre de l'Académie des sciences et belleslettres de Lyon depuis 1735, membre de la Société royale de Londres, il avait conservé à l'Académie de chirurgie le titre de secrétaire vétéran et était entré en 1751, comme associé libre, à TAcadémie des sciences, où il comptait beaucoup d'amis ^
Les chirurgiens avaient maintenu son nom sur le tableau des membres de leur collège ; ils placèrent ensuite son portrait dans la chambre du Conseil de l'Académie, à côté des portraits des chirurgiens les plus célèbres, et cet honneur ne fut accordé qu'à deux hommes de leur vivant, à lui et à Petit.
1. Les docteurs diplômés méprisaient les chirurgiens en d'autres pays qu'en France. Une querelle très vive s'éleva en Danemarck entre les membres des deux professions.
2. En remplacement du marquis d'Albert. — Son élection eut lieu le 5 mai 1751 ; il fut remplacé par Ménard de Choisy, contrôleur général de la maison du roi.