Maxime XII
Quant à Timpôt direct et unique, c'est dans les maximes du Tableau et dans les notes à Fappui que Quesnay en a exposé nettement les bases.
Persuadé que toutes les sommes détournées des emplois agricoles étaient comme perdues puisqu'elles ne contribuaient pas à la reconstitution du produit net, il ne voulait pas qu'elles fussent accumulées dans les mains des prêteurs de TEtat, ni qu'elles sortissent du royaume sans compensation; il ne voulait pas non plus que leur formation et leur emploi fussent gênés par le fisc.
« L'impôt bien ordonné, dit-il en note dans )) son édition définitive, c'est-à-dire l'impôt » qui ne dégénère pas en spoliation, doit » être regardé comme une partie du revenu » détachée du produit net des biens-fonds » d'une nalion agricole... Il ne doit pas » porter sur les avances du laboureur, ni » sur les hommes de travail, ni sur la vente » des marchandises... Sur les avances, ce » serait une spoliation qui éteindrait la re- » production, détériorerait les terres, ruine- » raitles fermiers, les propriétaires et l'État. » Sur le salaire des hommes de travail et
» sur la vente des marchandises, il est arbi- » traire et les frais de perception surpasse- » raient Timpôt, retomberaient sans règle » sur les revenus de la nation. L'imposition )) sur les hommes de travail n'est qu'une im- » position sur le travail, de même qu'une )) imposition sur la terre ne serait qu'une » imposition sur les dépenses de la culture. » L'imposition sur les marchandises est une )) surcharge qui réduit le peuple aune épargne » forcée sur la consommation . »
Et faisant allusion à la Dime royale de Vauban, Quesnay ajoutait :
« L'impôt en nature n'aurait aucun rapport » avec le produit net ; plus la terre est mé- » diocre et plus la récolte est faible, plus il )) est onéreux et injuste. »
La plupart de ses autres maximes sont dirigées contre le mercantilisme ; mais le docteur oubliant le principe : l'argent n'est pas la richesse, qui était pourtant son point de départ, a émis à plusieurs reprises des opinions voisines des erreurs qu'il s'efforçait de dissiper. Témoin ce passage paradoxal tiré de ses notes :
« On doit distinguer les biens qui ont une
)) valeur usuelle et qui n'ont pas de valeur » vénale d'avec les richesses qui ont une va- » leur usuelle et une valeur vénale. Par » exemple, les sauvages de la Louisiane jouis- » saient de beaucoup de biens qui n'étaient » pas des richesses. Mais depuis que quel- » ques branches de commerce se sont éta- » blies entre eux et les Français, les An- » glais, les Espagnols, etc., une partie de » ces biens est devenue richesse. Ainsi Fad- » ministration d'un royaume doit tendre à » procurer à la nation la plus grande abon- » dance possible de productions et la plus » grande valeur vénale possible , parce » qu'avec de grandes richesses, elle se pro- )) cure par le commerce toutes autres sortes » de richesses et de l'or et de l'argent dans » la proportion convenable. «
Et ailleurs : « Une nation agricole doit » favoriser le commerce extérieur actif des » denrées du cru par le commerce extérieur » passif des marchandises de main-d'œuvre » qu'elle peut acheter à profit de l'étranger. » Voilà tout le mystère du commerce : à ce » prix ne craignons pas d'être tributaires » des autres nations. »
Il a dit de même dans les Maximes :
« Telle est la valeur vénale, tel est le re- » venu\.. Le bas prix des denrées faitbais- » ser les salaires, ce qui diminue le revenu » de la nation '. »
Ce sont là des contradictions dont on ne saurait s'étonner dans la bouche d'un précurseur. Combien d'économistes plus modernes n'ont pas erré quand ils ont parlé de la richesse !
Mais, ainsi que nous l'avons dit si souvent déjà, Quesnay n'a jamais demandé l'intervention du gouvernement pour soutenir le prix des produits.
Pour les denrées du crû, il réclamait la liberté de l'exportation; celle de l'importation n'était pas en cause.
Pour les produits manufacturés, il voulait la liberté complète : « Qu'on laisse aller « d'elles-mêmes les dépenses stériles, » dit-il dans ses maximes.
Et lorsqu'il revisa la Théorie de rimpôt du marquis de Mirabeau, il eut l'occasion de