‹ Le docteur ServansChapitre 111 sur 201 · SCÈNE XVII · texte numérisé non relu

SCÈNE XVII

LE ROI, MOLIÈRE

MOLIÈRE

Le roi m'a fait la faveur de me demander ?

LE ROI

Qui vous dit que c'est une faveur, monsieur, et que je ne vous appelle pas, au contraire, pour me plaindre de vous?

MOLIÈRE

Ce serait encore une faveur, sire, puisque votre présence royale permettrait à l'accusé de se justifier de vive voix. Mais je suis si sûr de mon amour et de mon dévouement pour Votre Majesté, que je me présente hardiment devant «lie, et avec cette certitude qu'il est impossible que je Taie offensée.

le roi. '

Monsieur Molière, vous protégez M. de Condé, à ce qu'il paraît ?

MOLIÈRE

s Oh ! sire, le premier prince du sang après M. le duc

h d'Anjou, protégé par Mascarille !

N LE ROI

Vous le protégez, monsieur, puisque, aujourd'hui

même, vous disiez àGuénaud partant pour Bruxelles que, si tous l'osiez, tous me parleriez directement, à moi, du désir de M. le prince de rentrer en France.

MOLIÈRE

Permettez-moi de féliciter Votre Majesté sur la fidélité des rapports qui lui sont faits, (souriant.) Il paraît que son agent secret est en campagne.

LE rol

Oui, monsieur, et malgré la fidélité de ses rapports, j'ai douté un instant du sien à votre endroit.

MOLIÈRE

Pourquoi, sire? Votre Majesté m'a demandé un moyen de savoir la vérité ; je lui en ai indiqué un. Si le roi ne savait pas la vérité, mon moyen serait mauvais.

LE ROI

Oui ; mais, en votre qualité de poète et de comédien, j'ai cru que vous abandonniez la politique à ceux qui ont le malheur d'être obligés d'en faire, et que vous ne vous occupiez que de théâtre.

MOLIÈRE

Eh ! justement, sire ! Le roi sait que la Fronde est une comédie à travestissements, une pièce de cape et d'épée, une intrigue à l'espagnole : en ma qualité de comédien, j'ai pris un rôle dans cette comédie, voilà tout.

Page 1