Voici le texte de ces Maximes
1) Les travaux d'industrie ne multiplient pas les richesses.
2) Les travaux d'industrie contribuent à la population et à l'accroissement des richesses.
première maxime : « Les travaux d'industrie ne multiplient pas les richesses », est expliquée en ces termes :
« Les travaux d'agriculture, après avoir » couvert les frais de main-d'œuvre et procuré » des gains aux laboureurs donnent encore des » revenus aux biens-fonds. Les travaux din- » dustrie couvrent les frais de fabrication et » donnent des gains aux marchands, mais ils )) ne produisent rien au delà.
3) Les travaux d'industrie occupent les hommes au préjudice de la culture des biens-fonds, nuisent à la population et à l'accroissement des richesses.
4) Les richesses des cultivateurs font naître les ri chesses de la culture.
5) Les travaux d'industrie contribuent à l'augmentation des revenus des bie as-fonds et les revenus des biens-fonds soutiennent les travaux d'industrie.
6) Une nation qui a un grand commerce de denrées de son crû, peut toujours entretenir, du moins pour elle, un grand commerce de marchandises de maind'œuvre.
7) Une nation qui a peu de commerce de denrées de son crû et qui est réduite, pour subsister, à un commerce d'industrie est dans un état précaire et incertain.
8) Un grand commerce extérieur de marchandises de main-d'œuvre ne peut subsister que par les revenus des biens-fonds,
9) Une grande nation qui a un grand territoire et qui
L'erreur de Quesnay au sujet de la stérilité relative de l'industrie provenait en partie de ce qu'il faisait en quelque sorte une hiérarchie des besoins. Celui de ralimentation étant le plus impérieux, il en concluait que la production agricole est la production la plus utile ; Terreur s'explique à une époque où les subsistances n'étaient pas toujours sullisantes.
De là à prétendre que l'industrie est, non pas inutile, ainsi qu'on l'a fait dire si souvent
fait baisser le prix des denrées de son crû pour favori ser la fabrication des ouvrages de main-d'œuvre se détruit de toutes parts.
10) Les avantages du commerce extérieur ne consistent pas dans Taccroissement des richesses pécuniaires.
11) On ne peut connaître, par l'état de la balance du commerce entre diverses nations, l'avantage du commerce et l'état des richesses de chaque nation.
12) C'est par le commerce intérieur et par le commerce extérieur, et surtout par l'état du commerce intérieur, qu'on peut juger de la richesse d'une nation.
13) Une nation ne doit pas envier le commerce de ses voisins quand elle tire de son sol, de ses hommes et de sa navigation, le meilleur produit possible.
14) Dans le commerce réciproque, les nations qui vendent les marchandises les plus nécessaires et les plus utiles ont l'avantage sur celles qui vendent des marchandises de luxe.
aux Physiocrates, mais stérile ou non productive de richesses; qu'elle se borne à transformer les matières premières et à en augmenter la valeur vénale par addition des frais de main-d'œuvre, sans rien créer; que la terre, au contraire, rend en richesses nouvelles plus que l'agriculteur ne lui donne en avances et que les richesses se multiplient à mesure que les avances faites à la terre augmentent, il n\v avait qu'un pas, que Quesnay a franchi.
C'est, d'après lui, du produit net de la terre que vient la richesse d'un pays agricole. Tout ce qui gène la formation du produit net et l'emploi des capitaux qui en favorisent la formation, tout ce qui tend a écarter les hommes et les capitaux de l'agriculture est une cause de ruine. En même temps, Quesnay combattait résolument le système mercantile qui avait placé la source de la richesse dans la monnaie.
Il faisait remarquer, dans ses explications, que le commerce extérieur se fait en marchandises contre marchandises aussi bien qu'en marchandises contre argent; il précisait, dans ses maximes, que la richesse d'une
nation ne consiste pas dans la masse de ses richesses pécuniaires. Il montrait qu'une nation qui tirerait de son sol et de son industrie tout ce dont elle a besoin n'aurait ni commerce extérieur, ni balance du commerce, et serait néanmoins une nation riche. II disait que les mesures dirigées contre les peuples voisins sont toujours accompagnées ou suivies de représailles et que la vente de produits à Fétranger a nécessairement pour corrélatif Tachât de produits nationaux par l'étranger.
Dès la première période de son activité économique Ouesnay se montra donc libre échangiste. Il repoussait toute protection douanière pour les industries nationales, contrairement à ce que Hume semblait admettre à la même époque. Il n'en demandait pas pour le blé bien qu'il se plaignît de l'avilissement du prix des denrées. On ne se le représente nullement tel que Ta montré un critique trop plaisant : « président ou rappor- » teur de notre commission des douanes, » proposant de nouvelles taxes douanières » pour remédier à la mévente du blé ou du » vin ou appuyant au Reichtag allemand la
» motion Kanitz sur le commerce des cé- » réaies. »
Il expliquera bientôt qu'on ne peut vendre sans acheter, que Ton ne fait de commerce qu'avec les voisins riches, qu'un pays doit ouvrir ses frontières même aux voisins qui ferment les leurs,
« Tout commerce doit être libre, dit-il déjà » dans {'Encyclopédie, parce qu'il est de l'in- » térêt des marchands de s'attacher aux » branches du commerce extérieur les plus » sures et les plus profitables. Il suffît au » gouvernement de veiller à l'accroissement » des revenus des biens-fonds, de ne point » gêner l'industrie, de laisser aux citoyens la » facilité et le choix des dépenses ; de ranimer » l'agriculture par l'activité du commerce ; » de supprimer les prohibitions et les empè- » chements préjudiciables au commerce » intérieur et extérieur ; dabolir les péages » excessifs sur les voies de communication ; » d'éteindre les privilèges qui nuisent au » commerce. »
Au sujet spécialement de la liberté de l'exportation des grains qui était alors en discussion, Ouesnay disaitque les progrès du
commerce et de Tindustrie marchent ensemble etque Texportation des grains n'enlève jamais qu'un superflu, (jui n'existerait pas sans elle, puisque personne n'aurait intérêt à le faire naître en Tabsence de débouchés possibles, qu'elle entretient ainsi l'abondance et augmente les revenus du royaume.
Il ajoutait : L'accroissement des revenus augmente la population en permettant d'augmenter la consommation ; où il y a des dépenses, il y a des gains, où il y a des gains, viennent les hommes. Ainsi par des moyens très simples, un souverain peut faire dans ses propres États^ des conquêtes bien plus avantageuses que celles qu'il entreprendrait sur ses voisins.
Revenant enfin sur les réflexions qu'il avait présentées dans l'article F^/v/z/er^', il insistait sur l'utilité de l'emploi des capitaux dans la culture. « La mauvaise culture exiofe » beaucoup de travail, mais faute des dépen- » ses nécessaires, ce travail est infructueux. » Le laboureur succombe et les bourgeois » imbéciles attiibuent ses mauvais succès » à la paresse ; ils croient qu'il sulïit de la- » bourer la terre pour la faire produire î »
Au sujet du rôle du gouvernement, il disait aussi :
(( On s'imagine que le trouble que peut » causer le gouvernement dans la fortune des )) particuliers est indifférent à l'Etat, parce » que, si les uns deviennent riches aux » dépens des autres, la richesse existe éga- » lement dans le royaume. Cette idée est » fausse et absurde ; car les richesses ne se » soutiennent pas elles-mêmes ; elles ne se » conservent et ne s'augmentent cju'autant » qu'elles se renouvellent par leur emploi » dirigé avec intelligence. »
Grimm a traité les articles de Quesnay d'obscurs et de louches. Grimm était incapable de les comprendre. Ils ont contribué plus que nul autre écrit à la chute du mercantilisme et du colbertisme. Leur auteur semble avoir youlu réfuter les opinions restrictives exposées dans TEncyclopédie mètne par Forbonnais. Malgré les erreurs qu'il a commises, il a atteint son but.
()uesnay, avons-nous dit, avait préparé d'autres articles. Du Pont de Neînoiirs a
écrit à ce sujet en 1767 dans les EpJtémérides du Citoyen :
« M. Quesnay avait aussi composé les mots : » Intérêt de Vargent, Impôt, Hommes. Mais » lorsque le Dictionnaire a cessé de se faire » publiquement et sous la protection du » Gouvernement, il n'a pas cru devoir con- » tinuer d'y concourir. Il a gardé ses ma- » nuscrits qui sont p)ésentement entre nos » mains et dont nous n'avons sûrement pas » envie de frustrer nos compatriotes qui » connaissent aujourd'hui le prix et l'utilité » des écrits de ce genre mieux qu'ils ne le » faisaient en 1757. »
La promesse de Du Pont de Nemours n'a été tenue que pour Vlntérêt de Vargent. Ainsi que nous l'avons déjà dit, le travail qui fut inséré à ce sujet dans le Journal de V Agriculture, du Commerce et des Finances devait ressembler beaucoup à celui qui avait été préparé pour l'Encyclopédie, s'il n'était pas ce travail même.
Quesnay admet dans le Journal de V Agriculture, la légitimité du prêt à intérêt ; mais partant de l'idée que la terre seule donne un revenu net et que l'argent ne peut rien
produire par lui-même; il prétend que le taux de l'intérêt ne doit pas dépasser sans injustice le revenu qu'il serait possible de tirer d'un bien-fonds avec l'argent prêté, que le taux du revenu foncier est le taux naturel de l'intérêt de l'argent, et que ce dernier doit être réglementé. Quesnay trouve contradictoire d'admettre, d'une part, que l'intérêt peut librement varier et, d'autre part, que des rentes à long terme et à taux fixe peuvent être constituées. Il estime enfin que les emprunteurs ne sont pas placés, pour conclure un contrat de prêt, dans une situation aussi favorable que les prêteurs.
Lorsque le taux de l'intérêt dépasse le taux naturel, afïirme-t-il, l'excédent est payé par la nation ; c'est là un abus dangereux, surtout quand l'Etat est l'emprunteur, caria nation supporte alors un fardeau qui excède ses forces.
Quesnay suivait les idées réglementaires de Locke; en condamnant les emprunts d'Etat à longue durée, il pensait sans doute, comme
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Vincent de Gournay', que les charges des emprunts déjà contractés pouvaient et devaient être réduites par voie de conversion.
En publiant les Observations de son maître. Du Pont de Nemours ajouta cette note énigmatique : « Nous souhaitons que cet ouvrage » s'attire une réplique beaucoup plus que » nous ne Tespérons. » La réplique, ou plutôt la réfutation, est venue plus tard ; elle est contenue dans le travail de Turgot sur l'usure".
Lorsque Du Pont de Nemours a dans sa Notice abrégée fait le résumé des divers ouvrages publiés par les Physiocrates, il a dénaturé quelque peu les vues de Quesnay; lorsqu'il a réuni dans la Physiocratie les articles donnés parce dernier au Journal de F Agriculture, du Commerce et des Finances, il n'a pas reproduit les Observations relatives à l'intérêt de Targent.
De ces petits faits qui se sont passés sous les yeux de Quesnay, on peut induire, ainsi