‹ Le Docteur QuesnayChapitre 67 sur 128 · QUESNAY ET L'ENCYCLOPÉDIE · texte numérisé non relu

QUESNAY ET L'ENCYCLOPÉDIE

I. Articles de Quesnay dans l'Encyclopédie. — II. Précurseurs de Quesnay, Boisguilbert, Vauban, Melon. Du Tôt, Locke. — III. Cantillon, D'Argonson, Forbonnais. — IV. Article Fermiers. Article Grains. — V. Articles inédits : Hommes, Impôts, Intérêt de l'argent.

Quesnay était depuis peu de temps à la Cour lorsque parurent les premiers volumes de VEnci/clopédie\hesTéd3icieixrs du vaste recueil étaient les familiers de son entresol. Il s'associa bientôt à leur œuvre et leur donna d'abord un article de pure métaphysique au mot Ei^idence. On le trouve dans le 6® volume, publié en 1756. Dans les précédents, avaient figuré des articles économiques de Forbon-

nais et aussi l'article de J.-J. Rousseau sur V Economie (morale et politique).

L'année suivante, V Encyclopédie contint un article de Quesnay au mot Fermiers qui avait été probablement rédigé à la fin de 1755, car c'est à ce moment que Voltaire envoya à d'Alembert ses articles pour la lettre F.

En 1757, parut l'article Grains qui — nous le supposons pour des motifs analogues — avait été composé en 1756'.

L'attentat de Damiens amena des persécutions contre les philosophes. Au commencement de 1758, d'Alembert songea à abandonner la direction du Dictionnaire ; Voltaire engagea les Encyclopédistes à se mettre en grève. En 1759, le privilège de V Encyclopédie fut révoqué. Quesnay cessa sa collaboration. Il avait cependant préparé d'autres articles, pour les mots Fonctions de rame*.

Hommes, Impôts, Intérêt de l'argent.

1. Toutefois le Financier citoyen, daté de 1757, y est visé; mais Quesnay a pu ajouter cette indication sur les épreuves.

2. Annoncé dans l'Introduction du tome VI de TEncyclopédie. Diderot, en donnant la liste de ses collaborateurs, dit que plusieurs personnes qu'il regrettait de ne

On ne sait pour quels motifs le premier n'a pas paru. Nous supposons qu'il été utilisé par son auteur pour la rédaction d'une brochure dont le titre seul nous est connu et dont nous dirons un mot plus loin.

Le second, Hommes, existe en copie manuscrite, à la Bibliothèque nationale ; le troisième. Impôts, qui avait été annoncé dans Tarticle Grains, existe aussi en copie, aux Archives de Limoo^es, avec des notes de Turbot.

Quant au dernier, Intérêt de V argent, il a été inséré, en totalité ou en partie, dans le Journal de V agriculture, du commerce et des finances, en 1765, sous le titre d'Observations sur ^intérêt de l'argent par M. Nisaque, anagramme deQuesnay. Il n'a pas été ensuite reproduit par Du Pont de Nemours dans le recueil des œuvres du maître^ intitulé Physiocratie.

La place qu'occupait Quesnay à la Cour lui imposait une grande réserve. On conçoit que, comme Turgot, il ait renoncé à collaborer à V Encyclopédie lorsqu'elle ne fut plus un ouvrage autorisé. Déjà, il avait signé les

pouvoir nommer lui avaient donné des articles et l'une d'elles les articles Évidence et Fonctions de l'ànie.

articles Fermiers et Grains, non Quesnay, mais Quesnay le fils, par une sorte de désaveu de paternité. Quant à Farticle Evidence, il avait été inséré sans signature.

Il méritait pourtant d'être reconnu. La philosophie était familière à Fauteur. Dans la préface des Mémoires de V Académie de chirurgie, dans VEssai physique sur Véconomie animale^ il avait émis des opinions fermes et non dénuées d'intérêt sur laméthode, sur Torigine des idées, sur le libre arbitre et sur l'immortalité de Tâme.

A ses yeux, le libre arbitre était un des attributs essentiels de Fâme; il en prouvait Tindépendance, par rapport à la matière, et par conséquent Timmortalité, nulle substance n'étant par elle-même susceptible de destruction. Mais Quesnay reconnaissait que l'homme est constamment sous l'empire des motifs, soit qu'ils préviennent les actes, soit qu'ils les dirigent, soit qu'ils les déterminent. La liberté, disait-il, consiste dans le pouvoir de délibérer pour se déterminer avec raison à agir ou à ne pas agir. « L'intelligence suprême a voulu que l'homme fût libre; or la liberté est mue par différents motifs qui peu-

vent le maintenir dans Tordre ou le jeter dans le désordre ; il fallait des lois précises pour lui marquer exactement son devoir envers Dieu, envers lui-même, envers autrui, et pour qu'il fût intéressé à les observer ; c'est dans ces vues que la religion et la politique se sont réunies à Tordre naturel pour contenir plus sûrement les hommes dans la voie qu'ils doivent suivre \ » C'est, presque dans les mêmes termes, le langage que Montesquieu a tenu plus tard au début de VEsprit des Lois. Mais Quesnay insistait plus que Montesquieu sur Texislence d'un ordre naturel indépendant de Tintervention des législateurs religieux ou politiques. D'après lui, chaque homme, étant libre, a un droit naturel, mais comme aucun homme ne vit isolément, le droit naturel de chacun est limité par le droit naturel des autres, sans que l'antagonisme résultant de cette limitation mutuelle soit permanent. L'ordre, affirmait il, est indispensable à Texistence des individus et est la règle finale des rapports des hommes ; « des êtres intelligents aperçoivent manifes-

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