ACTE IV 23Q
où nous sommes, doit le faire tout bon gentilhomme; ou dites-moi nettement : « J'ai votre parole, Marie; vous m'avez dit que vous m'aimiez, vous me l'avez écrit; j'exige de vous que vous fassiez à cette parole le sacrifice de l'amour du roi, etdel'ave^r que cet amour peut vous promettre! » S'il s'agissait pour moi, aujourd'hui, d'être simplement la maîtresse du roi Louis XIY, je crois que vous n'auriez point à hésiter, et que je n'aurais aucun droit au sacrifice que je vous demande; mais le roi m'aime'sérieusement; il m'aime au point de faire de moi sa femme. Je n'ai point encore sa parole; mais il est tout près de me la donner, et, s'il me la donne, il la tiendra ! Vous savez ce que dit mon oncle : ce U y a dans le roi de l'étoffe pour un roi et quatre honnêtes hommes ! » Armand, voudriez- vous arracher la couronne de France d'un front où vous eussiez voulu, disiez-vous> mettre la couronne du monde?
LE ROI
Mais, alors, Marie, vous aimez donc le roi?
MARIE
Ecoutez-moi, Armand, et croyez bien que la haute position à laquelle je suis près d'atteindre reste en dehors de ce que je vais vous dire. Je ne vous parle point ici du fils de Louis XIII, du petit-fils d'Henri IV, de celui qui commande à vingt-cinq millions d'hommes; je vous parle d'un beau, noble et séduisant gentilhomme qui,
fût-il simple comte ou simple baron, aurait encore en lui, dans sa jeunesse, dans sa grâce et dans sa courtoisie, tous les avantages qui peuvent séduire une femme. Il ne serait donc pas étonnant que mon cœur, entraîné vers vous d'abord, hésita^ maintenant entre le roi et vous ; mais, à ce que je viens de vous dire, ajoutez ceci : le roi est le roi, et, je vous le répète, il s'est presque engagé à m'épouser. Armand, ne me faites pas repentir toute ma vie du sentiment que vous m'aviez inspiré; vous savez mieux que personne le peu de pas que nous avons fait sur le chemin de cet amour : je ne vous ai rien accordé, que d'innocentes faveurs ou de fugitives promesses. Armand, rendez-moi mes lettres, tenez, comme je vous rends les vôtres ; quittez la cour sous le premier prétexte venu; cessez d'exciter la jalousie du roi; souvenez-vous de sa rupture avec mademoiselle de la Motte, lorsqu'il lui a été prouvé qu'elle avait aimé Chamarante. Laissez-moi accomplir ce merveilleux destin ; permettez que je suive cette fortune qui doit laisser si ♦ loin d'elle la fortune de mes sœurs, tant de fois jalousées par moi, et jç vous bénirai, Armand! et plus encore, je vous aimerai comme mon véritable, comme mon meilleur ami ! •
Merci, Marie, vous m'aviez promis d'être franche, et ma bonne fortune veut que vous l'ayez été. J'étais venu ici plein de joie et d'espérances : Marie, vous venez de