‹ Le Docteur QuesnayChapitre 76 sur 128 · III. Les Questions intéressantes sur la population · texte numérisé non relu

III. Les Questions intéressantes sur la population

IV. Le Tableau économique. — V. Les Éditions successives du 1 ableau. — VI. Objet du Tableau. — VIL Les Maximes. — VIII. Commentaire de Maximes.

L'attentat de Da miens, qui servit de prétexte pour arrêter le mouvement philosophique, fit sortir un moment Louis XV de son indifférence coutumière et persuada à ^jme f|(i Pompadour qu'elle avait mieux à faire que de s'occuper de bagatelles. Profitant de cette disposition d'esprit, Quesnay entreprit de faire prévaloir auprès du Gouvernement les vues qu'il avait exposées dans VEncydopé clic.

Il avait alors pour élève, ou soi-disant tel, Marmontel qui récoulait sans conviction, avec Tespoir d'utiliser son crédit.

Un Irlandais, du nom de Patullo, venait de faire un petit Essai sur V amélioration des terres^ qu'il voulait dédier à M™^ de Ponipadour. Quesnay trouva l'épitre maladroite et pria Marmontel de la refaire. L'auteur des Contes moraiLX ^e lira habilement de sa mission et introduisit dans VEpitre un résumé élégant de la doctrine économique du docteur, un résumé à l'usage des dames. On y lit :

1. 1758, in-12. Plu^^ieurs fois réimprimé et traduit à l'étranger. Du Pont (Notice abrégée) met par erreur le livre à l'année 1759. Barbier l'a attribué faussement à Quesnay ; Marmontel parle, dans ses Mémoires, de Patullo.

Barbier attribue tout aussi faussement à Quesnay l'Essai sur l'administration des terres, 1759 (par Bellial des Vertus, d'après le privilège). On rencontre dans cet ouvrage des phrases telles que celle-ci : « La véritable » richesse d'un Etat consiste dans le nombre de ses » habitants. » L'auteur dit qu'il a séjourné dans le Poitou en 1740. Il est inconnu. (Correspondance littéraire. 1" octobre 1759.) Sur le dos de l'exemplaire de la Bibliothèque nationale, quelqu'un a mis le nom de Quesnay : de là problablement l'erreur de Barbier que M. de Lavergne a depuis longtemps relevée.

V Parmi les arts qui ont ressenti les effets de votre protection, vous avez distingué l'agriculture comme le plus intéressant et le plus négligé de tous... Le ciel, en vous donnant une âme élevée et bienfaisante, proportionna vos lumières à vos sentiments ; vous aimez le bien de Thumanité et vous le voyez dans ses grands principes. Les arts même que Ton nomme agréables ont dû surtout l'accueil qu'ils ont reçu de vous à leur utilité politique, à leur liaison cachée, mais intime, avec les premières causes d'un règne heureux et florissant. Si telles ont été vos vues sur des arts de simple décoration, de quel œil considérerez-vous cet art de premier besoin ; cet art, le nourricier des arts et qui les tient tous à ses gages. . . On ne peut sans étonnement comparer l'importance de Tagriculture avec l'abandon où elle est réduite. . .

» Ce sont les richesses du laboureur qui produisent les riches moissons. Il nV a point de secret pour fertiliser les campagnes, sans des travaux qui les préparent, sans des troupeaux qui les engraissent, sans des bestiaux qui les labourent, sans un commerce

facile et avantageux qui assure au laboureur la récompense de ses soins, la rentrée de ses fonds et un bénéfice proportionné aux risques de ses avances.

)) Que n'est-il permis, Madame, de développer à vos yeux ces idées élémentaires de l'économie politique ? Vous verriez les produits de la terre se diviser dans les mains du laboureur en frais de culture et en revenus ; les frais se distribuer aux habitants de la campagne; les revenus se répandre, par les dépenses des propi'iétaires, dans toutes les classes de TEtat. Vous verriez ces mêmes richesses, après avoir animé le commerce, la population, Tindustrie, retourner dans les mains du cultivateur, pour être employées à la reproduction. Vous reconnaîtriez que c'est à la plénitude de ce reflux périodique des revenus de TEtat vers leur source qu'on doit attribuer leur renouvellement perpétuel et que c'est à cette circulation ralentie, interrompue ou détournée qu'on doit attribuer leur épuisement. Mais ces détails seraient superflus pour qui embrasse le système du bien public dans tous ses rapports et dans toute son étendue. Il vous sufïit crètre pénétrée de ce grand principe de Sully :

(( Que les revenus de la nation ne sont assurés qu'autant que les campagnes sont peuplées de riches laboureurs ; que les dons de la terre sont les seuls biens inépuisables; et que tout fleurit dans un Etat où fleurit l'agriculture. ))

La citation de Sully était apocryphe ; mais Tépître produisit un très bon effet. Quesnay en fut enchanté ; M'"^ de Pompadour en la lisant versa des larmes \ On les versait alors facilement.

Dans le courant de Tannée précédente, Quesnay avait fait la connaissance du marquis de Mirabeau, qui venait de publier les trois premières parties de ÏAmi des Hommes ou Traité de la Population. L'édition de cet ouvrage, datée de 1756, n'avait été distribuée qu'au printemps de 1757. Un exemplaire en ayant été envoyé à Quesnay, il écrivit sur une marge :

(( L'enfant a tété de mauvais lait; la force

1. Marmontel, Mémoires. — Du Pont de Nemours Sur les Mémoires de Marmontel.

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