ACTE I
ANNE
Mais, en parlant bas, voulez-vous dire, c'est comme s'il n'y était pas; et, à la cour, on est habitué à parler
bas. (Elle fait signe à Mazarin, qai s'approche et s'appuie sur son fauteuil.)
Monsieur le cardinal?
MAZARIN
Madame?
ANNE
Avez-vous réfléchi parfois que le roi était en âge d'être marié?
MAZARIN
Peccatol ze crois bien! Ze ne réflécis qu'à cela... et, ici, tenez, tout à l'houre, là, sour ce fauteuil, z'y pensais encore, et ze disais, comme vous : (se frottant les mains) « Le roi est en âze d'être marié ! »
ANNE
Ah! vraiment? (Regardant Maiarin.) Est-ce que vous aviez quelque idée là-dessus ?^
MAZARIN
Moi, madame ? aucoune !
ANNE
Plus d'une fois nous avons cherché ensemble la femme qui pourrait lui convenir.
MAZARIN
C'est vrai ; et nous avons passé en revoue toutes les
princesses à marier, à commencer par la grande Mademoiselle.
Oui, mais celle-là, elle a tire sur son mariage avec le canon de la Bastille, et elle Ta tué !
MAZARIN
Dou temps qu'elle servait le roi contre monsou de Mazarin, comme elle dit si zentiment...Pouis il a été question, ensouite, de madame Henriette d'Angleterre.
ANNE
Si le roi de la Grande-Bretagne s'appelait Charles If, au lieu de s'appeler Richard Cromwell, cela serait possible ; mais, jusque-là, il n'y faut pas penser.
MAZARIN
Pouis de la princesse de Portougal, la fille dou roi Alphonse VI, oune çarmante personne 1
ANNE
Oui, et je sais même que sa mère désirait cette alliance, au point qu'elle vous a fait offrir trois millions pour vous mettre dans ses intérêts.
MAZARIN
C'est vrai, par Comminzes. 'Avec un soupir.) Ah! ze les ai refousés!
ANNE
Oh! mai aussi convenez, cardinal, que trois millions...