ACTE V
HENRIETTE
Oh! mon Dieu ! mon Dieul votre agent secret vous a tout dit ! (sue tombe à genoux.) Pardon, sire! pardon !
Non-seulement je vous pardonne, mais encore je vous félicite, Henriette. Maintenant, écoutez.
HENRIETTE
Oh ! oui, j'écoute 1 mais il me semble que je rêve.
LE ROI
Je vais vous prouver que vous veillez, chère cousine. Cette nuit, en vous quittant, votre frère vous a dit... près de la petite porte de l'orangerie, vous rappelezvous?... qu'un million lui suffirait peut-être pour acheter M. Monk.
HENRIETTE
Mon Dieu! mon Dieu !
LE ROI
Voici, dans ce portefeuille, le million que désirait votre frère; faites-le-lui passer, Henriette. Je veux qu'il le tienne de votre main : si la négociation réussit, eh bien, c'est à vous, à vous seule qu'il devra le trône d'Angleterre.
, HENRIETTE
Mais ce million, sire...
LE ROI, avec mélancolie.
Il m'avait été envoyé par M. de Mazarin pour les fêtes que je comptais donner; mais cœur en deuil, — 'et vous devez savoir cela, Henriette, car le cœur a plusieurs façons d'être en deuil ! — mais cœur en deuil fuit le bruit et les plaisirs. Je n'ai plus besoin de ce million, Henriette ; je vous le donne sans regrets; prenez-le donc sans remords. Que votre frère me pardonne seulement de faire si peu maintenant; peut-être, plus tard, ferai-je davantage.
Oh ! merci ! merci !
LE ROI
Allons, chère Henriette, ne perdez pas de temps. Votre frère devait partir ce matin ; j'espère qu'il n'est pas encore parti.
HENRIETTE
Oh! permettez-vous que j'aille moi-même?...
LE ROI
Je le désire.
(il lu reconduit jusqu'à la porte.) HENRIETTE.
Que vous êtes bon !
(Elle va pour sortir.)