‹ Le docteur ServansChapitre 112 sur 201 · ACTE III ig · texte numérisé non relu

ACTE III ig

LE ROI

Oui ; mais, par bonheur, la comédie touche à son dénoûment. M. de la Rochefoucault a quitté son costume de beau Léandre, madame de Longueville a quitté ses oripeaux de reine, M. de Gondi a jeté son habit de général où il avait jeté son froc ; il n'y a pas, enfin, jusqu'à M. de Gondé qui, à ce qu'il paraît, ne regrette d'avoir endossé un instant le^taianteau de traître. La comédie, dis-je, touche à son dénoûment. Voyons, monsieur Molière, comment ce dénoûment doit-il finir? Vous ne récuserez pas votre compétence en pareille matière, je présume.

MOLIÈRE

Du moment où le roi avoue lui-même que la Fronde est une comédie, le dénoûment en doit être heureux.

LE ROI

Ainsi, à votrfr avis, M. de Gondé...

MOLIÈRE

Que le roi réfléchisse qu'il daigne me demander mon avis.

LE ROI

Je vous le demande, monsieur Molière.

MOLIÈRE

Ëh bien, sire, à mon avis, M. de Gondé devrait rentrer en France sans qu'il le demandât ; à plus forte raison lorsqu'il le demande.

LE ROI

Et que ferait M. de Gondé en France ?

MOLIÈRE

Ce qu'il y a déjà fait : il y gagnerait des batailles à Votre Majesté.

Vous oubliez, monsieur Molière, qu'il en a gagné aussi contre moi.

MOLIÈRE

Rendez à M. de Gondé la place qu'il doit occuper près de vous, sire, et lui-même déchirera du livre de sa vie la page où ces victoires fatales sont écrites.

LE ROI

Monsieur Molière! monsieur Molière ! vous êtes, je le sais, des bons amis de M. le prince de Gondé.

MOLIÈRE

Oui, sire, mais je suis, en même temps, des plus fidèles sujets du roi Louis XIV.

LE ROI

Et quel besoin ai-je de M. de Gondé en France? Vous voyez que l'on s'y passe très-bien de fcri.

MOLIÈRE

Oui, sire, parce que les nations sont oublieuses; mais, quand les nations oublient, c'est aux rois de se souvenir !

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