ACTE IV 23i
LE ROI, à part.
Il regrette de ne m'avoir point vu I
HENRIETTE
Explique-moi toujours ce que tu voulais lui demander, frère, et peut-être l'occasion se présentera-t-elle...
CHARLES
Écoute bien ceci, petite sœur, quoique ce soit bien grave et bien sérieux pour toi...
HENRIETTE
Je ne sais si, un jour, je redeviendrai joyeuse et gaie ; mais je sais que, jusqu'ici, le malheur m'a faite assez sérieuse et assez grave pour exécuter tout ee que tu peux me dire.
CHARLES
Eh bien, il y a un homme qui, maintenant que M. Cconroell est mort, tient dans sa main la destinée de l'Angleterre ; il n'a qu'un mot à dire pour renverser M. Richard Cromwell et m'élever sur le trône; cet homme est en Ecosse, il a une armée, et, si j'avais eu un million, j'aurais peut-être eu cet homme.
HENRIETTE
Un million 1 Oh ! mon Dieu, M. Mazarin qui en a tant, de millions !... Et comment s'appelle cet homme?
CHARLES
Il s'appelle M. Monk. Peut-être, quoique la chose soit
assez improbable, peut-être mon cousin Louis eût-il pu me prêter ce million, et alors, pauvres exilés, il y avait une chance que notre fortune changeât, et que nous redevinssions, moi, un vrai roi, et toi, une vraie princesse royale.
HENRIETTE
Et peut-être alors aussi, mon cousin Louis, que j'aime tant et qui ne me regarde même pas, eût-il fait attention à la pauvre petite Henriette... Ah!
. LE ROI, à part.
Tiens !... Ah! chère cousine, et moi qui ne me doutais pas de cela !
CHARLES
Minuit moins un quart... Allons, il faut se quitter... Ah! demain va recommencer l'exil, qu'un instant j'ai cru fini ce soir !... Adieu, sœur !
Adieu, Charles ! adieu!
CHARLES
Que je t'embrasse encore, une fois pour toi, une fois pour ma mère... Ah! si jamais je redeviens roi, comme je tâcherai de lui faire oublier ce qu'elle a souffert !
HENRIETTE
. Et moi, je vais tâcher de lui faire attendre moins douloureusement l'instant où tu seras roi... Adieu I
Adieu!..