Du Financier citoijen
commerce des denrées, la population urbaine, enfin les richesses.
Toutes sont conformes aux idées exposées par Quesnay dans V Encyclopédie, mais ont en général un aspect plus théorique. Citons les suivantes :
« M. de Colbert qui avait cru que la cul- » ture des terres pouvait se soutenir sans le » commerce extérieur des grains, en aper- )) eut lui-même le dépérissement; mais trop » prévenu en faveur du commerce de mar- » chandises de main-d'œuvre,il était persuadé » que la nation serait dédommagée par ce )) commerce postiche de petite mercerie qui » nous a si longtemps séduit, qui ne peut » être une ressource que pour de petits Etats » maritimes bornés à un petit territoire, et » qui nous a fait perdre de vue le commerce » de propriété ou des denrées du crû que » M. de Sully regardait avec raison, il Ta » prouvé par les succès de son ministère, » comme le commerce essentiel d'un grand » royaume situé avantageusement pour la » navigation. . .
yi Dans un Etat, tout se réduit à Thomme y> et à sa conservation ; sa conservation con-
» siste dans sa défense et dans sa siibsis- » tance. Sa subsistance consiste dans les » biens qui lui sont nécessaires pour exister » et ceux dont il peut jouir pour sa conser- » vation et pour son bonheur. . .
» Les biens sont ou gratuits ou commer- » cables. Les biens gratuits sont ceux qui » sont surabondants et dont les hommes » peuvent jouir partout et gratuitement ; tel » est Tair que nous respirons, la lumière qui » nous éclaire, etc. Les biens commerçables » sont ceux que les hommes acquièrent par » le travail et par échange ; c'est ce genre de » biens que nous appelons richesses, parce » qu'ils ont une valeur vénale, relative et ré- )) ciproque les uns aux autres et en particu- » lier à une espèce de richesse que Ton » appelle monnaie, qui est destinée à re- » présenter la valeur vénale de toutes les )) autres richesses...
» Si la monnaie formait la richesse des » nations, il serait facile à un souverain d'en- » richir son royaume; il pourrait, avec celle » qu'il tire annuellement de ses sujets, ache- » ter de la matière d'argent et la faire mon- » nayer. ..
« S'il serait avantageux de distribuer les » terres aux paysans, pour les cultiver par » le travail des bras, ou s'il est plus profî- » table qu'elles soient aflerniées à de riches » fermiers qui les font labourer par des ani- » maux et qui ont les bestiaux nécessaires » pour se procurer les fumiers ^^... Xe doit- )) on pas préférer les manières de cultiver qui » épargnent les travaux des hommes, qui » coûtent moins de frais et qui procurent » plus de productions et plus de profit, ou » plus de richesses dans TEtat ? N'en est-il » pas de même de tous les ouvrages qui » peuvent s'exécuter avec le moins de tra- » vail d'hommes et moins de frais ? . . .
» S'il est vrai que les écoles soient nuisi- » blés dans les campagnes; s'il ne faut pas » que les enfants des fermiers et de ceux: » qui exercent le commerce rural, sachent » lire et écrire pour s'établir dans la profes- )) sion de leurs pères, pour pouvoir mettre » de Tordre et de la sûreté dans leurs affaires » et dans leur commerce et pour lire les » livres qui peuvent étendre leurs connais- » sances sur l'agriculture ?...
» Si on doit éviter d'acheter de l'étranger
» dans la crainte qu'il n'enlève notre ar- » gent ; si nous ne devons avoir avec l'étran- » ger qu'un commerce actif pour enlever son » argent, ou s'il est plus avantageux pour le » progrès de notre commerce et pour facili- » ter le débit des denrées de notre cru d'en- » tretenir avec les étrangers un commerce » réciproque ?. . .
» Si de deux royaumes, Tun était pluspeu- » plé et si l'autre avait à proportion plus de » revenu, toutes choses étant d'ailleurs » égales, quel serait le plus puissant ? N'y » aurait-il pas plus d'aisance dans Tun de ces » royaumes et plus de besoin dans l'autre; » si l'un ne soutiendrait pas mieux les dé- » penses de la guerre que l'autre ;... si Tautre )) pourrait suppléer aux dépenses par sa » grande population, surtout depuis que » Tarlillerie a fort augmenté les dépenses » de la guerre et qu'elle devient formidable ?»
Cette dernière question réfutait les principes qui avaient servi de base à VAnu' des hommes. Mirabeau se borna à la reproduire sans signaler à ses lecteurs la contradiction
qui existait entre son livre et les vues de Quesnay \
Au contraire, dans la cinquième partie de son ouvrage ^ il inséra un Mémoire sur T agriculture pour la Société (T économie politique de Berne qu'il avait conçu dans les idées du docteur et parla avec admiration du Tableau économique^ dont nous allons bientôt nous occu-
1. Le questionnaire était accompagné d'une annonce où on lit :
(( Les citoyens zélés pour le bien de l'Etat qui vou- » dront répondre en particulier à quelques-unes des » questions suivantes pourront rendre leurs réponses » publiques en les faisant imprimer dans le Journal )) éco no inique. ))
Il était précédé en outre d'un Avc/tissenicn( où Mirabeau disait que le travail n'était pas de lui. « On le reconnaîtra aisément », ajoutait-il; et en effet, sur beaucoup de points, il est en opposition avec les premières parties de l'Ami des hommes.
Mirabeau disait encore : « Il ne faut pas inférer de )) ce tableau de questions que l'idée de deux auteurs )) combinés, qui n'ont d'autre intérêt à lui que celui de )) citoyen, soit de mettre dans les mains de l'adminis- » tration municipale le soc de la charrue. » Et le marquis s''efforçait longuement de dissiper les craintes que des recherches statistiques pouvaient éveiller dans l'esprit des particuliers, peu disposés à fournir au fisc des arguments contre eux.