ACTE III
GEORGETTE
Merci, sire.
LE ROI
Gomment, merci?
GEORGETTE
Je ne veux pas me marier, moi.
LE ROI
Tu ne veux pas te marier ?
GEORGETTE
Non.
Que veux-tu donc faire?
GEORGETTE
Je veux être comédienne.
LE ROI
Comédienne? C'esl-à-dire...
GEORGETTE
C'est-à-dire que je veux monter sur un théâtre, être habillée avec de belles robes, coiffée avec des plumes, avoir des diamants autour du cou et autour des bras, et dire des vers de M. Rotrou, de M. Cyrano de Bergerac, de M. Corneille, ou de la prose de M. Scudéry, de M. Scarron . . . que sais-je , moi ?
LE ROI
Eh ! bon Dieu ! comment donc une pareille idée t'estelle venue, Georgette?
GEORGETTE
Eh ! bien naturellement, sire. Mon père m'a conduite deux fois au théâtre, une fois à l'Hôtel de Bourgogne et une fois à la Comédie Italienne : cela m'en a donné la folie.
LE ROI
Ah ! voilà la source de ta perle ! Et lu crois que tu vas jouer la comédie comme cela, tout de suite, du premier coup ?
Oh ! ce n'est pas bien difficile , de jouer la comédie ! Je ferai comme j'ai vu faire. A l'Hôtel de Bourgogne, il y avait une dame qui portait des plumes sur la tête, un grand manteau de velours brodé d'or, avec une robe de brocart qui se tenait toute seule ;4lle faisait de grands bras, et elle disait :
Enfiii; lâche empereur ! j'aperçois ta faiblesse
A travers l'épaisseur de toute ta sagesse
Et du déguisement dont fait ta vanité
Un précieux prétexte à ta timidité !
Quoi! tyran, tu pâlis? ton bras en l'air s'arrête,
Lorsque, d'un front sans peur, je t'apporte ma tête ?
Prends garde, mon bourreau, de ne te point troubler :
Tu manqueras ton coup, car je te fais trembler !
Que d'un sang bien plus chaud, et d'un bras bien plus ferme,
De tes derniers soleils j'accourcirais le terme !
Avec combien de joie et combien de vigueur
Je te ferais descendre un poignard dans le cœur !