SCÈNE VIL
LE ROI, HENRIETTE
HENRIETTE
Sire !
LE ROI
Venez ici, chère Henriette, et regardez-moi.
HENRIETTE
Oh ! mon Dieu, sire, savez-vous que, si votre regard n'était point si bon et votre voix si affectueuse, savezvous que j'aurais grand'peur,?
LE ROI
Et pourquoi cela ?
HENRIETTE
Vous avez désiré me voir ce matin, me voir seule, me
parler en particulier; que pouvez-vous avoir à dire à une pauvre enfant comme moi? •
LE ROI, la regardant avec une grande tendresse.
J'ai à vous dire, Henriette, que vous avez non-seulement de beaux yeux, une bouche charmante, des cheveux admirables, mais encore un noble cœur !
HENRIETTE
Mon cousin !... •
LE ROI
Vous avez toujours été bonne et tendre fille, consolatrice de votre mère dans la douleur ; aujourd'hui, vous êtes sœur fidèle et dévouée, consolatrice de votre frère dans l'exil.
HENRIETTE
Mon Dieu, que voulez- vous dire ?
LE ROI
Que je trouve beau et grand, ma chère Henriette, quand un frère est détrôné, proscrit, fugitif; que je trouve beau et grand, quand un ordre injuste et tyrannique le force à quitter le pays qui devrait être sa seconde patrie, de lui adoucir, au moins, par des caresses et des larmes, — hélas ! pauvre enfant, c'est tout ce que vous aviez à lui donner ! — de lui adoucir au ^oins l'heure cruelle du départ.