‹ Le Docteur QuesnayChapitre 7 sur 128 · Près Crespières, à quelques lieues de Méré · texte numérisé non relu

Près Crespières, à quelques lieues de Méré

Le récit des biographes est accompagné d'anecdotes dont l'invraisemblance saute aux yeux.

Pour montrer le degré de curiosité du jeune François, ils racontent que, dans les grands jours d'été, il partait quelquefois de Méré au lever du soleil, allait à Paris acheter un livre et rentrait chez ses parents le soir, après avoir lu en route le livre qu'il était allé chercher. Méré est à plus de 40 kilomètres de Paris; faire plus de 20 lieues en un jour, en lisant en chemin, c'est beaucoup!

Les panégyristes racontent encore que le chirurgien d'Ecquevilly n'avait pas de diplômes, que, pour s'en procurer un, il s'empara en cachette des cahiers de son élève et les présenta au lieutenant du premier chirurgien du roi comme renfermant des leçons qu'il avait données ; le lieutenant, ayant trouvé les leçons excellentes, lui aurait délivré, sans autre examen, des lettres de maîtrise. Mais les panégyristes nous disent que Quesnay ignora la supercherie et ils n'indiquent pas comment elle fut connue.

Ils rapportent enfin que, lorsque Quesnay eut, à seize ans et demi, achevé des études

correspondant à peu près aux humanités et se fut ainsi suffisamment pénétré de Gicéron et de Platon, sa mère lui mit un Montaigne dans les mains en lui disant : « Tiens, voilà pour t'arracher l'arrière-faix de dessus la tète ». Un des biographes ajoute : « On ne saurait s'étonner que le fils d'une telle mère ait été un homme original, peu assujetti aux préjugés, propre à se frayer lui-même les routes qu'il voulait parcourir. »

Ce qui est étonnant, c'est qu'une femme de campagne, mariée à dix-sept ans à un laboureur, constamment absorbée par des occupations matérielles et par les soins de la maternité, ait pu porter sur Montaigne le tin jugement qui lui est attribué. Elle attachait, en réalité, si peu d'importance aux connaissances littéraires que non seulement elle n'apprit pas à lire à son fils, mais qu'elle n'enseigna ])as à écrire à celle de ses filles qui resta le plus longtemps près d'elle.' Dans l'acte de mariage de cette dernière, âgée alors de trente-deux ans, se trouve cette

1. Marie-Anne, née en 1696, qui épousa en 1728 uu laboureur de Coignières, près Trappes.

phrase caractéristique : « L'épouse ayant déclaré ne savoir signer. »

En tout cas. M'"'' Quesnay, devenue veuve en 1707, mit quelques années plus tard, en octobre 1711, François, alors âgé de dix-sept ans, en apprentissage chez un graveur de Paris, Pierre de Rochefort'. Celle profession était alors à la mode : « La France était remplie de graveurs », dit ^lonteil.

Un autre fait non moins certain, c'est que ( hiesnay obtint, on ne sait à quelle date, le grade de maître ès-arts qu'il a inscrit à la suite de son nom sur le titre de plusieurs de ses ouvrages. Ce grade, qui donnait le droit d'enseigner les humanités et la philosophie, était conféré par TL'niversité après deux examens devant quatre examinateurs et devant le Chancelier de Notre-Dame ou de Sainte-Geneviève qui remettait le bonnet au candidat heureux. Il est possible que

1 . Le frère aîné de Quesiiay avait été placé de bonne heure chez un marchand de Montfort. Il est mort dans cette ville en 1713. La même année, deux sœurs de Quesnay se marièrent, l'une à un nommé Serre, d'Auteuil (à 7 km. de Montfort). l'autre à son cousin Lefebvre, de Saint-Léger en Y vélines (à 7 ou 8 km. de Montfort, dans la forêt de Rambouillet).

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